Les banques centrales affichent un soutien croissant à la tokenisation des paiements wholesale, qualifiant ce mécanisme de solution « plus rapide et plus efficace » que les infrastructures interbancaires classiques. Le signal est clair : après les stablecoins, la tokenisation d’actifs réels (RWA) s’impose comme le prochain terrain d’expérimentation à grande échelle pour les institutions monétaires mondiales.
Au programme
- Les banques centrales positionnent la tokenisation comme levier clé des paiements interbancaires de gros montants, selon nos informations
- Les infrastructures actuelles peinent à traiter des règlements transfrontaliers en temps réel, un problème que la tokenisation pourrait résoudre structurellement
- L’adoption reste conditionnée à la résolution de défis d’interopérabilité et de cadre réglementaire encore incomplets en 2026
Pourquoi la tokenisation intéresse les banques centrales pour le wholesale ?
Les paiements wholesale désignent les transactions de gros montants entre institutions financières : règlements interbancaires, opérations de change, transferts de titres. Ces flux, souvent traités en 2 à 3 jours ouvrés via des systèmes comme SWIFT, représentent des milliers de milliards de dollars quotidiennement. La lenteur n’est pas anecdotique : elle immobilise des liquidités et génère un risque de contrepartie.
La tokenisation permet de représenter ces actifs ou ces créances sous forme de tokens sur une blockchain, rendant le règlement quasi instantané. Pour une banque centrale, l’enjeu est double : réduire les délais de règlement à quelques secondes et éliminer les intermédiaires redondants. Ce n’est pas une idée nouvelle : la Banque des règlements internationaux (BRI) travaille sur ces sujets depuis plusieurs années via ses hubs d’innovation : mais le momentum s’accélère en 2026. Des projets comme Lightspark, qui s’allie à Visa pour révolutionner les paiements mondiaux, illustrent cette tendance qui dépasse désormais le seul cercle des banques centrales.
Quels acteurs portent concrètement ces projets ?
Plusieurs banques centrales ont engagé des programmes pilotes. La Banque centrale européenne a conduit en 2024 des essais de règlement wholesale en monnaie de banque centrale numérique (mBCDN), impliquant une vingtaine d’établissements. La BRI a coordonné le projet Agorá, qui rassemble sept banques centrales : dont la Banque de France : autour d’une plateforme de tokenisation pour les paiements transfrontaliers.
Du côté privé, des consortiums bancaires avancent leurs propres solutions. Six banques internationales se sont unies pour créer une crypto-monnaie dédiée aux règlements, signe que le secteur ne veut pas laisser le monopole aux institutions publiques. La technologie Check Chain, adoptée par certaines banques, témoigne du même mouvement de fond : numériser les flux interbancaires pour gagner en vitesse et en traçabilité.
« Le règlement tokenisé réduit le risque de liquidité et améliore la transparence des flux en temps réel, ce qui est précisément ce qu’attendent les marchés de gros. » : Rapport BRI, projet Agorá, 2024 (traduit de l’anglais)
Quels obstacles freinent encore l’adoption à grande échelle ?
L’enthousiasme institutionnel ne doit pas masquer des freins structurels. L’interopérabilité entre systèmes reste le principal défi : chaque banque centrale développe son propre protocole, créant un risque de fragmentation. Un token émis sur la plateforme de la Banque de France n’est pas nécessairement reconnu par celle de la Banque du Japon sans passerelle technique commune.
Le cadre réglementaire est l’autre variable clé. En Europe, MiCA (Markets in Crypto-Assets, règlement 2023/1114) encadre les crypto-actifs mais ne couvre pas directement les mBCDN wholesale, qui relèvent d’une législation spécifique encore en construction. Aux États-Unis, l’absence de cadre fédéral unifié complique les projets pilotes impliquant des contreparties américaines. La BCE alertait déjà les banques sur la nécessité d’agir en urgence face à l’essor du Bitcoin : la tokenisation wholesale est précisément l’une des réponses institutionnelles à cette pression.
Il faut aussi mentionner la résistance interne des établissements bancaires. Migrer vers des infrastructures tokenisées implique des investissements techniques lourds et une refonte des processus de back-office. Une enquête B2B révélait un désintérêt persistant pour les paiements en cryptomonnaies parmi les entreprises non financières, signe que la demande du côté corporate n’est pas encore universelle.
Pourtant, des signaux positifs existent. Visa favorise activement l’adoption des paiements en stablecoins : une brique technologique voisine de la tokenisation wholesale : ce qui crée un écosystème de services complémentaires autour des actifs numériques institutionnels. American Express s’est associée à Santander pour des paiements internationaux via Ripple, preuve que les grandes enseignes financières testent déjà des rails alternatifs à SWIFT.
À retenir
La tokenisation des paiements wholesale gagne un soutien institutionnel concret en 2026, portée par des projets pilotes multilatéraux et un consensus technique sur ses bénéfices de vitesse et d’efficacité. Les prochains mois seront déterminants : la publication du cadre réglementaire européen pour les mBCDN wholesale, attendue d’ici fin 2026, conditionnera l’intensité du déploiement à grande échelle.
Sources
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