La tokenisation des actifs financiers traditionnels a franchi un cap décisif : selon David Dai, directeur stratégique de Pharos, le secteur est passé du stade expérimental à celui de la production réelle en 2026. De son côté, la Banque d’Angleterre estime que la tokenisation pourrait réduire les coûts de transaction et renforcer la concurrence sur les marchés britanniques, à condition que la monnaie numérique reste fiable et interopérable.
Au programme
- La BoE soutient la tokenisation des marchés UK sous conditions d’interopérabilité (Cointelegraph, 2026)
- Pharos identifie un basculement de l’expérimentation vers la production effective (Coinage Media, 2026)
- Wall Street s’organise pour intégrer ces infrastructures, avec des implications concrètes pour les investisseurs européens
Pourquoi la Banque d’Angleterre s’implique-t-elle dans la tokenisation ?
La Banque d’Angleterre ne se contente plus d’observer. Son gouverneur adjoint a explicitement reconnu la valeur des marchés tokenisés pour l’économie britannique, citant 2 bénéfices principaux : la compression des coûts opérationnels et l’intensification de la concurrence entre acteurs financiers.
La BoE pose néanmoins des conditions claires. La monnaie numérique sous-jacente - qu’il s’agisse d’un stablecoin ou d’une monnaie de banque centrale numérique - doit rester digne de confiance et techniquement interopérable avec les systèmes existants. Cette position s’inscrit dans un contexte de réforme des règles sur les stablecoins au Royaume-Uni, et d’une réflexion sur le règlement quasi continu, 24h/24 et 7j/7.
« La monnaie numérique doit demeurer fiable et interopérable à mesure que nous évaluons les réformes sur les stablecoins et le règlement quasi-permanent pour soutenir les marchés tokenisés. » - Banque d’Angleterre, mai 2026 (traduit de l’anglais)
Comment la tokenisation est-elle passée de l’expérimentation à la production ?
Chez Pharos, la formulation est directe : la tokenisation n’est plus une promesse, c’est une réalité opérationnelle. David Dai pointe l’accélération des 18 derniers mois, durant lesquels plusieurs acteurs institutionnels ont déployé des infrastructures blockchain pour gérer des actifs réels - obligations, fonds monétaires, immobilier commercial.
Cette bascule s’explique par 3 facteurs convergents. La maturité des protocoles de couche 2 permet des règlements à quelques secondes pour des frais inférieurs à 0,01 $. Les cadres réglementaires se sont stabilisés dans plusieurs juridictions, notamment sous MiCA en Europe depuis fin 2024. Et les grands dépositaires - Clearstream, BNY Mellon - ont ouvert leurs API à des actifs tokenisés, levant le principal frein opérationnel.
Le contraste avec l’ère des pilotes est saisissant. Entre 2020 et 2023, la plupart des projets institutionnels restaient des preuves de concept sans déploiement à grande échelle, comme l’illustrait déjà l’initiative EDX Markets lancée par les grandes banques américaines. Aujourd’hui, des volumes réels transitent sur ces rails.
Quels actifs sont concernés et quels volumes sont en jeu ?
Les actifs les plus avancés dans la tokenisation restent les fonds monétaires et les obligations d’État à court terme. BlackRock a franchi le seuil des 2 milliards de dollars d’actifs tokenisés sur sa plateforme BUIDL début 2026, selon les données publiques disponibles. Franklin Templeton, qui avait noué un partenariat avec Kraken pour tokeniser des actifs de marché, gère pour sa part plusieurs centaines de millions via son fonds BENJI déployé sur plusieurs blockchains publiques.
L’immobilier commercial et les actifs de crédit privé constituent la prochaine vague. Ces segments présentent une liquidité structurellement faible, que la tokenisation promet de transformer en permettant des échanges fractionnés en continu. Les estimations du Boston Consulting Group projetaient dès 2022 un marché de 16 000 milliards de dollars d’actifs tokenisés d’ici 2030, un chiffre régulièrement cité dans les présentations institutionnelles.
Quelles limites freinent encore l’adoption à grande échelle ?
Ni la BoE ni Pharos ne dressent un tableau sans nuances. L’interopérabilité reste le nœud central : un actif tokenisé sur Ethereum ne communique pas nativement avec un système sur Stellar ou un registre privé comme Corda. Les standards de communication inter-chaînes - CCIP, LayerZero - progressent, mais aucun ne s’est imposé comme référence universelle.
La question de la liquidité en cas de stress n’est pas résolue non plus. Un marché tokenisé fonctionne bien en régime normal, mais les mécanismes de gestion des défauts et des règlements forcés restent expérimentaux. Wall Street s’intéresse à Bitcoin depuis plusieurs années, mais l’appétit institutionnel pour les actifs tokenisés illiquides demeure conditionné à des garanties réglementaires que peu de pays offrent aujourd’hui.
Et pour la France ?
Les gestionnaires d’actifs français opérant sous MiCA et soumis à la DAC8 depuis le 1er janvier 2026 sont directement concernés par cette évolution. L’AMF a publié en 2024 une doctrine sur les titres financiers tokenisés dans le cadre de l’ordonnance sur les actifs numériques. Les PSAN qui souhaitent proposer ces produits devront basculer vers le statut CASP avant le 1er juillet 2026, date limite de la période transitoire française.
À retenir
La tokenisation institutionnelle franchit en 2026 le seuil de la production réelle, avec le soutien explicite de grandes banques centrales comme la BoE. Les volumes restent modestes au regard des marchés traditionnels, mais l’infrastructure se consolide. À surveiller : l’émergence d’un standard d’interopérabilité et les premières décisions de l’ESMA sur la classification des actifs tokenisés dans le cadre MiCA.
Sources
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