Choisir une plateforme crypto autorisée en France est devenu un réflexe de base pour tout investisseur particulier. Depuis l’entrée en application complète du règlement européen MiCA le 30 décembre 2024, le statut historique PSAN de l AMF est remplacé par l’agrément CASP. La période transitoire a pris fin le 30 juin 2026 : depuis le 1er juillet, seuls les prestataires agréés CASP, par l’AMF ou par un autre régulateur européen via le passeport, peuvent servir des clients français, qu’il s’agisse des grands exchanges internationaux ou des acteurs nationaux.
Au programme
- Différence concrète entre PSAN historique et agrément CASP MiCA
- 33 CASP agréés par l’AMF et 323 dans l’Espace économique européen à l’été 2026
- Les principaux exchanges autorisés : Coinbase, Kraken, Bitpanda, Coinhouse, Paymium, Deblock, et le cas Binance, sans agrément depuis le 1er juillet
- Comment vérifier qu’une plateforme est bien agréée avant d’y déposer des fonds
- Risques fiscaux et juridiques d’un service non autorisé
PSAN, CASP, MiCA : ce qui change concrètement
Le statut PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) a été créé par la loi PACTE de 2019. Il imposait un enregistrement à l’AMF pour quatre services : conservation, achat-vente contre monnaie ayant cours légal, échange entre actifs numériques, exploitation d’une plateforme de négociation.
Avec le règlement MiCA entré pleinement en vigueur le 30 décembre 2024, ce régime français est remplacé par le statut européen unique de CASP (Crypto-Asset Service Provider). Un agrément CASP délivré dans un pays de l’Union européenne permet de servir des clients dans les 26 autres via le passeport. C’est une rupture majeure : un PSAN français ne pouvait opérer qu’en France.
Les exigences CASP sont plus strictes : fonds propres minimums gradués, ségrégation stricte des actifs clients, plan de continuité, gouvernance documentée, obligations anti-blanchiment supervisées par l’ACPR, règles de meilleure exécution. L’instruction d’un dossier complet peut atteindre quatre mois.
La période transitoire de 18 mois permettait aux PSAN déjà enregistrés de continuer leurs activités jusqu’au 30 juin 2026. Depuis le 1er juillet, seul un agrément CASP autorise l’offre de services en France.
Combien de plateformes autorisées en France
L’ancienne liste blanche PSAN, publiée en données ouvertes sur data.gouv.fr, recensait plus de 100 prestataires ; elle n’a plus de valeur opérationnelle depuis le 1er juillet 2026. La référence est désormais le registre des CASP : au 21 juillet 2026, le registre intérimaire de l’ESMA comptait 323 CASP agréés dans l’Espace économique européen, dont 33 par l’AMF, derrière l’Allemagne (60) et les Pays-Bas (34).
S’y ajoutent les CASP agréés dans d’autres États membres et actifs en France via le passeport européen prévu à l’article 65 de MiCA : Coinbase depuis le Luxembourg, Kraken depuis l’Irlande, Bitpanda et Bybit depuis l’Autriche, entre autres.
Pour les PSAN restés sans agrément, l’AMF avait exigé un plan de cessation ordonnée au plus tard le 30 mars 2026 : transfert des crypto-actifs des clients vers un CASP agréé ou vente, avec préavis suffisant. Depuis le 1er juillet, l’exercice sans agrément est passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Les principaux exchanges autorisés
Côté plateformes internationales servant la clientèle française, plusieurs noms dominent le marché.
Binance est le grand absent. Faute d’agrément MiCA au 30 juin 2026, après le retrait de sa demande en Grèce, la plateforme a cessé d’accueillir de nouveaux clients français et de nouveaux dépôts le 1er juillet. Les retraits d’actifs, en crypto comme en euros, restent garantis, et le groupe affirme préparer une nouvelle demande d’agrément européen.
Coinbase, enregistrée PSAN fin 2023, a finalement choisi le Luxembourg comme État d’agrément : licence CASP délivrée par la CSSF le 20 juin 2025 à Coinbase Luxembourg S.A. Le passeport européen lui permet de servir la France, où elle figure sur la liste blanche de l’AMF.
Kraken a obtenu son agrément CASP auprès de la Banque centrale d’Irlande le 25 juin 2025, via son entité Payward Europe Solutions. La plateforme est accessible aux Français avec une interface en langue française et un support de la fiscalité européenne.
Bitpanda, acteur autrichien historique, a été le premier grand exchange agréé CASP, par la BaFin allemande dès janvier 2025, complété par la FMA autrichienne, et passeporte ses services dans toute l’Union européenne, France comprise. Son positionnement multi-actifs (crypto, actions fractionnées, métaux précieux) en fait un choix prisé en zone DACH et de plus en plus en France.
Parmi les autres acteurs majeurs, OKX et Crypto.com sont agréés à Malte depuis janvier 2025 et Bybit en Autriche depuis mai 2025. À l’inverse, Bitget n’a pas d’agrément (demande déposée auprès de la FMA autrichienne en juin 2026) et a suspendu ses services aux clients français ; KuCoin détient un agrément autrichien depuis novembre 2025, mais le démarrage effectif de ses opérations européennes reste suspendu aux exigences du régulateur.
Les acteurs français historiques
La France compte plusieurs pionniers du secteur, créés bien avant l’existence du statut PSAN. Paymium, fondé en 2011 par Pierre Noizat et Gonzague Grandval, est l’un des plus anciens exchanges Bitcoin au monde. Spécialisé sur la paire BTC/EUR avec règlement SEPA, il a obtenu son enregistrement PSAN dès la mise en place du dispositif, puis son agrément CASP délivré par l’AMF le 22 juin 2026, quelques jours avant l’échéance.
Coinhouse, lancé en 2014 (initialement sous le nom La Maison du Bitcoin), s’est positionné sur l’accompagnement haut de gamme : conseil patrimonial, conciergerie, services aux entreprises. Coinhouse a été parmi les premiers PSAN enregistrés en mars 2020, lors de la mise en place effective du régime PACTE, avant de décrocher son agrément CASP auprès de l’AMF le 7 mai 2026, avec sept services autorisés dont le conseil et la gestion de portefeuille.
Deblock incarne la nouvelle génération : néobanque crypto fondée par d’anciens cadres de Revolut et Ledger, lancée en 2024. Elle propose un compte bancaire SEPA classique adossé à un portefeuille auto-custody pour les cryptos, et détient le tout premier agrément CASP délivré par l’AMF, en mai 2025. D’autres entrants récents complètent l’écosystème français : Lugh (stablecoin EURL), Just Mining, StackinSat, Bitstack pour l’investissement programmé.
Du côté infrastructure et conservation, Ledger (wallets matériels), Kiln (staking institutionnel) ou Taurus (custody) renforcent la place de Paris sur la chaîne de valeur crypto européenne.
Comment vérifier qu’une plateforme est autorisée
La méthode officielle est simple. La liste blanche des CASP est tenue par l’AMF et accessible directement depuis le site amf-france.org, chaque prestataire disposant d’une fiche détaillant ses services autorisés. Le registre intérimaire consolidé de l’ESMA recense quant à lui l’ensemble des CASP agréés dans l’Espace économique européen, passeport compris.
Au-delà du registre, plusieurs vérifications utiles avant d’ouvrir un compte : présence d’une vraie procédure KYC documentée, conditions générales en français, mentions légales mentionnant explicitement le numéro d’enregistrement PSAN ou l’agrément CASP, possibilité de retrait SEPA vers son compte bancaire à son nom. Une plateforme refusant tout retrait fiat, exigeant un KYC accéléré ou sollicitant l’usage de stablecoins non régulés pour les dépôts est un signal d’alerte.
Pour estimer rapidement la valeur d’un portefeuille en euros, des outils comme le convertisseur crypto ou la heatmap des marchés permettent un suivi neutre, indépendamment du choix de plateforme.
Risques d’une plateforme non autorisée
Utiliser un service non enregistré expose à des risques concrets. Sur le plan financier, aucun mécanisme européen de protection ne s’applique : pas de ségrégation des actifs clients vérifiée, pas d’obligation de fonds propres, pas de plan de résolution. Les pertes des clients de FTX, Celsius ou Voyager en 2022 illustrent ce risque à plusieurs milliards de dollars.
Côté fiscal, l’administration française considère ces plateformes comme des comptes ouverts à l’étranger : déclaration obligatoire via le formulaire 3916-bis annuel, amende de 750 euros par compte oublié (1 500 si la valeur dépasse 50 000 euros). En cas de litige (gel, refus de retrait, piratage), aucun recours pratique n’est ouvert auprès du médiateur de l’AMF.
L’avis d’un conseiller en investissements financiers ou d’un avocat fiscaliste est recommandé avant tout dépôt significatif. La rubrique Régulation de CryptoActu suit l’actualité des sanctions et mises en garde de l’AMF.
Questions fréquentes
Quelle était la date limite pour les anciens PSAN ?
Le 30 juin 2026. Depuis le 1er juillet, tout prestataire de services sur actifs numériques actif en France doit disposer d’un agrément CASP au titre du règlement MiCA, qu’il soit délivré par l’AMF française ou par une autorité d’un autre État membre de l’Union européenne via le passeport européen.
Un agrément CASP obtenu en Irlande est-il valable en France ?
Oui. C’est le principe du passeport européen prévu par MiCA. Un CASP autorisé par la Banque centrale d’Irlande (cas de Kraken), la CSSF luxembourgeoise (Coinbase, Bitstamp), la BaFin allemande (Trade Republic), la FMA autrichienne (Bitpanda, Bybit) ou tout autre régulateur national peut servir des clients français sous condition de notification préalable à l’AMF.
Binance est-elle encore autorisée en France ?
Non depuis le 1er juillet 2026. Faute d’agrément CASP à l’échéance, Binance n’accepte plus de nouveaux clients français ni de nouveaux dépôts ; seuls les retraits d’actifs restent garantis pour les comptes existants. Le détail de la situation est précisé dans l avis Binance publié sur CryptoActu.
Comment savoir si un exchange est inscrit sur la liste blanche AMF ?
Le moyen le plus rapide est de consulter la liste blanche des CASP sur amf-france.org. Chaque fiche recense le nom commercial, la raison sociale, le numéro d’agrément et la liste des services autorisés. Le registre intérimaire de l’ESMA permet en complément de vérifier les CASP agréés ailleurs en Europe et passeportés vers la France.
Faut-il déclarer son compte sur une plateforme étrangère autorisée CASP ?
Oui. L’obligation de déclaration via le formulaire 3916-bis s’applique à tout compte d’actifs numériques ouvert auprès d’un opérateur établi hors de France, y compris dans un autre pays de l’Union européenne. La sanction du défaut de déclaration est de 750 euros par compte, portée à 1 500 euros si la valeur dépasse 50 000 euros.
Sources
- AMF - Liste blanche historique des PSAN (data.gouv.fr)
- AMF - Fin de la période transitoire le 1er juillet 2026
- AMF - Régulation MiCA, candidatures CASP
- ESMA - Fin des périodes transitoires MiCA (statement)
- Euronews - Binance arrête ses services crypto dans l'UE faute d'agrément MiCA
- AMF - Liste blanche CASP, fiche Coinhouse SAS
- Forum Fintech ACPR / AMF 2025 - Atelier MiCA
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