Gary Gensler est un ancien banquier, haut fonctionnaire et académicien américain, connu pour avoir présidé la Securities and Exchange Commission (SEC) de 2021 à 2025. Son mandat reste le plus controversé de l’histoire récente de la régulation crypto aux États-Unis : sous sa direction, la SEC a engagé 125 actions coercitives contre des acteurs numériques et obtenu 6,05 milliards de dollars de pénalités dans le seul secteur crypto. Depuis le 20 janvier 2025, il est retourné à l’enseignement au MIT.

Au programme

  • 18 ans chez Goldman Sachs, puis 3 postes successifs dans l’administration américaine avant la SEC
  • 125 actions coercitives crypto et 6,05 milliards de dollars de pénalités sous son mandat (Cornerstone Research, 2025)
  • Démission le 20 janvier 2025, jour de l’investiture de Donald Trump ; retour au MIT Sloan

Quel est le parcours de Gary Gensler avant la SEC ?

Gensler a rejoint Goldman Sachs en 1979, fraîchement diplômé de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, où il a obtenu une licence en économie et un MBA. À 30 ans, il est devenu l’un des plus jeunes associés de la banque à l’époque. Il y a passé les années 1980 comme banquier en fusions-acquisitions, conseillant des groupes médias, avant de prendre la direction du trading obligataire et de change à Tokyo.

Gensler a quitté Goldman après 18 ans, nommé par le président Bill Clinton et confirmé par le Sénat au poste de sous-secrétaire adjoint au Trésor. Il a ensuite occupé le poste de sous-secrétaire au Trésor pour la finance intérieure de 1999 à 2001. Cette séquence Clinton lui a conféré une expertise rare en gestion de la dette souveraine et en architecture réglementaire des marchés de dérivés.

Sous Barack Obama, il a présidé la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) de mai 2009 à janvier 2014. Il y a piloté la réforme du marché des swaps consécutive à la crise financière de 2008, supervisant un marché de dérivés estimé à 400 000 milliards de dollars.

Après la CFTC, Gensler a enseigné à la MIT Sloan School of Management, où il a développé des cours sur la blockchain et les cryptomonnaies, tout en conseillant le MIT Media Lab Digital Currency Initiative. Cette période académique l’a rendu, paradoxalement, l’un des régulateurs financiers les mieux informés sur les actifs numériques au moment de sa nomination à la SEC.

Parcours de Gary Gensler (1979-2026) Cinq étapes clés de la carrière de Gary Gensler : Goldman Sachs 1979, Trésor Clinton 1997, CFTC Obama 2009, MIT 2014, SEC Biden 2021. 1979 Goldman 18 ans 1997 Trésor Clinton 2009 CFTC Obama 2014 MIT Sloan Prof. blockchain 2021 SEC Biden Sources : SEC.gov, MIT Sloan, Wikipedia

Pourquoi la présidence Gensler a-t-elle été si controversée pour la crypto ?

Gensler a pris ses fonctions le 17 avril 2021, au lendemain de l’affaire GameStop. Dès septembre de la même année, il a qualifié le marché crypto de « Wild West » devant le Sénat, estimant que la grande majorité des tokens numériques constituaient des titres financiers au sens de la loi américaine sur les valeurs mobilières.

Sa doctrine, résumée sous le terme « regulation by enforcement » (régulation par la répression), a suscité une opposition frontale de l’industrie. Sous Gensler, la SEC a engagé plus de 100 actions coercitives contre des entreprises crypto, dont des procédures majeures contre Binance, Coinbase et Kraken. Les pénalités totales ont atteint 6,05 milliards de dollars, soit près de 4 fois celles de l’ère de son prédécesseur Jay Clayton.

Le dossier Bitcoin illustre l’ambivalence de son bilan. Gensler s’est longtemps opposé à l’approbation d’un ETF Bitcoin au comptant, invoquant les risques de manipulation de marché. C’est la victoire en justice de Grayscale contre la SEC en 2022 qui a finalement précipité la décision : les ETF Bitcoin spot ont été approuvés en janvier 2024. Gensler, qui a signé la décision, a tenu à préciser que la commission « n’approuvait pas ni n’endossait le Bitcoin ».

L’épisode du 9 janvier 2024 a aggravé sa réputation. Ce jour-là, un faux tweet publié sur le compte officiel de la SEC avait annoncé l’approbation des ETF, faisant bondir le prix du Bitcoin de 2,5 % en quelques minutes et entraînant un mouvement de 40 milliards de dollars sur la capitalisation totale. Gensler a dû démentir publiquement l’incident dans les 15 minutes.

« La SEC a rempli sa mission et appliqué la loi sans crainte ni favoritisme. » : Gary Gensler, communiqué de départ, 20 janvier 2025 (traduit de l’anglais)

Quels chiffres résument le bilan de la SEC sous Gensler ?

Sur l’ensemble de son mandat, la SEC a déposé plus de 2 700 actions coercitives tous marchés confondus, obtenant environ 21 milliards de dollars de pénalités et ordres de restitution. Entre 2021 et 2024, l’agence a restitué plus de 2,7 milliards de dollars à des investisseurs lésés.

Pour le seul segment crypto, la SEC a initié 125 actions coercitives sous Gensler, contre 70 sous Clayton. Sur ces 125 dossiers, 98 ont été résolus.

Actions coercitives crypto SEC : Clayton vs Gensler Sous Jay Clayton (2017-2020) la SEC a mené 70 actions coercitives crypto. Sous Gary Gensler (2021-2024) ce chiffre a atteint 125, soit une hausse de 80 %. Actions coercitives crypto SEC par présidence Clayton (2017-2020) 70 actions Gensler (2021-2024) 125 Hausse +80 % Source : Cornerstone Research, SEC Cryptocurrency Enforcement 2024

Malgré une baisse du nombre d’actions en 2024, les pénalités ont atteint un record de 4,98 milliards de dollars cette année-là, portées en grande partie par l’accord de 4,3 milliards avec Binance et la sanction personnelle de 50 millions infligée à Changpeng Zhao.

Depuis le départ de Gensler, la SEC dirigée par Paul Atkins a pris un tournant radicalement opposé. L’agence a classé ou abandonné plusieurs affaires majeures lancées sous Gensler, dont celles visant Coinbase, Binance et Gemini. La SEC a même reconnu publiquement qu’une partie de ces actions n’avait produit aucun bénéfice mesurable pour les investisseurs, qualifiant cette stratégie de mauvaise allocation des ressources et d’interprétation erronée de la loi.

Quel est le rôle actuel de Gary Gensler en 2026 ?

Depuis janvier 2025, Gensler est professeur à la MIT Sloan School of Management, où il enseigne l’intelligence artificielle, la finance, les technologies financières et les politiques publiques. Il a également co-dirigé la publication d’un ouvrage collectif sur les conséquences économiques de la deuxième administration Trump, publié par CEPR Press en 2025.

Son retour au MIT ne s’est pas fait dans l’indifférence. En 2026, en tant que professeur, il a déclaré que les marchés de prédiction avaient dépassé ce que la loi prévoyait initialement. Il reste une voix publique dans les débats sur la régulation des stablecoins et de l’IA financière, intervenant régulièrement dans les médias spécialisés.

Son passage à la SEC a redessiné le rapport de force entre les régulateurs américains et l’industrie numérique. La question de savoir si la plupart des cryptomonnaies constituent des titres financiers, au cœur de sa doctrine, reste l’un des litiges juridiques les plus structurants du secteur, même si le CLARITY Act adopté par la Chambre en 2025 a cherché à y apporter une réponse législative. Ce débat, loin d’être clos, continuera d’alimenter la heatmap des performances sectorielles à mesure que la régulation américaine se stabilise.

Questions fréquentes

Pourquoi Gary Gensler a-t-il démissionné de la SEC ?

Gensler a annoncé le 21 novembre 2024 sa démission effective au 20 janvier 2025. Cette date coïncidait avec l’investiture de Donald Trump, qui avait promis de le renvoyer dès son premier jour à la Maison-Blanche. Plutôt que de se maintenir comme simple commissaire, Gensler a choisi de quitter intégralement l’agence, retournant à l’enseignement au MIT.

Quelles sont les principales affaires crypto lancées sous Gensler ?

Sous Gensler, la SEC a mené des poursuites majeures contre Binance, Coinbase et Kraken, et a approuvé tardivement les ETF Bitcoin et Ethereum spot. Le dossier Ripple s’est conclu par une sanction de 125 millions de dollars. Depuis son départ, la SEC a classé ou abandonné plusieurs de ces affaires. Ces procédures ont directement pesé sur la liquidité et la valorisation des actifs concernés, visibles sur les cours en temps réel.

Gensler était-il hostile à la crypto ou simplement strict ?

Sa position était nuancée. Gensler a toujours reconnu le potentiel de la blockchain : il l’a enseignée au MIT. Sa thèse était que les actifs numériques devaient respecter les mêmes règles que les titres traditionnels pour protéger les investisseurs. Ses détracteurs lui ont reproché une approche « regulation by enforcement » sans cadre clair, forçant les entreprises à interpréter la loi sous la menace de poursuites. Le débat reste ouvert entre protection des investisseurs et frein à l’innovation DeFi.

Sources

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