Le 1er juillet 2026, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets, UE 2023/1114) est entré dans sa phase finale : la période transitoire a expiré, et seuls les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) agréés conformément à MiCA peuvent désormais proposer des services crypto en France. Pour les utilisateurs, cela se traduit par des protections renforcées, mais aussi par des fermetures de comptes et des changements de plateformes. Voici ce qui change, concrètement.

Au programme

Au 1er juillet 2026, seuls 14 des 100 plus grands exchanges mondiaux sont agréés CASP selon le registre ESMA, sur 244 prestataires autorisés dans l’UE (CASP Tracker, synchronisation du 1er juillet 2026).

La directive DAC8, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, impose aux CASP de déclarer automatiquement les transactions de leurs clients à l’administration fiscale.

Pour les retraits supérieurs à 1 000 euros vers un wallet self-custody, votre exchange doit désormais vérifier que vous en êtes bien propriétaire (Travel Rule).

Qu’est-ce que MiCA et pourquoi ça vous concerne ?

Le règlement MiCA est entré pleinement en application le 30 décembre 2024, imposant pour la première fois un cadre juridique unifié à l’ensemble des 27 États membres de l’Union européenne. Il établit des règles communes pour l’émission de crypto-actifs, les stablecoins (EMT et ART) et les prestataires de services (CASP).

Il remplace les régimes nationaux fragmentés, dont le statut PSAN français créé par la loi PACTE en 2019. En clair : votre exchange n’est plus soumis à des règles françaises uniquement. Il doit respecter un socle européen harmonisé, identique à Paris, Berlin ou Madrid.

Un prestataire agréé MiCA dans un État membre peut opérer dans les 27 pays de l’UE sans agrément séparé, donnant accès à un marché de 448 millions de consommateurs. Cette mécanique existe déjà pour les banques. Son extension aux crypto-actifs est inédite, et elle change le rapport de force entre plateformes européennes et acteurs non conformes.

MiCA distingue 3 catégories de crypto-actifs : les EMT (jetons de monnaie électronique, stablecoins adossés à une monnaie fiat), les ART (jetons se référant à des actifs comme un panier de devises ou l’or), et les autres crypto-actifs, soit la grande majorité des tokens dont Bitcoin et Ether. Pour un guide approfondi de la mécanique DeFi souvent hors du périmètre MiCA, consultez notre introduction à la finance décentralisée.

Chronologie MiCA (2023-2026) Les 4 grandes étapes d'entrée en vigueur du règlement MiCA : adoption en juin 2023, stablecoins en juin 2024, CASP en décembre 2024, fin de transition en juillet 2026. juin 2023 Adoption UE UE 2023/1114 juin 2024 Stablecoins EMT et ART déc. 2024 CASP obligatoire nouveaux entrants juil. 2026 Fin transition PSAN caduc Source : AMF, règlement UE 2023/1114

Qu’est-il arrivé au statut PSAN en France ?

Le règlement (UE) 2023/1114, dit MiCA, est entré en application le 30 décembre 2024, avec une période transitoire de 18 mois qui expire le 1er juillet 2026. À cette date, le régime PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques, issu de la loi PACTE de 2019) cède la place au statut européen unique de CASP.

Le statut PSAN restait valable jusqu’au 1er juillet 2026 grâce à la période de grandfathering accordée par l’AMF aux 113 PSAN enregistrés ou agréés avant cette date. Ceux qui n’ont pas obtenu l’agrément CASP à temps ont dû cesser toute activité.

Depuis le 1er juillet 2026, les prestataires non agréés CASP doivent cesser leurs activités. Ceux qui poursuivent s’exposent à une peine de 2 ans d’emprisonnement et une amende de 30 000 euros selon le Code monétaire et financier.

Selon les données AMF de janvier 2026, 90 prestataires de services sur actifs numériques n’avaient pas encore obtenu leur agrément MiCA. Parmi eux, seuls 30 % avaient déposé un dossier. Pire, 40 % déclaraient ne pas avoir l’intention de le faire. La consolidation du secteur est donc en cours : moins d’acteurs, mais plus fiables.

Pour vérifier le statut actuel d’une plateforme, le registre officiel de l’ESMA est mis à jour chaque semaine et fait foi. La liste blanche de l’AMF sur protectepargne.amf-france.org complète cette vérification côté France. Lisez aussi notre guide sur comment choisir une plateforme crypto sécurisée pour aller plus loin.

Quelles nouvelles protections pour vous en tant qu’utilisateur ?

C’est le point souvent négligé dans la couverture de MiCA. Au-delà des obligations pour les plateformes, le règlement crée des droits concrets pour les utilisateurs.

Ségrégation des actifs. Le titre V de MiCA impose la ségrégation des actifs clients sur des wallets dédiés, distincts du bilan du CASP. En pratique, vos cryptos ne peuvent plus être mélangées avec les fonds propres de la plateforme, ce qui réduisait le risque d’un scénario à la FTX.

Information précontractuelle obligatoire. Avant la première transaction, le client doit recevoir une information sur les risques de volatilité, le caractère non garanti des crypto-actifs, les frais et la fiscalité. L’AMF a publié un format type qui ressemble fortement au DICI/KID de l’épargne classique. Cette information doit être présentée de manière équilibrée, sans biais promotionnel, et accessible à tout moment dans l’espace client.

Fonds propres minimaux. La ségrégation des actifs clients, les exigences de fonds propres (50 000 à 150 000 euros), les procédures de réclamation standardisées et la transparence sur les risques sont autant de protections structurelles nouvelles.

Transparence sur les frais et les risques. Pour protéger les investisseurs contre la fraude, la désinformation et les risques opérationnels, MiCA impose des règles de responsabilité strictes aux CASP et garantit aux investisseurs un recours juridique en cas de comportement inapproprié.

Attention toutefois : MiCA ne protège pas contre le risque de marché. Un investisseur peut être parfaitement protégé structurellement et perdre de l’argent si le prix de ses actifs baisse. La réglementation encadre l’infrastructure, pas la volatilité.

Comment vérifier si votre plateforme est agréée CASP ?

Pratique. Cherchez l’entité dans la liste blanche AMF sur protectepargne.amf-france.org, section « PSAN/PSCA ». Si le numéro commence par A (ex : A2025-001), c’est un agrément MiCA : vous pouvez continuer. Si le numéro commence par E (ex : E2022-037) sans agrément MiCA associé, l’entité ne peut plus fournir de services après le 1er juillet 2026.

Coinbase (CSSF Luxembourg), Kraken/Payward Europe (CBI Irlande), Bitpanda (BaFin Allemagne) servent les Français via le mécanisme du passeport européen. Un agrément obtenu dans un seul État membre suffit pour couvrir les 27 pays de l’UE.

Au 1er juillet 2026, seuls 14 des 100 plus grands exchanges mondiaux par volume détiennent un agrément CASP selon le registre ESMA. Parmi eux : Bybit EU, OKX Europe, Coinbase Luxembourg, Kraken/Payward Europe.

Cas notable : Binance a retiré son dossier CASP déposé auprès du régulateur grec HCMC le 24 juin 2026 et quitte l’UE entièrement au 1er juillet 2026, sans possibilité de nouveaux comptes, de trading ni de retraits vers des IBAN européens après cette date. Si vous aviez des actifs sur Binance.com (l’entité internationale), le retrait était urgent.

Pour les comptes ouverts chez des acteurs basés hors de France, pensez à la déclaration fiscale : vos comptes ouverts auprès d’un prestataire étranger (Coinbase, Kraken, Bitpanda, Trade Republic) restent à déclarer sur le formulaire 3916-bis. L’agrément européen ne dispense pas de cette obligation côté contribuable français.

PSAN vs CASP : différences clés Le PSAN est l'ancien régime français valable uniquement en France, le CASP est le nouveau régime européen MiCA valable dans les 27 États membres grâce au passeport européen. PSAN (ancien) vs CASP/PSCA (MiCA) PSAN Loi PACTE 2019 - caduc France uniquement Pas de passeport UE Expiré le 30/06/2026 Regime transitoire AMF CASP / PSCA MiCA UE 2023/1114 27 États membres Passeport europeen inclus Valide depuis 01/07/2026 Superviseur : AMF, BaFin, CSSF... Sources : AMF, règlement UE 2023/1114

Qu’est-ce que la Travel Rule et comment vous affecte-t-elle ?

La Travel Rule (formellement le règlement sur le transfert de fonds, TFR) est l’une des obligations MiCA les plus visibles pour les utilisateurs actifs.

Le règlement sur le transfert de fonds (TFR) oblige à inclure les informations sur l’émetteur et le destinataire dans les transferts crypto, ce que l’on appelle communément la Travel Rule. Pour les retraits supérieurs à 1 000 euros vers un wallet self-custody, votre exchange doit vérifier que vous en êtes bien propriétaire, via signature cryptographique ou test Satoshi.

Concrètement, si vous retirez des cryptos vers votre Ledger ou MetaMask pour un montant dépassant ce seuil, la plateforme vous demandera de prouver que vous contrôlez bien ce wallet. Ce n’est pas facultatif : c’est une obligation légale pour le CASP. Les délais de traitement peuvent s’allonger de quelques heures.

La Travel Rule s’applique aussi entre CASP : quand vous transférez des cryptos d’un exchange à un autre, l’exchange émetteur doit transmettre vos données d’identification à l’exchange récepteur. Le résultat est une traçabilité accrue, comparable au virement bancaire classique. Comprenez bien la distinction entre wallet custodial et wallet non-custodial avant de faire vos premiers retraits.

Que change MiCA pour les stablecoins ?

Rupture nette. Les stablecoins conformes à MiCA sont les EMT (jetons de monnaie électronique, comme l’USDC ou l’EURC) émis par des établissements agréés. Début 2026, 30 émetteurs de stablecoins sont actifs sous MiCA. L’USDT de Tether, non conforme aux exigences de réserves, a été retiré de plusieurs plateformes UE.

Tether n’a pas demandé d’agrément EMT auprès d’un superviseur européen. Sans cet agrément, l’USDT ne peut pas être proposé en paire de trading sur un CASP européen depuis le 30 juin 2024. Coinbase, Kraken EU et Binance Europe ont retiré ou restreint l’USDT à partir de fin 2024. L’USDC, agréé via Circle France, est devenu le stablecoin de référence pour les Européens.

Les stablecoins en monnaie non-UE (comme l’USDT en dollar) sont soumis à un plafond de 1 million de transactions par jour ou 200 millions d’euros de valeur de paiement. Cette mesure vise à protéger la souveraineté monétaire de l’euro. Pour les traders qui utilisent l’USDT massivement, le basculement vers l’USDC ou l’EURC (l’euro stablecoin de Circle) est devenu incontournable. Notre guide sur les stablecoins en 2026 détaille les alternatives disponibles.

Quels sont les impacts fiscaux concrets (DAC8) ?

Le 1er janvier 2026, la directive DAC8 impose aux CASP de déclarer automatiquement les transactions de leurs clients à l’administration fiscale. Tout investisseur français actif sur une plateforme agréée voit désormais ses opérations transmises à l’administration fiscale chaque année.

Pas de panique : cela ne crée pas de nouvelle taxe. La fiscalité crypto reste le PFU à 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), avec un abattement de 305 euros par foyer fiscal et la déclaration via le formulaire 2086. Ce que DAC8 change, c’est que l’administration fiscale dispose désormais des données directement, sans attendre votre déclaration. Les oublis involontaires deviennent plus risqués.

Vos comptes ouverts auprès d’un prestataire étranger (Coinbase, Kraken, Bitpanda) restent à déclarer sur le formulaire 3916-bis, même si le prestataire est agréé CASP. L’agrément européen ne dispense pas de cette obligation.

Le transfert d’une plateforme à une autre n’est pas un événement imposable : pas de plus-value déclenchée au moment du transfert inter-plateformes. Mais conservez impérativement l’historique CSV de vos transactions sur l’ancienne plateforme avant toute migration.

Qu’est-ce qui reste hors du champ de MiCA ?

Important à noter pour les utilisateurs actifs en DeFi. Les services entièrement décentralisés sans intermédiaire, certains NFTs véritablement uniques, et les monnaies numériques de banques centrales (CBDC) ne relèvent pas de MiCA.

La DeFi pure et les NFT uniques restent hors champ pour l’instant, mais la Commission européenne prépare déjà un MiCA II à l’horizon 2027-2028. Les protocoles comme Uniswap, Aave ou Lido ne sont donc pas directement concernés par les obligations CASP en 2026. En revanche, toute interface frontale gérée par une entité légale centralisée tombe potentiellement dans le périmètre.

Lecture CryptoActu MiCA crée un paradoxe visible dès le premier jour : seuls 14 des 100 plus grands exchanges mondiaux sont agréés CASP au 1er juillet 2026. La majorité des volumes mondiaux restent donc hors du cadre européen. Les utilisateurs qui souhaitent une protection maximale disposent d’un choix restreint, mais solide : Coinbase (Luxembourg), Kraken (Irlande), Bitpanda (Autriche), OKX Europe, Bitvavo, Bybit EU, Crypto.com. Pour ceux qui maintiendraient des positions sur des exchanges non agréés desservant encore l’UE via des montages opaques, le risque juridique pour la plateforme est réel, et le risque de protection des fonds pour l’utilisateur, intégral.

Questions fréquentes

MiCA protège-t-il mes cryptos en cas de faillite de ma plateforme ?

MiCA impose la ségrégation des actifs clients sur des wallets dédiés, distincts du bilan du CASP. Vos cryptos ne peuvent donc plus être utilisées comme collatéral par la plateforme. Mais attention : les crypto-actifs ne bénéficient pas de la couverture du Fonds de Garantie des Dépôts et Résolutions (FGDR). En cas de faillite, même sur une plateforme enregistrée auprès de l’AMF, les utilisateurs ne disposent d’aucun mécanisme de récupération garantie. La ségrégation réduit le risque, elle ne l’élimine pas.

Comment savoir si ma plateforme a obtenu son agrément CASP ?

Consultez le registre officiel de l’ESMA, mis à jour chaque semaine, ou la liste blanche de l’AMF sur protectepargne.amf-france.org. Si le numéro d’agrément commence par A (ex : A2025-001), c’est un agrément MiCA valide. Vous pouvez également consulter notre guide des plateformes PSAN et CASP autorisées en France pour une liste régulièrement mise à jour.

L’USDT est-il encore utilisable en France après MiCA ?

Tether n’a pas demandé d’agrément EMT auprès d’un superviseur européen. Sans cet agrément, l’USDT ne peut pas être proposé en paire de trading sur un CASP européen. Sur les exchanges agréés MiCA accessibles depuis la France, l’USDT a été retiré ou restreint depuis fin 2024. L’USDC (Circle) et l’EURC restent les alternatives conformes. Sur les plateformes non-MiCA accessibles depuis l’étranger, l’USDT reste disponible, mais utiliser un service non agréé expose l’utilisateur à l’absence de protections légales.

Que faire si ma plateforme habituelle a fermé ses portes aux Français ?

Transférez vos actifs vers une plateforme agréée CASP. Le transfert d’une plateforme à une autre n’est pas un événement imposable : aucune plus-value n’est déclenchée au moment du transfert. Exportez d’abord l’historique CSV complet de votre ancienne plateforme pour conserver une traçabilité fiscale complète. Consultez notre comparatif des meilleurs exchanges crypto en France pour identifier les alternatives agréées.

MiCA concerne-t-il aussi les wallets hardware comme Ledger ?

Non directement. MiCA encadre les prestataires de services sur crypto-actifs, pas les wallets de conservation personnelle non-custodials. Votre Ledger ou Trezor n’est pas concerné. En revanche, pour les retraits supérieurs à 1 000 euros depuis un CASP vers un wallet self-custody, la plateforme devra vérifier que vous contrôlez bien ce wallet via signature cryptographique ou test Satoshi. Le wallet lui-même reste libre d’utilisation.

À retenir

MiCA est maintenant en vigueur intégralement depuis le 1er juillet 2026. La transition PSAN vers CASP est terminée : 204 prestataires détenaient une autorisation CASP complète en mai 2026 dans l’UE selon l’ESMA. Surveillez le registre ESMA chaque semaine pour les mises à jour, et vérifiez systématiquement le statut de toute nouvelle plateforme avant d’y déposer des fonds.

Sources

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