Christine Lagarde préside la Banque centrale européenne depuis le 1er novembre 2019. Première femme à diriger l’institution de Francfort, elle décide de la politique monétaire de près de 350 millions d’Européens et pilote le projet d’euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale dont la première émission est envisagée pour 2029. Face au bitcoin, elle assume l’une des positions les plus critiques de la planète finance, entre scepticisme assumé et régulation méthodique.

Au programme

  • Avocate d’affaires devenue ministre de l’Économie puis directrice générale du FMI (2011-2019), Christine Lagarde dirige la BCE depuis novembre 2019.
  • Elle porte l’euro numérique : phase de préparation bouclée fin octobre 2025, pilote interne prévu en 2027, première émission possible en 2029.
  • Elle a jugé en 2022 que les cryptos « ne valent rien » et a exclu en janvier 2025 le bitcoin des réserves des banques centrales européennes.

Quel parcours avant la Banque centrale européenne ?

Née le 1er janvier 1956 à Paris, Christine Lagarde grandit au Havre. Après des études de droit à l’université Paris-Nanterre et un diplôme de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, elle devient avocate d’affaires. Elle rejoint le cabinet américain Baker & McKenzie en 1981 et en gravit tous les échelons : en 1999, elle devient la première femme à présider son comité exécutif mondial.

Elle entre au gouvernement français en juin 2005 comme ministre déléguée au Commerce extérieur. En juin 2007, elle prend le portefeuille de l’Économie et des Finances : aucune femme n’avait occupé ce poste dans un pays du G7. Elle gère la tempête financière de 2008 côté français, avant d’être nommée directrice générale du FMI en juillet 2011, là encore une première féminine.

Son passage à Bercy laisse une trace judiciaire. En décembre 2016, la Cour de justice de la République la reconnaît coupable de négligence dans l’arbitrage Tapie, qui avait accordé 403 millions d’euros à l’homme d’affaires en 2008, selon France 24. Elle est dispensée de peine et le FMI lui maintient sa confiance. Elle reste à Washington jusqu’en 2019, avant de succéder à Mario Draghi à Francfort.

Pourquoi l’euro numérique est-il son grand chantier ?

Dès son arrivée à la BCE, Lagarde fait de l’euro numérique son projet signature. L’objectif : doter la zone euro d’un moyen de paiement public et gratuit, utilisable en ligne comme hors ligne, pour préserver la souveraineté monétaire face aux géants américains du paiement. Notre guide des CBDC détaille le fonctionnement de ces monnaies publiques.

Le calendrier avance par étapes. Après une phase d’investigation ouverte en octobre 2021, la phase de préparation lancée en novembre 2023 est bouclée fin octobre 2025 : le Conseil des gouverneurs décide alors de passer à l’étape suivante, selon la BCE. Un pilote interne de douze mois doit démarrer au second semestre 2027, pour une première émission possible en 2029, à condition que le règlement européen soit adopté en 2026.

Euro numérique : calendrier 2021-2029 Frise chronologique des grandes étapes du projet d'euro numérique de la BCE, de la phase d'investigation en 2021 à la première émission envisagée en 2029. Oct. 2021 Investigation phase d'étude Nov. 2023 Préparation lancement Oct. 2025 Étape suivante cap technique S2 2027 Pilote interne 12 mois prévus 2029 Émission si loi votée Source : BCE, 2025

La France se prépare déjà : Bercy recrute des profils dédiés au projet, comme le raconte notre enquête sur les recrutements euro numérique. Lagarde répète que l’euro numérique complétera les espèces sans les remplacer, mais le projet nourrit un débat récurrent sur la vie privée des paiements et les plafonds de détention.

Que pense Christine Lagarde des cryptomonnaies ?

Sa position est constante depuis des années : les crypto-actifs sont spéculatifs, sans valeur intrinsèque, et doivent être encadrés. En mai 2022, sur le plateau néerlandais College Tour, elle livre sa sentence la plus célèbre, rapportée par CNBC.

« Mon très humble avis, c’est que ça ne vaut rien. C’est basé sur rien, il n’y a aucun actif sous-jacent pour jouer le rôle d’ancre de sécurité. » : Christine Lagarde, College Tour, mai 2022

L’anecdote familiale a fait le tour du monde : l’un de ses deux fils a investi en crypto contre son avis. Fin 2023, elle raconte qu’il l’a « royalement ignorée » et a perdu environ 60 % de sa mise avant de reconnaître qu’elle avait raison, selon Fortune.

Le 30 janvier 2025, elle ferme une autre porte. Interrogée après que le gouverneur de la Banque nationale tchèque, Aleš Michl, a évoqué de placer jusqu’à 5 % des réserves de son institution en bitcoin, elle répond qu’un actif de réserve doit être liquide, sûr et sécurisé, sans soupçon de blanchiment, et se dit confiante qu’aucune banque centrale du Conseil général de la BCE n’y touchera, selon Bloomberg. Une ligne à l’exact opposé du pari de Nayib Bukele au Salvador, et des débats américains sur une réserve stratégique analysés dans notre fiche fondamentale Bitcoin.

Quelle influence sur l’écosystème crypto en 2026 ?

Lagarde n’est pas qu’une voix critique : elle a soutenu la construction du règlement MiCA, pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024, qui impose un agrément européen aux prestataires de services sur crypto-actifs. Les plateformes servant les clients français, de Coinhouse aux géants mondiaux, opèrent désormais sous ce régime, détaillé dans notre guide MiCA pour les utilisateurs. Dès juin 2022, elle plaidait devant le Parlement européen pour un « MiCA 2 » étendu au staking et au prêt de crypto-actifs, avant même l’adoption du premier texte.

Son influence dépasse la réglementation. Chaque décision de taux de la BCE pèse sur l’appétit pour le risque, donc sur les marchés crypto. Et sa méfiance envers les stablecoins adossés au dollar, qu’elle présente comme une menace pour la souveraineté monétaire européenne, alimente la course entre euro numérique et jetons privés, explorée dans notre enquête sur les stablecoins euro.

Le contraste transatlantique est saisissant. Aux États-Unis, la ligne dure incarnée par Gary Gensler a été balayée par un virage pro-crypto assumé. En Europe, Lagarde tient le cap inverse : encadrer strictement le privé, bâtir une alternative publique. Son mandat unique de huit ans court jusqu’au 31 octobre 2027. L’euro numérique sera l’héritage qu’elle laissera ou non à son successeur.

Chiffres clés

  • 1956 : naissance à Paris, le 1er janvier.
  • 1999 : première femme à la tête du comité exécutif mondial de Baker & McKenzie.
  • 2007 : ministre de l’Économie et des Finances, première femme du G7 à ce poste.
  • 2011 : directrice générale du FMI, jusqu’en 2019.
  • 2016 : reconnue coupable de négligence dans l’arbitrage Tapie, dispensée de peine.
  • 2019 : présidente de la BCE, le 1er novembre.
  • 2025 : fin de la phase de préparation de l’euro numérique ; refus du bitcoin dans les réserves des banques centrales.
  • 2029 : première émission possible de l’euro numérique.

Questions fréquentes

Jusqu’à quand Christine Lagarde préside-t-elle la BCE ?

Son mandat de huit ans, unique et non renouvelable, a débuté le 1er novembre 2019 et s’achève le 31 octobre 2027. Les spéculations sur sa succession ont déjà commencé, mais elle a toujours affirmé vouloir aller au bout de son mandat, avec l’euro numérique comme dossier prioritaire de ses dernières années à Francfort.

Quand l’euro numérique sera-t-il lancé ?

Aucune date de lancement grand public n’est actée. La BCE prévoit un pilote interne de douze mois à partir du second semestre 2027, puis une première émission possible en 2029. Tout dépend de l’adoption du règlement européen sur l’euro numérique, attendue en 2026 : sans base légale votée, le calendrier glissera.

Pourquoi refuse-t-elle le bitcoin dans les réserves des banques centrales ?

Pour Lagarde, un actif de réserve doit être liquide, sûr, sécurisé et exempt de tout soupçon de blanchiment : des critères que le bitcoin, volatil et non adossé à un émetteur, ne remplit pas selon elle. Elle a opposé cette grille en janvier 2025 à la piste tchèque d’une diversification des réserves en bitcoin.

Photo : Lemrich / Banque centrale européenne

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