Au 22 août 2026, USDe pèse 4,10 milliards de dollars d’encours et se classe cinquième stablecoin mondial sur les 419 recensés, soit 1,33 % d’un marché de 309,5 milliards (DefiLlama, 2026). Le chiffre masque une trajectoire brutale : l’encours a culminé à 14,82 milliards de dollars le 4 octobre 2025, avant de perdre plus de 70 % de sa taille en dix mois. Ethena n’est pas un stablecoin comme les autres. Là où Tether et Circle détiennent des bons du Trésor, Ethena fabrique un dollar synthétique en combinant des cryptoactifs au comptant et des positions vendeuses sur contrats à terme perpétuels. Ce montage produit un rendement natif, ce qu’aucun stablecoin adossé au dollar ne peut faire légalement aux États-Unis, et lui a valu d’être chassé du marché européen par le régulateur allemand.
Au programme
- La mécanique delta-neutre d’USDe et l’origine réelle de son rendement.
- La mutation de 2026 : les contrats perpétuels ne représentent plus que 11 % du collatéral.
- Le 10 octobre 2025, quand USDe a coté 0,65 $ sur Binance sans perdre son ancrage ailleurs.
- Le token ENA, sa tokenomics diluée et le fee switch toujours en attente de vote.
- Le statut réglementaire européen après la décision de la BaFin, et la fiscalité française applicable.
Qu’est-ce qu’Ethena et qui l’a créée ?
Ethena est un protocole de finance décentralisée lancé en février 2024 qui émet USDe, un dollar synthétique adossé à des cryptoactifs couverts par des positions vendeuses équivalentes. Le projet a été fondé par Guy Young, ancien investisseur chez Cerberus Capital, à partir d’une thèse publiée par Arthur Hayes sur la possibilité de construire un dollar sans banque à partir du marché des dérivés crypto.
La levée de fonds initiale de 14 millions de dollars, en février 2024, a été co-menée par Dragonfly et Maelstrom, le family office d’Arthur Hayes, pour une valorisation de 300 millions de dollars. Brevan Howard Digital, Franklin Templeton, Galaxy Digital et PayPal Ventures figuraient au tour de table. Guy Young a indiqué avoir refusé plus de 50 millions d’engagements pour plafonner le tour, faute de besoin en capital.
La distinction terminologique compte. USDe n’est pas adossé à des réserves fiat déposées en banque, contrairement à l’USDT ou l’USDC. Il n’est pas non plus surcollatéralisé en crypto comme le DAI de MakerDAO. Il appartient à une troisième catégorie, celle des dollars synthétiques, dont la valeur repose sur la neutralité d’une position de marché plutôt que sur un dépôt. Ethena elle-même refuse le terme de stablecoin dans sa documentation et parle de « synthetic dollar ».
Trois tokens coexistent dans l’écosystème. USDe est le dollar synthétique, non rémunéré par défaut. sUSDe est sa version stakée, qui capitalise le rendement du protocole. ENA est le token de gouvernance, coté et distinct des deux premiers. Un quatrième actif, USDtb, a été ajouté en décembre 2024 : c’est un stablecoin classique adossé à des bons du Trésor tokenisés.
Comment USDe tient-il son ancrage au dollar ?
Le mécanisme repose sur une position delta-neutre. Le protocole détient un actif au comptant, historiquement de l’ether ou du bitcoin, et vend simultanément le même montant notionnel en contrats perpétuels sur des plateformes centralisées. Si l’ether monte de 10 %, le collatéral gagne 10 % et la position vendeuse en perd autant. La valeur nette du panier reste constante en dollars, quelle que soit la direction du marché.
Ce n’est pas de la magie financière, c’est un basis trade classique, pratiqué depuis des décennies sur les marchés à terme de matières premières. L’innovation d’Ethena tient à la tokenisation de la position : au lieu que chaque investisseur monte lui-même la couverture, le protocole l’opère à l’échelle et distribue des parts sous forme de token fongible.
La création d’USDe est réservée à des acteurs approuvés après vérification d’identité, appelés market makers. Ils déposent du collatéral éligible et reçoivent l’équivalent en USDe, que n’importe qui peut ensuite acheter sur le marché secondaire via des pools d’échange automatisés. Le rachat suit le chemin inverse. Cette architecture explique pourquoi la profondeur du marché secondaire compte davantage que la mécanique de rachat pour le détenteur ordinaire.
Le collatéral n’est pas déposé sur les plateformes d’échange elles-mêmes. Ethena recourt à une garde hors plateforme confiée à des dépositaires régulés - Copper, Ceffu, Anchorage Digital et Kraken publient des attestations mensuelles. Les actifs restent chez le dépositaire, seule la marge nécessaire circule. Cette configuration limite l’exposition au risque de défaillance d’une plateforme, sans l’annuler : une faillite de contrepartie pendant que des positions sont ouvertes reste un scénario possible.
Un fonds de réserve absorbe les périodes de rendement négatif. Sa taille représentait 1,18 % de l’encours du protocole au premier trimestre 2026, un coussin modeste rapporté aux montants couverts.
D’où vient le rendement de sUSDe ?
Le rendement d’sUSDe provient de plusieurs flux, dont un seul était dominant à l’origine : le taux de financement des contrats perpétuels. Sur ces instruments, les acheteurs paient périodiquement les vendeurs lorsque le marché est haussier, ce qui est le cas 79 à 84 % du temps historiquement. Ethena, structurellement vendeuse, encaisse ce flux.
S’y ajoutent les récompenses de staking sur le collatéral en ether, les revenus de prêt sur les marchés DeFi surcollatéralisés, le prêt institutionnel, les rendements d’actifs réels tokenisés et les intérêts sur les réserves en stablecoins. La documentation du protocole recense six sources distinctes en 2026, contre deux au lancement.
Le détenteur qui souhaite capter ce rendement doit staker son USDe pour recevoir du sUSDe. Le token ne verse pas de coupon : sa valeur en USDe augmente mécaniquement au fil de la capitalisation. Au 22 août 2026, sUSDe cote 1,24 dollar, contre 1,00 lors du lancement en février 2024. Ce rapport donne un rendement annualisé composé d’environ 9 % sur deux ans et demi, toutes conditions de marché confondues. C’est une performance solide, mais elle ne dit rien du rendement instantané, qui varie fortement : autour de 9 à 15 % en 2024 et début 2025, autour de 4 à 8 % au cours de 2026 selon les relevés successifs du protocole.
Le taux de staking s’est effondré avec la compression du rendement. L’encours d’sUSDe atteint 1,38 milliard de dollars en août 2026, soit 1,11 milliard de tokens sur les 4,10 milliards d’USDe en circulation : 27 % de la supply, contre environ 70 % à l’époque des taux à deux chiffres. Les trois quarts restants circulent comme dollar de transaction ou comme collatéral dans des protocoles de prêt, sans rémunérer leur détenteur.
Un point mérite d’être souligné pour le lecteur français : les 73 % d’USDe non stakés financent le rendement des 27 % stakés. C’est un transfert interne, pas une création de valeur ex nihilo. Détenir USDe sans le staker revient à prêter gratuitement son capital au protocole.
Pourquoi les contrats perpétuels ne pèsent plus que 11 % du collatéral
Le changement le plus important de 2026 est passé largement inaperçu. Le 7 avril 2026, Ethena a annoncé une refonte de la composition de ses réserves : les positions sur contrats perpétuels ne représentent plus que 11 % du collatéral total, contre la quasi-totalité au lancement (Unchained, 2026). Le reste est réparti entre réserves en stablecoins, positions de prêt DeFi, prêt institutionnel via Anchorage Digital, Maple Institutional et Coinbase Asset Management, et actifs réels tokenisés : obligations adossées à des prêts, fonds obligataires d’entreprise, produits de crédit structuré.
Cette bascule répond à une contrainte arithmétique. Quand le taux de financement rapporte moins que les bons du Trésor américain, maintenir la couverture coûte plus cher qu’elle ne rapporte. Le protocole applique donc un modèle adaptatif : forte exposition au delta-neutre quand les taux de financement sont élevés, repli sur les stablecoins liquides et le crédit quand ils se compriment.
La conséquence stratégique est considérable. Ethena en 2026 ressemble moins à un protocole de dérivés qu’à un véhicule de crédit et de tokenisation d’actifs réels doté d’un module de couverture. En août 2026, le protocole a ajouté une facilité de crédit d’un milliard de dollars avec FalconX, structurée via un véhicule ad hoc protégé de la faillite, qui achemine les réserves USDe vers des prêts institutionnels surcollatéralisés.
Cela change la nature du risque supporté par le détenteur. Le risque de taux de financement négatif recule ; le risque de crédit, de liquidité et de contrepartie monte. Un détenteur d’USDe en 2026 est exposé à la solvabilité d’emprunteurs institutionnels, pas seulement à la structure du marché des dérivés. Aucun de ces contrats de prêt n’est public dans le détail.
Comment expliquer la chute de 15 à 4 milliards de dollars
La courbe raconte trois phases. Une montée heurtée de 0,14 à 4,4 milliards entre février et décembre 2024, avec un creux à 2,5 milliards en octobre 2024, portée par le marché haussier et par des campagnes de points distribuant des ENA aux premiers utilisateurs. Une accélération violente à l’été 2025, de 5,3 à 14,7 milliards entre juillet et octobre, alimentée par des campagnes de rendement sur les grandes plateformes. Puis un dégonflement continu depuis octobre 2025.
Le déclencheur est daté. Le 10 octobre 2025, le marché crypto a connu la plus grande cascade de liquidations de son histoire, près de 19 milliards de dollars de positions à effet de levier effacées en quelques heures. L’écart entre le rendement d’USDe et le rendement du staking d’ether est passé en territoire négatif : maintenir la couverture coûtait plus cher que ce qu’elle rapportait. L’incitation à détenir USDe a disparu du jour au lendemain.
L’encours est tombé de 14,8 à 9,4 milliards en un mois, puis à 8,1 milliards à la mi-novembre, avant de poursuivre sa décrue par paliers tout au long de 2026 : 6,3 milliards en janvier, 6,0 en mars, 3,9 en mai, 4,5 en juin, 3,9 début août. Le rebond de fin août à 4,10 milliards reste marginal.
Cette contraction n’est pas un dysfonctionnement du protocole. Le mécanisme de rachat a fonctionné à chaque instant, y compris au plus fort de la panique, et le ratio de couverture est resté supérieur à 100 %. C’est le comportement attendu d’un produit dont la demande est une fonction directe du rendement offert. Quand le rendement disparaît, l’encours suit. Ce n’est ni une faille ni une fraude : c’est la caractéristique centrale du modèle, et elle rend l’encours d’USDe structurellement procyclique.
Le 10 octobre 2025 : USDe à 0,65 $ sur Binance
Pendant la cascade de liquidations, USDe a coté jusqu’à 0,65 dollar sur Binance, provoquant une vague de titres sur un décrochage du dollar synthétique. La réalité technique est plus étroite et vaut d’être comprise, parce qu’elle éclaire un risque réel mais différent de celui qui a été rapporté.
Le décrochage a été confiné à une seule plateforme. Sur les marchés décentralisés, la profondeur de liquidité dépassait 400 millions de dollars, et le prix n’a pas quitté la zone de l’ancrage - le plus bas historique relevé par CoinGecko tous marchés confondus, 0,9295 dollar, date d’octobre 2024 et n’a pas été enfoncé lors de cet épisode. Le carnet d’ordres interne de Binance, lui, affichait environ 8 millions de dollars de profondeur, soit 0,09 % de l’encours d’USDe à l’époque. L’oracle de la plateforme lisait ce carnet plutôt que les sources externes, ce qui a déclenché environ un milliard de dollars de liquidations forcées sur des positions collatéralisées en USDe.
« Il ne s’agit pas d’un véritable décrochage : la cause est un problème d’oracle interne à la plateforme, pas le collatéral, le protocole ou la mécanique de rachat. » , Guy Young, fondateur d’Ethena, 11 octobre 2025
La distinction est fondée sur les faits, mais elle n’exonère pas le modèle. Un détenteur liquidé à 0,65 dollar sur une plateforme centralisée a subi une perte définitive, quelle qu’en soit la cause technique. Le prix restauré en huit heures ne lui a rien rendu. Pour l’utilisateur qui emploie USDe comme collatéral de trading sur une plateforme centralisée, le risque d’oracle est un risque de première ligne, indépendant de la solidité du protocole sous-jacent.
Trois milliards de dollars ont quitté le protocole dans la foulée. La Federal Reserve Bank de New York a consacré une note de recherche à l’épisode en juin 2026, dans une analyse plus large des stablecoins synthétiques et de la stabilité financière.
USDe face à USDT, USDC et DAI en 2026
| Critère | USDe | USDT | USDC | DAI / USDS |
|---|---|---|---|---|
| Adossement | Crypto + couverture dérivés | Bons du Trésor, dépôts | Bons du Trésor, dépôts | Crypto surcollatéralisée |
| Encours (août 2026) | 4,10 Md$ | 183,2 Md$ | 73,6 Md$ | 4,77 / 6,65 Md$ |
| Rendement natif | Oui, via sUSDe | Non | Non | Oui, via sDAI / sUSDS |
| Émetteur | Ethena (protocole) | Tether | Circle | Sky (ex-MakerDAO) |
| Statut UE | Interdit à la vente | Retiré des plateformes MiCA | Conforme MiCA | Non enregistré ART |
| Risque principal | Financement, crédit, oracle | Composition des réserves | Concentration bancaire | Liquidation du collatéral |
La comparaison montre un écart d’échelle de 45 pour 1 avec USDT. USDe n’est pas un concurrent des stablecoins de paiement et ne prétend pas l’être : il n’a pas vocation à régler des transferts commerciaux mais à porter du rendement dans des stratégies DeFi. Sa concurrence directe se joue face aux dollars rémunérés - sUSDS de Sky, sDAI, et les fonds monétaires tokenisés comme BUIDL de BlackRock ou USYC.
Sur ce segment précis, USDe reste un acteur de premier plan malgré la contraction, mais il a perdu sa position de leader face à l’USDS de Sky, monté à 6,65 milliards de dollars. Le rapprochement avec USD1, à 4,01 milliards, illustre par ailleurs l’entrée d’acteurs politiquement adossés sur un marché où l’antériorité technique compte moins que la distribution.
Le token ENA, tokenomics et fee switch
ENA est le token de gouvernance du protocole, sans lien mécanique avec l’ancrage d’USDe. Au 22 août 2026, il cote 0,151 dollar pour une capitalisation de 1,48 milliard de dollars, au 57e rang mondial. Le token a atteint 1,52 dollar le 11 avril 2024, une semaine après son lancement, et affiche depuis un recul de 90,1 % par rapport à ce sommet.
La tokenomics explique une bonne partie de cette trajectoire. L’offre maximale est fixée à 15 milliards de tokens, dont 9,83 milliards circulent en août 2026, soit 65,5 %. Les 5,17 milliards restants entrent progressivement en circulation selon un calendrier d’acquisition qui bénéficie principalement aux investisseurs privés et à l’équipe. Chaque déverrouillage ajoute de l’offre sur un marché dont la demande dépend de la croissance du protocole, laquelle est en recul depuis dix mois.
Le fee switch est le mécanisme censé corriger ce déséquilibre. Proposé dès novembre 2024 par la société de trading Wintermute, il prévoit de rediriger une fraction des revenus du protocole vers les détenteurs qui stakent leur ENA en sENA, plutôt que vers la trésorerie. Le protocole a généré 230,8 millions de dollars de revenus sur l’année 2025 : la redistribution d’une part de ce flux représenterait un rendement significatif.
La Fondation Ethena a confirmé dès septembre 2025 que les critères d’activation étaient réunis. À la date de publication de ce dossier, le vote de gouvernance n’a toujours pas eu lieu, les paramètres restant en examen devant le comité des risques. Le décalage entre une annonce vieille de onze mois et une mise en œuvre absente pèse sur la crédibilité du token, indépendamment de la santé du protocole lui-même. Un détenteur d’ENA en août 2026 détient un droit de vote sur un mécanisme de partage des revenus qui n’existe pas encore.
USDtb, le second dollar d’Ethena
Face à un cadre américain qui interdit aux émetteurs de stablecoins de rémunérer leurs réserves, Ethena a construit une réponse en deux produits. USDtb, lancé fin 2024 et émis avec Anchorage Digital, une banque fédérale américaine agréée, est un stablecoin classique adossé pour l’essentiel au fonds monétaire tokenisé BUIDL de BlackRock. Il ne verse aucun rendement et se conforme au GENIUS Act, la loi américaine sur les stablecoins de paiement signée le 18 juillet 2025.
Son encours atteint 288 millions de dollars en août 2026, très loin d’USDe. Ce n’est pas un produit de volume mais un produit de conformité : il donne à Ethena une porte d’entrée réglementaire aux États-Unis et sert de collatéral défensif dans le panier d’USDe pendant les périodes de taux de financement négatif.
L’articulation entre les deux tokens dessine une frontière juridique que le législateur américain n’a pas anticipée. Le GENIUS Act interdit à un émetteur de verser des intérêts sur les réserves d’un stablecoin de paiement. Il ne dit rien d’une stratégie tierce qui génère un rendement et d’un token qui le répercute - la construction exacte d’sUSDe. Cette asymétrie a fait l’objet d’une analyse détaillée de Forbes en juin 2026 : le rendement d’Ethena est légal aux États-Unis parce qu’il ne relève pas de la catégorie que la loi a définie.
Pourquoi USDe est interdit à la vente en Europe
Le sujet est central pour un investisseur français et il est mal connu. USDe a été chassé du marché européen par le régulateur allemand au terme d’une procédure qui s’est étalée sur trois mois.
Ethena GmbH, immatriculée à Francfort, avait déposé en juillet 2024 une demande d’agrément d’émetteur de jeton se référençant à des actifs, en s’appuyant sur la période transitoire prévue par MiCA. Le 21 mars 2025, la BaFin a constaté des manquements et interdit toute nouvelle émission. Ethena a retiré sa demande le 3 avril. Le 4 avril, une astreinte de 600 000 euros a été prononcée, assortie d’une interdiction de paiements et de ventes destinée à préserver les actifs de la société.
« Le 14 avril, la BaFin a ordonné à Ethena GmbH de liquider l’activité soumise à agrément. » , BaFin, communiqué du 15 avril 2025
Une procédure de remboursement encadrée a été ouverte le 25 juin 2025 pour les détenteurs européens. Une seconde procédure a visé sUSDe, la BaFin estimant qu’il pouvait s’agir d’une offre au public de titres financiers sans prospectus.
Le motif de fond est structurel et ne se règle pas par un dossier mieux ficelé. MiCA impose aux jetons de monnaie électronique une réserve intégrale, actif par actif, et interdit le versement d’intérêts. USDe échoue sur les deux points : son adossement repose sur une position de marché et non sur un dépôt, et sUSDe rémunère explicitement son détenteur. Aucune version conforme d’USDe n’est envisageable sans démonter le produit.
Concrètement, en 2026, un résident français ne peut pas acquérir USDe auprès d’un prestataire enregistré dans l’Union européenne. Les plateformes agréées MiCA ne le listent pas. L’accès effectif passe par des protocoles décentralisés, ce qui déplace la question vers la responsabilité individuelle et n’offre aucune des protections du cadre européen : pas de recours, pas de garantie de rachat, pas d’autorité de tutelle.
Comment détenir USDe et sUSDe depuis la France
La contrainte réglementaire précédente commande la réponse pratique. Aucun prestataire enregistré en France ne propose USDe à la vente, et cette page ne recommande pas de contourner ce cadre. Pour un investisseur qui souhaite s’exposer au segment des dollars rémunérés en restant dans le cadre européen, les alternatives conformes MiCA existent : USDC chez les acteurs agréés, ou les fonds monétaires tokenisés distribués par des sociétés de gestion enregistrées.
Pour ceux qui détiennent déjà USDe, l’obtenu compte autant que la détention. Les acteurs internationaux comme Bybit ou Kraken intègrent les produits Ethena pour leurs clients hors Union européenne, avec des restrictions géographiques appliquées à l’ouverture de compte. Le stockage à long terme relève des mêmes règles que tout token ERC-20 : un portefeuille matériel comme le Ledger Nano X conserve les clés hors ligne, et le staking en sUSDe s’effectue via une interaction directe avec le contrat.
Trois précautions techniques valent d’être rappelées. Le passage d’USDe à sUSDe comporte un délai de retrait de sept jours, période pendant laquelle les fonds sont immobilisés. L’usage d’USDe comme collatéral sur une plateforme centralisée expose au risque d’oracle décrit plus haut, sans lien avec la solvabilité du protocole. Enfin, les rendements affichés sont des moyennes glissantes sur sept ou trente jours : ils décrivent le passé récent, jamais une garantie.
Intégrations et adoption en 2026
Malgré la contraction de l’encours, les intégrations se poursuivent, ce qui traduit un intérêt institutionnel qui survit à la baisse des rendements.
L’exemple le plus visible en 2026 est Robinhood Chain. Au 12 août 2026, l’encours d’USDe sur cette chaîne atteignait 253 millions de dollars, contre environ 17 millions un mois plus tôt, soit près de 43 % de l’ensemble des stablecoins qui y circulent. Le mouvement traduit un usage précis : du capital en attente qui cherche un rendement natif plutôt qu’un dollar dormant.
Côté infrastructure de crédit, la facilité d’un milliard de dollars montée avec FalconX en août 2026 et le partenariat de prêt garanti avec Anchorage Digital de juin 2026 confirment la réorientation du protocole vers le crédit institutionnel. USDe circule par ailleurs sur une quinzaine de chaînes et sert de collatéral dans les grands protocoles de prêt, où il concurrence directement les stablecoins classiques sur les marchés de dépôt rémunéré.
Le contraste est notable : l’encours a baissé de 70 % pendant que le nombre d’intégrations augmentait. Ethena a perdu ses utilisateurs opportunistes attirés par les rendements à deux chiffres et conservé une base d’usage plus étroite mais mieux ancrée dans les infrastructures.
Les risques structurels d’USDe
Le premier risque reste le taux de financement négatif prolongé. Les taux sont positifs 79 à 84 % du temps, ce qui laisse 16 à 20 % de jours où la couverture coûte de l’argent. Une séquence négative longue épuise le fonds de réserve, qui pèse 1,18 % de l’encours. Le protocole a atténué cette exposition en ramenant les perpétuels à 11 % du collatéral, mais l’a remplacée par d’autres.
Le deuxième risque est de crédit et de contrepartie. Avec le basculement vers le prêt institutionnel et les actifs réels, un détenteur d’USDe est désormais exposé à la solvabilité d’emprunteurs dont les contrats ne sont pas publics dans le détail, ainsi qu’aux dépositaires qui gardent le collatéral et aux plateformes où sont ouvertes les positions.
Le troisième risque est de liquidité secondaire. La profondeur du marché conditionne la capacité à sortir à l’ancrage en période de stress, comme l’a montré l’épisode d’octobre 2025 : sur les marchés profonds, l’ancrage a tenu ; sur un carnet mince, il s’est effondré.
Le quatrième risque est réglementaire. USDe est déjà exclu de l’Union européenne. Rien ne garantit qu’une juridiction majeure supplémentaire ne suivra pas, et la note de la Fed de New York de juin 2026 montre que le sujet est sur la table des autorités monétaires.
Le cinquième risque est de gouvernance. Le vote sur le fee switch reste en suspens onze mois après l’annonce des critères remplis, tandis que le calendrier de déverrouillage d’ENA continue de s’exécuter.
Enfin, le risque de contrat intelligent existe comme sur tout protocole DeFi. Ethena n’a pas connu d’exploit majeur depuis son lancement, mais l’absence d’incident passé n’est jamais une garantie.
Fiscalité française d’USDe et du staking sUSDe
Le régime applicable est celui des actifs numériques, sans particularité liée au caractère synthétique du token. Pour un particulier gérant son patrimoine privé, la cession d’un actif numérique contre une monnaie ayant cours légal ou contre un bien ou service déclenche l’imposition au prélèvement forfaitaire unique, avec option possible pour le barème progressif.
Un point revient souvent : l’échange d’USDe contre une autre cryptomonnaie n’est pas imposable, en application du principe de neutralité des échanges crypto-crypto. La sortie en euros l’est. Le passage d’USDe à sUSDe relève d’une opération technique dont le traitement mérite d’être discuté avec un conseil, la doctrine n’ayant pas tranché explicitement le cas des tokens à valeur capitalisante.
Le gain issu du staking soulève une question distincte, puisque la valorisation d’sUSDe s’accumule dans le prix du token plutôt que par versement de coupons. En pratique, la plus-value se matérialise à la cession et suit le régime des plus-values de cession. Les comptes détenus sur des plateformes établies hors de France doivent par ailleurs être déclarés, sous peine d’amende. Le détail des obligations est traité dans notre guide de la fiscalité crypto.
Une conséquence indirecte de l’interdiction européenne mérite attention : détenir un actif non distribué dans l’Union n’exonère d’aucune obligation déclarative française. Le caractère non conforme MiCA d’un token ne le rend ni illégal à détenir ni invisible pour l’administration.
FAQ : tout savoir sur Ethena et USDe
USDe est-il un stablecoin sûr ?
USDe est resté couvert à plus de 100 % à chaque instant depuis février 2024, y compris pendant la cascade de liquidations d’octobre 2025, et son mécanisme de rachat n’a jamais été interrompu. Il porte néanmoins des risques que n’ont pas les stablecoins adossés au dollar : financement négatif, crédit institutionnel, dépositaires et oracles de plateformes.
Pourquoi l’encours d’USDe a-t-il chuté de 70 % ?
Parce que la demande d’USDe est une fonction du rendement offert. Après le 10 octobre 2025 et l’effacement de 19 milliards de dollars de positions à effet de levier, les taux de financement sont passés en territoire négatif et le rendement d’sUSDe s’est comprimé. L’encours est passé de 14,82 milliards de dollars début octobre 2025 à 4,10 milliards en août 2026.
Peut-on acheter USDe en France en 2026 ?
Pas auprès d’un prestataire enregistré dans l’Union européenne. La BaFin a ordonné en avril 2025 la liquidation de l’activité d’Ethena GmbH et interdit la vente d’USDe, faute de conformité aux exigences de réserve et à l’interdiction de rémunération prévues par MiCA. Les plateformes agréées MiCA ne le listent pas.
Quel rendement rapporte sUSDe aujourd’hui ?
Le rendement varie selon les conditions de marché. Il s’est situé entre 9 et 15 % en 2024 et début 2025, puis entre 4 et 8 % au cours de 2026. Le prix d’sUSDe, à 1,24 dollar en août 2026 contre 1,00 au lancement, correspond à un rendement composé d’environ 9 % par an sur deux ans et demi.
Quelle différence entre USDe, sUSDe et ENA ?
USDe est le dollar synthétique, non rémunéré. sUSDe est sa version stakée, dont la valeur capitalise le rendement du protocole. ENA est le token de gouvernance, coté séparément, sans lien mécanique avec l’ancrage d’USDe ni droit sur le collatéral.
USDe a-t-il vraiment perdu son ancrage en octobre 2025 ?
Uniquement sur Binance, où le prix est descendu à 0,65 dollar à cause d’un oracle interne lisant un carnet d’ordres de 8 millions de dollars plutôt que les marchés externes profonds de plus de 400 millions. Le plus bas historique tous marchés confondus, 0,9295 dollar, remonte à octobre 2024 et n’a pas été enfoncé en octobre 2025. Environ un milliard de dollars de liquidations forcées ont malgré tout été déclenchées.
Le fee switch d’ENA est-il actif ?
Non à la date de publication. La Fondation Ethena a confirmé en septembre 2025 que les critères d’activation étaient réunis, mais le vote de gouvernance n’a pas eu lieu et les paramètres restent en examen devant le comité des risques.
Qu’est-ce qui distingue USDe d’USDtb ?
USDe est un dollar synthétique adossé à des cryptoactifs couverts, qui produit un rendement et n’est pas conforme MiCA. USDtb est un stablecoin classique adossé à des bons du Trésor tokenisés, émis avec Anchorage Digital, sans rendement, conçu pour se conformer au GENIUS Act américain. Son encours atteint 288 millions de dollars en août 2026.
Sources
- DefiLlama, encours USDe et classement des stablecoins, relevé du 22 août 2026
- CoinGecko, données de marché USDe, sUSDe et ENA, 22 août 2026
- Ethena, documentation protocole et tableau de bord de transparence
- BaFin, Ethena GmbH
- BaFin, Ethena GmbH
- CoinDesk, Ethena USDe briefly loses peg during $19B liquidation cascade (11 octobre 2025)
- 21Shares, Why did Ethena stablecoin remain stable onchain but depegged on Binance
- Unchained, Ethena overhauls USDe reserves with institutional lending and real-world assets (avril 2026)
- Blockworks, Ethena Foundation prepares ENA fee switch for token holder vote
- Federal Reserve Bank of New York, Liberty Street Economics, Synthetic Stablecoins and Financial Stability (juin 2026)
- Forbes, Ethena USDe pays yield legally and the GENIUS Act has no answer for it (15 juin 2026)
- impots.gouv.fr et BOFiP, régime fiscal des actifs numériques
-
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