L’ensemble des stablecoins libellés en euro affiche une capitalisation cumulée de 900 millions de dollars en juin 2026, soit moins de 0,3 % d’un marché mondial qui dépasse les 315 milliards de dollars. Les stablecoins en dollars représentent environ 99 % de l’offre en circulation, selon la Banque centrale européenne. Malgré deux ans de mise en application du règlement MiCA et la suppression de l’USDT des grandes plateformes européennes, les deux prétendants euro les plus sérieux, l’EURC de Circle et l’EURCV de Société Générale-FORGE, stagnent à l’échelle mondiale. Pas de croissance organique. Pas de paire dominante. Pas de usages de masse. Le chantier est structurel, pas réglementaire.
Au programme
- Moins de 0,3 % du marché mondial : la capitalisation cumulée des stablecoins euro reste marginale malgré MiCA (CoinGecko, juin 2026)
- La domination du dollar repose sur des raisons antérieures à la crypto : liquidité, facturation mondiale, marchés de matières premières
- MiCA a nettoyé le terrain mais n’a pas créé la demande : l’EURC a gagné en parts par défaut réglementaire, pas par adoption organique
Pourquoi 900 millions, c’est presque rien ?
En 2025, les stablecoins en euro affichaient une capitalisation inférieure à 350 millions d’euros, représentant moins de 1 % d’un marché mondial dominé par les tokens adossés au dollar. Par n’importe quelle comparaison brute de capitalisation, l’EURC est une note de bas de page à côté de l’USDT et de l’USDC.
La progression depuis un an ne change pas l’équation. Le marché euro a atteint environ 900 millions de dollars en milieu d’année 2026, doublant de taille depuis MiCA. Cette consolidation réglementaire a concentré la liquidité chez les émetteurs conformes comme Circle, forçant les tokens non conformes à quitter l’Espace économique européen. C’est un doublement sur une base minuscule.
L’EURC de Circle domine avec 461 millions de dollars de capitalisation. L’EURCV de Société Générale-FORGE se maintient à 93 millions de dollars. Ces deux acteurs réunis représentent moins de 0,18 % de la capitalisation globale des stablecoins.
Pourquoi le dollar écrase-t-il structurellement l’euro ?
La réponse ne se trouve pas dans la blockchain. L’euro ne joue pas le même rôle que le dollar dans le commerce mondial et les matières premières. Bien que les stablecoins en euro aient augmenté en nombre en 2025, la croissance est restée marginale comparée à l’émission libellée en dollars. Un stablecoin en euro ne peut pas échapper à cette réalité.
Le crypto-marché est lui-même dollarisé dans ses fondamentaux. Le trading de cryptomonnaies constitue de loin le principal cas d’usage des stablecoins. Ces actifs servent à entrer et sortir de l’écosystème crypto sans devoir convertir en fiat à chaque fois. Or les paires de trading s’établissent en dollar. Les prix d’entrée des projets sont libellés en dollar. Les rendements de la DeFi s’expriment en dollar. Détenir de l’EURC dans ce contexte implique une friction supplémentaire : convertir, puis reconvertir, en supportant le risque de change EUR/USD.
Un stablecoin en euro demande à ses utilisateurs de détenir une devise rarement employée pour valoriser le risque mondial, assise sur un marché obligataire souverain fragmenté. Un stablecoin en dollar offre la devise que la majorité des échanges mondiaux utilise déjà, adossée à un marché de bons du Trésor profond et liquide. C’est une différence structurelle qu’aucun règlement européen ne peut effacer.
Qu’est-ce que MiCA a vraiment changé ?
MiCA a modifié le paysage concurrentiel en Europe, pas le marché mondial. Les principales plateformes européennes, dont Coinbase, Binance, Kraken et Crypto.com, ont retiré les paires USDT spot pour les utilisateurs de l’Espace économique européen entre décembre 2024 et mars 2025, pour rester conformes au règlement.
Ce retrait a mécaniquement gonflé la part de marché de l’EURC. L’EURC a émergé comme le stablecoin euro dominant, détenant environ 41 % de la capitalisation totale du marché euro, contre 17 % douze mois plus tôt. Cette croissance corrèle directement avec l’application de MiCA : à mesure que les stablecoins non conformes ont été retirés des grandes plateformes, l’EURC a capturé le vide laissé.
Dit autrement : ce n’est pas un stablecoin qui a gagné sur le mérite seul. C’est un stablecoin qui a gagné parce que la réglementation a dégagé le terrain. L’EURC détient 41 à 50 % du marché euro, une position construite par la conformité MiCA, pas par une supériorité produit.
MiCA impose par ailleurs une contrainte structurelle radicale pour les émetteurs. Le règlement interdit aux émetteurs de tokens de monnaie électronique et aux tokens référencés à des actifs de verser des intérêts. Un stablecoin en euro ne peut légalement pas rémunérer ses détenteurs. À l’heure où les protocoles de DeFi comme Morpho ou Aave offrent des rendements sur stablecoins dollar, cette interdiction retire l’un des arguments les plus puissants pour convaincre les utilisateurs de basculer vers un stablecoin européen.
Lecture CryptoActu L’ironie du dispositif MiCA est qu’en imposant des obligations de niveau bancaire, il a créé un oligopole de facto entre Circle et SG-FORGE, au lieu d’un marché concurrentiel euro. La croissance de l’EURC est un effet réglementaire, pas une preuve d’adoption. Ce sont deux choses très différentes quand on cherche à mesurer si l’Europe construit une vraie alternative monétaire numérique.
Comment l’EURCV se distingue-t-il de l’EURC ?
Les 2 tokens partagent le même problème de taille mais adoptent des stratégies opposées. L’EURC cherche une diffusion large : trois intégrations majeures en 2026 ont marqué un tournant, avec les 40 millions de terminaux Ingenico via WalletConnect Pay, le règlement Visa/Wirex sur Stellar, et les coffres de rendement Morpho.
L’EURCV, lui, cible délibérément le wholesale institutionnel. Emis par SG-FORGE, filiale crypto de Société Générale, il représente l’approche DeFi-first. Malgré une adoption initiale plus lente, l’EURCV a affiché une croissance régulière via les intégrations sur les protocoles de prêt comme Morpho, où les utilisateurs peuvent mobiliser des actifs en garantie et emprunter de l’EURCV ou déposer dans des coffres générant du rendement. Cela crée une demande organique liée à des cas d’usage productifs plutôt qu’à des incitations spéculatives.
La capitalisation de l’EURCV a augmenté de plus de 200 % en glissement annuel à la mi-mai 2026, selon Token Terminal. Un saut spectaculaire, mais depuis une base de quelques dizaines de millions. Le token, disponible sur 4 blockchains depuis juin 2026, reste absent des volumes de trading grand public. Il circule principalement entre institutions, sur Ethereum et les marchés de prêts institutionnels.
Ce clivage entre les 2 acteurs illustre une réalité du marché euro des stablecoins : sans utilité différenciée - qu’elle soit propre à des intégrations protocolaires, à l’optimisation d’un cas d’usage, ou à une infrastructure de conformité supérieure - les nouveaux stablecoins euro risquent une marginalisation permanente. Un positionnement générique “encore un stablecoin en euro” ne suffit pas.
Quel avenir pour les stablecoins euro ?
Plusieurs forces pourraient modifier l’équilibre. La BCE travaille sur l’euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) distincte des stablecoins privés. Face à la menace des stablecoins, la BCE mise sur l’euro numérique, garanti directement par la banque centrale, sans risque de contrepartie. Il serait considéré comme un équivalent numérique des billets de banque.
Du côté industriel, un consortium baptisé Qivalis rassemble des banques européennes autour d’un projet de stablecoin euro bancaire. Le consortium vise un lancement au second semestre 2026. Le jour même de l’ouverture de la consultation publique de la Commission européenne sur MiCA, le 20 mai 2026, 25 banques supplémentaires ont rejoint le projet, portant le total à 37 membres issus de 15 pays.
La Commission européenne elle-même doute de l’adéquation du cadre. Elle a ouvert une consultation publique le 20 mai 2026 pour évaluer si MiCA, conçu avant l’explosion récente des stablecoins et de la tokenisation, reste adapté à la nouvelle réalité du marché. Les avis de l’industrie sont recueillis jusqu’au 31 août 2026. Des observateurs plaident pour un assouplissement des règles de gestion des réserves. Le rapport appelle à des ajustements ciblés plutôt qu’à une refonte complète du cadre, notamment via une approche plus flexible des règles de réserves, alignée sur les normes de liquidité européennes.
Rien ne garantit que ces évolutions suffiront à changer la dynamique fondamentale. MiCA a réussi à limiter l’accès à l’USDT sur les plateformes réglementées. Mais il n’a pas provoqué l’essor attendu des stablecoins en euros. La capitalisation des stablecoins euro-réglementés reste marginale. Le commerce mondial se facture en dollar. Les marchés de matières premières se cotent en dollar. Les traders crypto raisonnent en dollar. Aucune directive européenne ne change ces réalités préalables.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’EURC et qui l’émet ?
L’EURC est un stablecoin libellé en euro émis par Circle, la société américaine également à l’origine de l’USDC. Il est adossé à 100 % à des euros détenus dans des établissements bancaires agréés dans l’EEE, avec attestation mensuelle publiée. Sa capitalisation s’établissait à environ 460,8 millions de dollars début mars 2026, avec plus de 50 % de part du marché euro.
Pourquoi l’USDT a-t-il été retiré des plateformes européennes ?
Tether n’a pas demandé d’agrément conforme au règlement MiCA. Les principales plateformes de l’UE, dont Coinbase, Binance, Kraken et Crypto.com, ont retiré les paires USDT spot pour les utilisateurs de l’EEE entre décembre 2024 et mars 2025 afin de rester en conformité. Les détenteurs existants peuvent toutefois toujours conserver et transférer leurs USDT.
Les stablecoins en euro peuvent-ils rattraper le dollar ?
Dans un horizon prévisible, non. La réglementation peut façonner les comportements, améliorer les garanties et fixer des normes. Ce qu’elle ne peut pas faire, c’est convaincre les marchés mondiaux de changer la devise qu’ils utilisent pour fixer les prix, gérer le risque et garer la liquidité. L’enjeu pour les acteurs euro est donc de construire des usages spécifiques, notamment les paiements B2B intra-européens et les règlements d’actifs tokenisés, plutôt que de prétendre rivaliser frontalement avec l’USDT sur le trading mondial.
À retenir : les stablecoins en euro ont doublé de capitalisation depuis MiCA pour atteindre 900 millions de dollars, mais restent à moins de 0,3 % d’un marché mondial de 315 milliards. La croissance de l’EURC est réglementaire, pas organique. Le verrou est structurel : tant que le commerce mondial se facture en dollar, les stablecoins euro ne peuvent viser qu’une niche européenne d’usages institutionnels et de paiements régionaux. La consultation MiCA lancée par la Commission en mai 2026 et les projets de stablecoin bancaire Qivalis ouvrent des pistes, sans garantie de changer la dynamique de fond. Suivez l’avancée du projet d’euro numérique de la BCE comme indicateur clé de la réponse souveraine européenne.
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Sources
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