Le consortium bancaire européen Qivalis vient de tripler ses effectifs. Après avoir intégré 25 nouveaux établissements, il regroupe désormais 37 banques engagées dans le lancement d’un stablecoin libellé en euros, prévu pour le second semestre 2026. Une montée en puissance qui intervient dans un contexte de pression croissante du dollar numérique sur les marchés financiers internationaux.

L’opération change d’échelle. Le projet, discret jusqu’ici, s’affirme comme l’une des initiatives bancaires les plus structurées du Vieux Continent dans le domaine des actifs numériques. Avec 37 établissements, Qivalis dépasse le stade expérimental pour entrer dans une logique de déploiement industriel.

Pourquoi 37 banques se regroupent-elles derrière Qivalis ?

La dynamique répond à une urgence perçue par le secteur bancaire européen : la domination quasi totale des stablecoins libellés en dollars. L’USDT de Tether et l’USDC de Circle concentrent à eux deux plus de 90 % de la capitalisation mondiale des stablecoins, estimée à environ 230 milliards de dollars au printemps 2026. Un stablecoin en euros viable permettrait de rééquilibrer les échanges numériques libellés en monnaie européenne, notamment pour les règlements interbancaires et les paiements transfrontaliers.

Les banques membres de Qivalis partagent une conviction : plutôt qu’attendre l’euro numérique de la Banque centrale européenne, dont le calendrier reste incertain, mieux vaut construire une solution privée compatible avec le cadre réglementaire MiCA. Ce règlement européen, entré en vigueur pour les stablecoins dès le 30 juin 2024, impose des exigences strictes de réserves et de gouvernance que le consortium dit vouloir respecter dès le lancement.

Quel stablecoin euro face aux doutes de la BCE ?

Christine Lagarde, présidente de la BCE, a régulièrement exprimé ses réserves sur les stablecoins privés, y voyant un risque de fragmentation monétaire. La progression de Qivalis se construit pourtant en parallèle du projet d’euro numérique (e-euro), sans y être formellement opposée. Les deux projets ciblent des usages différents : l’e-euro vise le grand public pour les paiements quotidiens, quand Qivalis s’adresse d’abord aux établissements financiers pour les échanges interbancaires.

Cette cohabitation potentielle reste fragile. Si la BCE accélère son propre calendrier ou si elle interprète strictement MiCA pour limiter les émissions privées de monnaie électronique, Qivalis devra adapter son modèle. La fenêtre de lancement au second semestre 2026 est en partie conditionnée à cette clarification réglementaire. Des initiatives similaires ont déjà défriché ce terrain : en 2022, une banque allemande avait émis un stablecoin euro sur Stellar, montrant que le cadre technique existe, mais que l’adoption à grande échelle reste le défi principal.

Quand le stablecoin euro pourrait-il concurrencer le dollar ?

La question n’est pas anodine. Les stablecoins en dollars dominent parce qu’ils s’appuient sur la liquidité et la confiance mondiales accordées au billet vert. Un euro numérique privé ne renversera pas cet équilibre par décret. Il faudra une masse critique d’utilisateurs, des partenariats avec des plateformes d’échange, et une intégration dans des protocoles de finance décentralisée pour que la liquidité se construise.

Qivalis mise sur le nombre : 37 banques représentent un réseau de distribution significatif à travers l’Europe. Si chaque établissement intègre le stablecoin dans ses services de virement ou de conservation, l’adoption pourrait atteindre plusieurs millions de clients sans campagne marketing spécifique. Circle a suivi une trajectoire comparable avec l’EUROC, son stablecoin euro lancé en 2022, avant de l’étendre à plusieurs blockchains dont Avalanche.

La différence de Qivalis tient à son ancrage bancaire natif. Là où Circle est un émetteur fintech américain soumis à la régulation américaine, Qivalis serait contrôlé par des établissements de crédit européens, sous supervision directe des régulateurs nationaux et de la BCE. Un argument de souveraineté que les institutions publiques européennes ne pourront pas ignorer.

Et pour la France ?

L’AMF et l’ACPR suivent de près les projets de stablecoins adossés à l’euro depuis l’entrée en vigueur de MiCA. Si des banques françaises font partie du consortium Qivalis, elles devront obtenir le statut d’émetteur de monnaie électronique (EME) ou de token de monnaie électronique (EMT) selon la classification MiCA. La Société Générale avait déjà testé un euro numérique sur Tezos en 2021, illustration que l’intérêt des établissements français pour ce segment est réel. Un lancement réussi de Qivalis au second semestre 2026 poserait une question concrète aux investisseurs résidents français : la détention de ce stablecoin reste soumise à l’article 150 VH bis du CGI, mais les échanges euro contre stablecoin euro pourraient relever d’un régime fiscal distinct selon la qualification retenue par l’administration.

À retenir

Qivalis passe de 12 à 37 banques et vise un lancement au second semestre 2026. La question n’est plus de savoir si un stablecoin euro bancaire est techniquement possible, mais si l’Europe saura le déployer assez vite pour peser face aux émetteurs américains déjà en place.

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