La Banque centrale européenne (BCE) a rejeté vendredi les propositions visant à assouplir les règles encadrant les stablecoins en euros. Selon 3 sources proches du dossier citées par Reuters, Christine Lagarde et ses homologues ont alerté les ministres des Finances de l’UE : une émission plus large de ces actifs numériques pourrait réduire les prêts bancaires et compliquer le pilotage des taux d’intérêt.

Au programme

  • La BCE craint une fuite des dépôts vers les stablecoins, affaiblissant le financement bancaire
  • Le think tank Bruegel plaidait pour assouplir les exigences de liquidité et ouvrir l’accès au refinancement BCE
  • Un refus trop strict pourrait accentuer la “dollarisation numérique” de l’Europe, avertit Bruegel

Pourquoi la BCE refuse d’ouvrir les vannes ?

La position de la BCE tient à une logique de stabilité financière. Si les particuliers et les entreprises transfèrent massivement leur épargne vers des stablecoins en euros, les banques commerciales perdent une source de financement bon marché. Moins de dépôts signifie moins de capacité à octroyer des crédits, donc un frein direct à l’économie réelle.

L’argument monétaire est tout aussi central : les banques centrales pilotent les taux d’intérêt en agissant sur la liquidité du secteur bancaire. Si une part croissante de la monnaie circule hors de ce circuit via des stablecoins privés, la transmission de la politique monétaire devient moins prévisible. C’est précisément ce scénario que Lagarde et ses pairs cherchent à éviter.

Qu’est-ce que Bruegel proposait concrètement ?

Le think tank bruxellois Bruegel avait préparé un rapport pour les plus hauts décideurs financiers de l’UE. Sa recommandation : alléger les exigences de liquidité imposées aux émetteurs de stablecoins en euros sous MiCA et, plus ambitieusement, leur permettre d’accéder au refinancement de la BCE.

L’objectif déclaré est de développer un marché européen des stablecoins capable de rivaliser avec les acteurs américains. USDT (Tether) et USDC (Circle) dominent aujourd’hui la circulation mondiale des stablecoins, libellés en dollars. L’UE ne dispose pas d’équivalent à grande échelle en euros. Bruegel y voit un déficit stratégique et plaide pour des règles moins contraignantes que celles imposées aux établissements de crédit classiques.

La BCE n’est pas convaincue. La divergence est nette : faciliter l’émission de stablecoins euros, c’est, pour Francfort, créer un concurrent direct aux dépôts bancaires sans les garanties prudentielles qui s’y rattachent.

Quel risque de “dollarisation numérique” pour l’Europe ?

C’est le paradoxe que soulève Bruegel dans son avertissement. Si l’UE maintient des règles sensiblement plus strictes que les États-Unis, les opérateurs et les utilisateurs se tourneront vers les stablecoins en dollars, disponibles sur toutes les plateformes mondiales. Le résultat serait une dollarisation numérique rampante de l’économie européenne, avec des paiements quotidiens et des transactions DeFi libellés en USDC plutôt qu’en euro numérique ou en stablecoin réglementé MiCA.

Ce risque est déjà perceptible : au sein des échanges décentralisés européens, les paires en stablecoins euros restent marginales face aux paires USDC et USDT. Le débat entre stabilité bancaire et compétitivité numérique n’est pas tranché. Les positions de l’UE sur les stablecoins oscillent depuis plusieurs années entre prudence et volonté d’émergence.

« Les inquiétudes portent sur la possibilité que ces instruments rendent les dépôts bancaires plus instables, affaiblissant un secteur essentiel à l’économie, et réduisent la capacité des banques centrales à contrôler les taux d’intérêt. » : Position de la Banque centrale européenne, mai 2026

La tension entre les deux camps reste ouverte. Un compromis réglementaire est possible avant la fin de l’année, mais les grandes lignes de MiCA ne sont pas remises en cause pour l’instant.

Et pour la France ?

Les émetteurs de stablecoins euros actifs en France opèrent sous MiCA, qui impose notamment des réserves liquides à 100 % et une limite de 200 millions d’euros par jour pour les stablecoins “significatifs”. Si les propositions de Bruegel avaient été acceptées, ces seuils auraient pu être rehaussés, offrant plus de latitude aux acteurs français souhaitant émettre de la monnaie électronique tokenisée. Le refus de la BCE maintient ce cadre restrictif tel quel, ce qui pèse sur la compétitivité des projets hexagonaux face aux émetteurs de stablecoins dollars non soumis aux mêmes règles prudentielles.

À retenir

La BCE a bloqué vendredi toute évolution vers des règles plus souples pour les stablecoins euros, invoquant le risque de désintermédiation bancaire. La proposition Bruegel reste sur la table pour les mois à venir. Le prochain test sera la révision du cadre MiCA, attendue en 2027, où le débat compétitivité vs stabilité financière se posera à nouveau.

Sources

Signal Baissier
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