L’adoption croissante des stablecoins pourrait fragiliser les banques européennes en réduisant leurs dépôts, leurs revenus de paiement et l’accès aux données clients. C’est l’avertissement lancé par Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne, le 19 juillet 2026. Cette mise en garde intervient alors que le marché des stablecoins dépasse les 220 milliards de dollars de capitalisation, selon les données de CoinGecko. Pour l’institution, c’est un argument de poids en faveur du développement de l’euro numérique, face à ce que certains décrivent déjà comme des stablecoins euros, une menace pour les banques.
Au programme
- Piero Cipollone identifie 3 risques majeurs : fuite des dépôts, perte de revenus de paiement, contrôle des données clients
- La capitalisation des stablecoins dépasse 220 milliards de dollars (CoinGecko, juillet 2026)
- La BCE renforce son plaidoyer pour un euro numérique comme bouclier de souveraineté monétaire
Pourquoi les stablecoins menacent-ils les dépôts bancaires ?
Selon Piero Cipollone, un transfert massif des dépôts bancaires vers des stablecoins réduirait directement la capacité des banques à accorder des crédits. Le mécanisme est simple : chaque euro converti en stablecoin sort du bilan bancaire traditionnel. Cette analyse rejoint celle de la Réserve fédérale américaine, qui avait déjà alerté sur une extension de sa politique monétaire via les stablecoins.
La BCE estime que les particuliers comme les entreprises pourraient être tentés par des alternatives offrant des transactions plus rapides et à moindre coût. En 2025, les flux de stablecoins régulés ont dépassé 28 000 milliards de dollars de volume de transactions, un chiffre qui rivalise désormais avec les réseaux de paiement traditionnels comme Visa. Pour certains banquiers centraux, les stablecoins doivent être l’apanage des banques afin d’éviter une déstabilisation du système.
Quel impact sur les revenus des paiements bancaires ?
Au-delà des dépôts, Cipollone pointe un risque direct sur les commissions de paiement, une source de revenus essentielle pour les banques de détail. Si les utilisateurs basculent vers des stablecoins, les établissements perdent à la fois les frais de transaction et la visibilité sur les flux financiers.
Cette inquiétude n’est plus théorique. Les banques européennes ont vu leurs revenus de paiement reculer de 4,2 % en 2025, selon un rapport de la BCE. Dans le même temps, l’offensive des stablecoins en Europe s’accélère, avec des initiatives comme le consortium Qivalis et ses 37 banques derrière un stablecoin euro. Des acteurs comme Circle, favorisé par les nouvelles règles Fed sur les stablecoins, renforcent leur présence sur le Vieux Continent.
La question des données clients est peut-être plus stratégique encore. « Perdre la donnée de paiement, c’est perdre la connaissance du client », a insisté Cipollone. Les banques traditionnelles redoutent que des émetteurs comme Circle ou Tether captent cette information, renforçant leur avantage concurrentiel. La nouvelle réglementation MiCA, avec des amendes allant jusqu’à 12,5 % du chiffre d’affaires annuel, tente d’encadrer ce basculement, au moment où la Banque d’Angleterre préfère les dépôts tokenisés comme alternative intermédiaire.
Lecture CryptoActu L’alerte de Cipollone illustre une prise de conscience tardive mais réelle des banquiers centraux. Alors que les stablecoins étaient perçus comme un phénomène de niche il y à 3 ans, leur progression contraint désormais la BCE à accélérer sur l’euro numérique. Le message est clair : sans CBDC, la souveraineté monétaire européenne recule face aux émetteurs privés.
L’euro numérique, seule réponse crédible ?
Pour la BCE, la réponse est sans équivoque. « Nous devons proposer une alternative publique qui garantisse l’ancrage monétaire en euros », a déclaré Cipollone. L’euro numérique vise à offrir les mêmes avantages que les stablecoins (rapidité, coûts réduits) tout en conservant une garantie de banque centrale, alors que l’OCC veut limiter le rendement et les RWA pour les émetteurs privés.
Le calendrier reste toutefois flou. La phase de préparation a débuté en novembre 2023 et pourrait aboutir à un lancement progressif d’ici 2028. Pendant ce temps, le cadre américain se précise avec le GENIUS Act et la CLARITY Act, dont le vote est imminent. Sans action rapide, la BCE craint un décrochage réglementaire face aux États-Unis, où des acteurs comme Revolut visent une banque US en 2027 avec les stablecoins intégrés.
À retenir
Piero Cipollone a explicité la doctrine de la BCE : les stablecoins ne sont pas une innovation neutre, mais une menace directe pour le modèle bancaire européen. Avec 220 milliards de dollars de capitalisation et une croissance qui s’accélère, le temps presse pour que l’euro numérique voie le jour. La prochaine étape réglementaire sera le vote du Parlement européen sur le cadre CBDC à l’automne 2026.
Questions fréquentes
Pourquoi la BCE considère-t-elle les stablecoins comme une menace pour les banques ?
La BCE craint une fuite des dépôts bancaires vers les stablecoins, ce qui réduirait la capacité des banques à accorder des crédits. Avec une capitalisation dépassant 220 milliards de dollars en juillet 2026, les volumes de transactions en stablecoins commencent à rivaliser avec les réseaux de paiement traditionnels.
Quel est le risque pour les revenus de paiement des banques ?
Si les utilisateurs adoptent massivement les stablecoins pour leurs transactions, les banques perdent les commissions de paiement, une source de revenus essentielle. Un rapport de la BCE indique que les revenus de paiement des banques européennes ont déjà reculé de 4,2 % en 2025.
En quoi l’euro numérique peut-il contrer les stablecoins privés ?
L’euro numérique offrirait des transactions rapides et peu coûteuses, comme les stablecoins, mais avec la garantie de la banque centrale. Il vise à préserver la souveraineté monétaire européenne en proposant une alternative publique sécurisée, ancrée directement en euros.
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