La Banque d’Angleterre estime que la demande de stablecoins pourrait s’éroder à mesure que les dépôts tokenisés émis par des banques commerciales gagnent du terrain. Megan Greene, membre du Comité de politique monétaire, a formulé cette thèse lors d’une prise de parole publique, selon nos informations. Un positionnement qui remet en question l’essor des actifs comme l’USDT ou l’USDC dans les paiements de détail et institutionnels.

Dépôts tokenisés vs stablecoins : position BoE 2026 La Banque d'Angleterre juge la demande de stablecoins éphémère et préconise les dépôts tokenisés comme alternative réglementée pour les paiements numériques. Position de la Banque d'Angleterre, mai 2026 Dépôts tokenisés Préférés aux stablecoins privés par la BoE Source : Investing.com Crypto, mai 2026

Pourquoi la BoE juge la demande de stablecoins fragile ?

Megan Greene part d’un constat simple : les stablecoins privés sont adossés à des actifs de tiers et exposent leurs détenteurs à un risque de contrepartie que les dépôts bancaires n’ont pas. Dans les pays où le système bancaire est solide et la monnaie stable, l’attrait des stablecoins repose surtout sur leur vitesse de règlement, pas sur leur sécurité intrinsèque.

Les dépôts tokenisés, eux, sont des créances directes sur une banque, convertibles en monnaie banque centrale. Leur adoption ne nécessiterait pas de créer un nouvel instrument de paiement : il s’agit seulement de numériser une promesse bancaire existante sur une infrastructure distribuée. C’est précisément ce que testent plusieurs banques centrales à travers le monde depuis 2023, dont la Banque de France dans le cadre de l’expérimentation M-CBDC Bridge.

« Le passage aux dépôts tokenisés pourrait remodeler la stabilité financière, en influençant les approches réglementaires mondiales et l’avenir des monnaies numériques. » : Investing.com Crypto, mai 2026 (traduit de l’anglais)

Quelle différence concrète entre stablecoins et dépôts tokenisés ?

Les stablecoins comme l’USDT (capitalisation supérieure à 130 milliards de dollars en mai 2026) fonctionnent hors du bilan bancaire. Leur émetteur détient des réserves en bons du Trésor ou en liquidités, mais ces réserves ne sont pas garanties par un gouvernement. Les utilisateurs subissent le risque de l’émetteur, comme on l’a vu lors de la dépégation de l’UST en 2022, qui avait effacé 40 milliards de dollars en quelques jours.

Un dépôt tokenisé, en revanche, correspond à un euro ou une livre sterling déposée dans une banque, représentée sous forme de token sur une blockchain. La garantie des dépôts s’applique, jusqu’aux plafonds nationaux (85 000 livres au Royaume-Uni, 100 000 euros en zone euro). Cette protection transforme l’instrument en concurrent sérieux pour les paiements B2B et transfrontaliers, un segment que les grandes banques cherchent à reprendre aux réseaux crypto.

Comment cette position s’inscrit-elle dans le débat réglementaire mondial ?

La prise de position de Greene intervient alors que les stablecoins gagnent une reconnaissance formelle. Aux États-Unis, le GENIUS Act est en cours de discussion au Sénat. En Europe, le règlement MiCA encadre depuis le 30 juin 2024 les stablecoins dits “tokens de monnaie électronique”, imposant aux émetteurs des exigences de réserves et d’agrément.

Mais les banques centrales restent méfiantes. La BoE n’est pas seule : la Banque des règlements internationaux (BRI) a publié en 2023 un rapport soulignant que les stablecoins privés fragmentent la liquidité et compliquent la transmission de la politique monétaire. Les stablecoins sont déjà sous haute surveillance réglementaire dans plusieurs juridictions.

La concurrence entre stablecoins et dépôts tokenisés illustre aussi une tension plus large entre finance décentralisée et système bancaire traditionnel. Le débat sur la domination de Tether (USDT) sur les marchés crypto pourrait s’accélérer si les grandes banques déploient leurs propres tokens de dépôt à grande échelle, comme DBS l’a déjà amorcé en Asie du Sud-Est.

La question de la stabilité systémique est centrale : une migration massive vers des dépôts tokenisés modifierait les flux de financement des banques commerciales et pourrait justifier une intervention réglementaire directe sur les émetteurs de stablecoins en faillite, un scénario que la BoE étudie activement.

À retenir

La Banque d’Angleterre parie sur l’obsolescence progressive des stablecoins privés face à des dépôts tokenisés mieux régulés. L’enjeu : savoir si les banques commerciales déploieront ces instruments assez vite pour capter les flux que USDT et USDC absorbent aujourd’hui. La décision américaine sur le GENIUS Act, attendue d’ici la fin 2026, pèsera lourd dans la balance mondiale.

Sources

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