Les sénateurs républicain Thom Tillis et démocrate Angela Alsobrooks ont publié vendredi un texte de compromis sur les rendements de stablecoins dans le Digital Asset Market Clarity Act. L’accord lève le principal obstacle au vote en commission du Sénat, qui avait déjà repoussé une première séance de travail en janvier 2026. Les traders de Polymarket ont immédiatement révisé leurs probabilités d’adoption à 61 % pour 2026.
Au programme
- Un accord bipartisan interdit les rendements équivalents à des dépôts bancaires mais autorise les récompenses liées à une activité réelle (CoinDesk, 2 mai 2026)
- Coinbase, Circle et la Blockchain Association soutiennent le texte et réclament un vote en commission sans délai
- Le Crypto Council for Innovation alerte : la portée de l’interdiction va bien au-delà du GENIUS Act voté en 2025
Que prévoit le compromis sur les rendements ?
Le texte interdit aux entreprises crypto de verser des intérêts ou des rendements sur des soldes en stablecoins si cela fonctionne comme un dépôt bancaire. Il ménage toutefois une exception pour les programmes de récompenses liés à des “activités ou transactions authentiques”. Le Trésor et la CFTC auront un an après adoption pour rédiger les règles d’application.
Concrètement, les entreprises devront revoir leur modèle : exit le “achète et conserve” rémunéré, place au “achète et utilise”. Un utilisateur qui paie avec un stablecoin ou fournit de la liquidité pourrait toujours percevoir des récompenses ; celui qui se contente de détenir ses tokens sur une plateforme, non.
“Chaque jour sans cadre juridique clair est une invitation pour les talents, les capitaux et les entreprises innovantes à s’installer ailleurs.” : Summer Mersinger, PDG de la Blockchain Association (CoinDesk, 2 mai 2026)
Pourquoi l’industrie crypto soutient-elle ce texte malgré ses limites ?
Le consensus industriel est net, même si quelques réserves émergent. Brian Armstrong, PDG de Coinbase, a résumé la position de son entreprise en deux mots sur les réseaux sociaux : “Mark it up” (traduire : “passez-le au vote”). Paul Grewal, directeur juridique de Coinbase, a précisé que le texte préserve les récompenses fondées sur une participation réelle aux plateformes.
Circle, émetteur de l’USDC et de l’EURC, n’a posé aucune réserve. Son directeur stratégique Dante Disparte a mis en avant la croissance de l’USDC dans les paiements transfrontaliers, les marchés de capitaux et le commerce automatisé par agents.
La nuance vient du Crypto Council for Innovation. Son PDG Ji Hun Kim juge que le texte va “TRÈS LOIN” au-delà du GENIUS Act de 2025, lequel n’interdisait les récompenses qu’aux émetteurs de stablecoins. Le CLARITY Act étend cette restriction à l’ensemble des acteurs des marchés d’actifs numériques. Kim a néanmoins demandé à la commission d’avancer : l’enjeu géopolitique prime.
Quels obstacles restent à franchir avant l’adoption ?
Le rendement des stablecoins constituait “le plus grand obstacle” selon CoinDesk, mais d’autres points de négociation demeurent ouverts dans le CLARITY Act. Le texte traite de la structure globale des marchés d’actifs numériques, bien au-delà des seuls stablecoins.
La commission bancaire du Sénat avait annulé une séance de travail en janvier sans explication officielle. Le précédent GENIUS Act, qui portait uniquement sur les stablecoins de paiement, avait lui-même subi plusieurs reports avant d’atteindre un vote. Les tensions entre les lobbys bancaires et les acteurs crypto sur la question du risque de fuite des dépôts restent vives : le Crypto Council for Innovation conteste explicitement ces arguments.
Pour les utilisateurs, l’enjeu est direct : des plateformes comme Coinbase devront adapter leurs programmes de fidélité si le texte est adopté. La question de la garantie des réserves et de la transparence des émetteurs sera elle aussi encadrée par la loi.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le CLARITY Act ?
Le Digital Asset Market Clarity Act est un projet de loi américain qui vise à établir un cadre réglementaire pour l’ensemble des marchés d’actifs numériques, au-delà des seuls stablecoins. Il répartit les compétences entre la SEC et la CFTC selon la nature des actifs concernés.
Pourquoi les stablecoins ne peuvent-ils pas verser de rendements comme des banques ?
Les lobbys bancaires font valoir que des rendements sur stablecoins pourraient drainer les dépôts des banques traditionnelles. Le compromis Tillis-Alsobrooks interdit donc les récompenses équivalentes à un dépôt mais autorise celles liées à une utilisation réelle, préservant ainsi un cas d’usage distinct du modèle bancaire.
Quel lien avec le GENIUS Act déjà adopté ?
Le GENIUS Act de 2025 portait uniquement sur les émetteurs de stablecoins de paiement. Le CLARITY Act est plus large : il couvre tous les acteurs des marchés crypto et applique des restrictions similaires à l’ensemble de l’écosystème, ce que le Crypto Council for Innovation juge excessif.
À retenir
L’accord Tillis-Alsobrooks lève le principal verrou du CLARITY Act et réunit derrière lui les grands acteurs du secteur. La probabilité d’adoption monte à 61 % selon Polymarket. Reste à surveiller la date de la séance de travail en commission et la résolution des points encore ouverts sur la structure des marchés.