Le verdict est sans appel : Bykep n’existe plus. La plateforme française, connue sous la marque Keplerk pour avoir vendu du bitcoin chez les buralistes dès janvier 2019, a été radiée du registre PSAN par l’AMF le 27 septembre 2022, une première en France, avant d’être placée en liquidation judiciaire le 13 octobre 2022. Un vol estimé à 300 000 € d’actifs clients avait été déclaré quelques semaines plus tôt. Cette page retrace l’histoire, documente les faits et oriente vers des alternatives françaises régulées comme Coinhouse.

Au programme

  • Keplerk, le coupon bitcoin vendu chez 5 200 buralistes équipés Bimedia.
  • Enregistrement PSAN en février 2021, radiation par l’AMF en septembre 2022.
  • Cyberattaque, débits non autorisés et liquidation judiciaire d’octobre 2022.
  • Les alternatives françaises fiables en 2026 pour acheter du bitcoin.

Qu’est-ce que Bykep et qui était derrière ?

Bykep SAS est une société française immatriculée le 15 décembre 2017 à Paris, au capital de 357 000 €, avec un siège au 150 rue Legendre dans le 17e arrondissement (Source : Pappers, SIREN 834 983 330). Elle a d’abord opéré sous la marque Keplerk, avant de se rebaptiser Bykep lors de sa relance commerciale.

Son cofondateur Adil Zakhar, directeur de la stratégie, incarnait publiquement le projet dans la presse en 2019. Fabrice Scemama a repris la présidence de la société en décembre 2021, moins d’un an avant la chute (selon Pappers, 2026). Le pari initial était audacieux : sortir l’achat de bitcoin des sites spécialisés pour l’amener au comptoir des bureaux de tabac, réseau physique le plus dense de France.

Ce positionnement de broker de proximité, unique en Europe à l’époque, a valu à Keplerk une couverture médiatique mondiale. Il n’a pas suffi. La société a cessé ses paiements en février 2022, cinq ans après sa création. Le site bykep.com ne répond plus en août 2026, constat direct de la rédaction.

Le bitcoin chez les buralistes : coupons et réseau physique

Le lancement du 1er janvier 2019 reposait sur un partenariat avec Bimedia, fournisseur de logiciels de caisse, pour vendre des coupons de 50, 100 ou 250 € convertibles en bitcoin dans un réseau visé de 3 000 à 4 000 bureaux de tabac sur les 24 500 que comptait la France (selon Archimag, novembre 2018).

Le parcours client combinait comptoir physique et KYC en ligne. L’acheteur payait son coupon chez le buraliste, créait un compte Keplerk avec pièce d’identité, justificatif de domicile et selfie, puis saisissait le code du ticket pour créditer son portefeuille. Dès le 26 novembre 2018, l’AMF, l’ACPR et la Banque de France publiaient une mise en garde conjointe : la plateforme ne disposait alors d’aucune autorisation ni agrément.

La réalité opérationnelle a rapidement rattrapé le concept. Des délais de crédit atteignant huit heures ont provoqué la suspension du service le 27 février 2019, moins de deux mois après le lancement (selon MoneyVox, 2019). La relance du 10 octobre 2019 ciblait environ 5 200 buralistes équipés Bimedia, avec une offre recentrée sur le seul bitcoin, le projet ether ayant été abandonné (selon Le Monde du Tabac, 2019).

Enregistrement PSAN : la caution AMF de février 2021

Bykep SAS a été enregistrée comme PSAN par l’AMF le 18 février 2021, après avis conforme de l’ACPR, pour deux services : la conservation d’actifs numériques et l’achat-vente d’actifs numériques contre monnaie ayant cours légal (Source : AMF, 2022). Le règlement des opérations par monnaie électronique ou cartes prépayées n’était pas autorisé.

Cet enregistrement plaçait Bykep parmi les toutes premières plateformes crypto régulées de France, aux côtés d’acteurs comme Coinhouse ou Paymium. Le statut PSAN, créé par la loi PACTE de 2019 et ancêtre de l’agrément MiCA, validait principalement des exigences d’honorabilité des dirigeants et de lutte anti-blanchiment. Notre guide des plateformes PSAN reconnues par l’AMF détaille ce cadre.

L’enregistrement n’était toutefois pas un agrément complet. La vérification de la sécurité des systèmes d’information n’était exigée que pour les PSAN agréés, statut optionnel que Bykep n’avait pas. Cette nuance, souvent ignorée du grand public, a pesé lourd dans la suite. L’obtention d’un agrément répond à des exigences bien plus strictes.

Radiation AMF : débits non autorisés et cyberattaque

Le 27 septembre 2022, le Collège de l’AMF a prononcé la radiation de Bykep du registre des PSAN avec effet immédiat, une première dans l’histoire du dispositif français. La procédure faisait suite à un contrôle sur place de l’ACPR engagé en mai 2022, qui avait révélé des faits remettant en cause les conditions de l’enregistrement (Source : AMF, 2022).

Les griefs relevés par le régulateur sont lourds. Le communiqué conjoint pointe des défaillances sérieuses du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, notamment dans la gestion des dossiers de connaissance de la clientèle, ainsi que le non-respect des mesures de gel des avoirs.

« Des opérations effectuées au débit de portefeuilles de clients sans leur consentement. » , AMF et ACPR, communiqué de radiation du PSAN BYKEP SAS, 2022

Le 8 septembre 2022, la société avait par ailleurs informé les régulateurs d’un vol d’actifs numériques par cyberattaque, affectant une partie substantielle des avoirs de ses clients, pour une valeur estimée par la société à environ 300 000 €. L’AMF a exigé une information rapide des clients concernés et indiqué suivre le dossier en vue de suites judiciaires.

Liquidation judiciaire : la fin d’octobre 2022

Le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de Bykep SAS le 13 octobre 2022, avec une date de cessation des paiements fixée au 14 février 2022 (Source : Pappers, 2026). La société était donc en état de cessation des paiements plus de sept mois avant sa radiation du registre PSAN, alors que le service restait ouvert au public.

La chronologie complète illustre la trajectoire, de l’audace initiale à l’effondrement.

Chronologie Bykep (ex-Keplerk), 2017-2022Frise chronologique en six jalons : création en décembre 2017, lancement chez les buralistes en janvier 2019, relance en octobre 2019, enregistrement PSAN en février 2021, radiation AMF en septembre 2022 et liquidation judiciaire en octobre 2022.Bykep (ex-Keplerk) : cinq ans, six datesCréationdéc. 2017Buralistesjanv. 2019Relanceoct. 2019PSAN AMFfévr. 2021Radiation AMFsept. 2022Liquidationoct. 2022Source : AMF, ACPR, Pappers, 2017-2022

Pour les clients lésés, la voie de recours passe par la déclaration de créance auprès du liquidateur désigné par le tribunal. En pratique, les perspectives de récupération dans une liquidation de ce type sont faibles : les créanciers privilégiés passent avant les clients, et l’actif résiduel d’une société sans salarié ni comptes publiés était limité.

Frais Bykep : ce que coûtait le coupon bitcoin

Le modèle de frais de Bykep était l’un des plus chers du marché français : 7 % de commission sur la valeur du coupon au lancement de janvier 2019, abaissés à 5,5 % lors de la relance d’octobre 2019 (selon Le Monde du Tabac, 2019). Une part de cette commission était reversée au buraliste distributeur.

Période Canal Frais constatés
Janvier 2019 Coupon buraliste 50, 100, 250 € 7 %
Octobre 2019 Coupon buraliste 50, 100, 250 € 5,5 %
2021-2022 Achat en ligne (PSAN) Non documenté

À titre de comparaison, un achat de 250 € de bitcoin coûtait jusqu’à 17,50 € de commission chez le buraliste en 2019. Ce niveau se justifiait par le coût du réseau physique et de l’intermédiation en espèces, mais restait très supérieur aux standards des plateformes en ligne, hier comme aujourd’hui. La grille tarifaire de la phase finale en ligne n’a pas été archivée de façon vérifiable : elle est donc omise ici.

Sécurité et custody : le maillon qui a cédé

Bykep conservait les actifs de ses clients en custody, sans obligation réglementaire d’audit de ses systèmes d’information, faute d’agrément PSAN complet. Les fonds vivaient donc dans un hot wallet d’entreprise dont la robustesse ne reposait que sur les choix internes de la société.

Les faits établis par les régulateurs dessinent une défaillance systémique : débits de portefeuilles clients sans consentement, informations de soldes inexactes, dispositif anti-blanchiment déficient, puis cyberattaque déclarée avec 300 000 € d’actifs dérobés. Aucun mécanisme d’assurance ou de fonds de garantie ne couvrait les clients.

La leçon dépasse le cas Bykep. Un enregistrement réglementaire ne protège pas contre une gestion défaillante, et la custody centralisée expose au risque de contrepartie. Pour des avoirs significatifs, le retrait vers un cold wallet personnel reste la règle d’or, quel que soit le prestataire.

Fiscalité française : le seul avantage qui demeure

Plateforme de droit français, Bykep dispensait ses clients de l’obligation déclarative du formulaire 3916-bis, réservée aux comptes d’actifs numériques ouverts auprès de prestataires étrangers. C’était un avantage administratif réel, que conservent aujourd’hui les acteurs français comme Coinhouse, Paymium ou Bitstack.

Les plus-values réalisées à l’époque via Bykep relevaient du régime de droit commun : flat tax de 30 % sur les cessions d’actifs numériques des particuliers, avec déclaration annuelle des opérations imposables. Notre calculateur de fiscalité crypto permet d’estimer l’imposition d’un portefeuille.

Point important pour les victimes : la perte d’actifs liée au vol ou à la liquidation ne constitue pas une moins-value imposable déductible. Le régime des plus-values sur actifs numériques ne reconnaît que les cessions à titre onéreux, pas les pertes subies. La créance déclarée au passif de la liquidation reste la seule voie, civile et non fiscale.

Points forts et points faibles

Points forts, replacés dans leur contexte historique :

  • Pionnier mondial de la vente de bitcoin en réseau physique, dès janvier 2019.
  • Réseau de 5 200 buralistes équipés Bimedia au moment de la relance.
  • Accessibilité : coupons de 50 à 250 €, parcours simple pour les néophytes.
  • Société française : pas de formulaire 3916-bis à déposer pour les clients.
  • Enregistrement PSAN obtenu dès février 2021.

Points faibles, rédhibitoires :

  • Radiation du registre PSAN le 27 septembre 2022, une première en France.
  • Débits de portefeuilles clients sans consentement, constatés par l’ACPR.
  • Cyberattaque déclarée en septembre 2022 : environ 300 000 € d’actifs volés.
  • Liquidation judiciaire le 13 octobre 2022, fonds clients probablement perdus.
  • Frais de 5,5 à 7 % sur les coupons, parmi les plus élevés du marché.
  • Offre limitée au seul bitcoin après l’abandon du projet ether.
  • Délais de crédit atteignant huit heures au lancement de 2019.

Alternatives françaises et européennes en 2026

Pour acheter du bitcoin depuis la France en 2026, les alternatives régulées ne manquent plus, et toutes font l’objet d’un avis détaillé sur cryptoactu.com. Le cadre a changé d’échelle : le règlement MiCA impose désormais un agrément CASP complet, avec exigences prudentielles et audit des systèmes, là où le simple enregistrement PSAN de Bykep ne contrôlait ni la solidité financière ni la sécurité informatique.

  • Coinhouse : l’acteur français historique, orienté accompagnement et compte titres crypto.
  • Paymium : doyen des exchanges européens, carnet d’ordres BTC/EUR depuis 2011.
  • Bitstack : l’app française d’épargne bitcoin par arrondis, pour les petits montants réguliers.
  • Deblock : compte courant et wallet non custodial dans une même app française.
  • Kraken : la référence internationale pour des frais réduits et une liquidité profonde.

Ceux qui recherchaient l’anonymat relatif du coupon en espèces liront notre guide acheter du bitcoin sans KYC, qui recense les canaux légaux restants et leurs limites réelles.

Bykep est-il fait pour vous ? Le verdict

Pour personne : Bykep a cessé d’exister en octobre 2022 et aucun service ne subsiste en 2026. Toute page, application ou démarchage se réclamant aujourd’hui de Bykep ou de Keplerk doit être traité comme une tentative d’arnaque, un schéma classique de réutilisation de marques disparues.

Les anciens clients qui n’auraient jamais entrepris de démarche peuvent encore se rapprocher du greffe du tribunal de commerce de Paris pour connaître l’état de la procédure collective et faire valoir une créance, dans les limites des délais légaux.

Le cas Bykep reste utile comme grille de lecture. Vérifier l’agrément réel d’une plateforme sur le registre de l’AMF, comprendre la différence entre enregistrement et agrément, limiter les fonds laissés en custody : ces trois réflexes auraient épargné des pertes aux clients de septembre 2022. Ils restent valables face à n’importe quel acteur, français ou non.

Questions fréquentes

Bykep existe-t-il encore en 2026 ?

Non. La société Bykep SAS a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris le 13 octobre 2022, deux semaines après sa radiation du registre PSAN par l’AMF. Le site bykep.com est inaccessible en 2026. Toute offre actuelle utilisant les noms Bykep ou Keplerk doit être considérée comme frauduleuse.

Comment récupérer des fonds bloqués chez Bykep ?

La seule voie est la déclaration de créance dans le cadre de la liquidation judiciaire, auprès du liquidateur désigné par le tribunal de commerce de Paris. Les délais légaux de déclaration sont courts et probablement expirés pour l’essentiel des cas. Les perspectives de récupération restent faibles, les créanciers privilégiés étant servis avant les clients.

Pourquoi l’AMF a-t-elle radié Bykep du registre PSAN ?

Un contrôle sur place de l’ACPR, engagé en mai 2022, a révélé des débits de portefeuilles clients sans leur consentement, des défaillances sérieuses du dispositif de lutte anti-blanchiment et le non-respect des mesures de gel des avoirs. La société a aussi déclaré un vol d’environ 300 000 € d’actifs clients par cyberattaque. La radiation du 27 septembre 2022 a pris effet immédiatement.

Peut-on encore acheter du bitcoin chez un buraliste ?

Le coupon bitcoin au comptoir a disparu avec Bykep, qui portait ce modèle via les caisses Bimedia d’environ 5 200 bureaux de tabac. En 2026, l’achat passe par des plateformes en ligne agréées, dont les acteurs français listés dans notre guide des plateformes régulées par l’AMF, sans équivalent physique du réseau Keplerk.

Sources

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