Peter Schiff est un économiste et courtier américain né en 1963, fondateur d’Euro Pacific Capital et l’un des plus célèbres défenseurs de l’or physique. Depuis le début des années 2010, il annonce la mort du bitcoin avec une constance jamais récompensée. En 2026, alors que l’once d’or a culminé au-dessus de 5 600 dollars en janvier, il reste l’adversaire préféré des bitcoiners : un contradicteur utile, que même Michael Saylor ne peut totalement ignorer.
Au programme
- Courtier devenu célèbre pour avoir annoncé la crise des subprimes dès 2006, Peter Schiff prêche l’or physique et rejette le bitcoin depuis ses débuts.
- Sa banque Euro Pacific Bank a été fermée par le régulateur de Porto Rico en juin 2022 ; il conteste toujours la décision et a attaqué l’IRS en justice.
- Fin 2025, il a annoncé Tgold, un projet d’or tokenisé lancé début 2026, et débattu face à CZ à Dubaï, tout en maintenant que le bitcoin ne vaut rien.
D’où vient Peter Schiff, prophète de la crise de 2008 ?
Peter David Schiff naît en 1963 à New Haven, dans le Connecticut. Son père, Irwin Schiff, figure du mouvement américain anti-impôt sur le revenu, est mort en détention fédérale en octobre 2015, selon Forbes. Cet héritage libertarien façonne durablement sa vision : méfiance envers l’État, la Réserve fédérale et la monnaie fiduciaire.
Après des débuts chez Shearson Lehman Brothers au début des années 1990, il fonde Euro Pacific Capital en 1996, une société de courtage orientée vers les marchés étrangers et les matières premières. C’est de là qu’il bâtit sa réputation : entre 2005 et 2007, il multiplie les passages télévisés pour annoncer l’éclatement de la bulle immobilière américaine et l’effondrement du marché hypothécaire.
Son livre « Crash Proof », publié en 2007, formalise la thèse. Quand la crise éclate en 2008, la presse américaine le présente comme « l’homme qui avait prédit l’effondrement ».
Fort de cette aura, il tente la politique : candidat à la primaire républicaine pour le Sénat dans le Connecticut en 2010, il termine troisième avec 22,8 % des voix, loin derrière Linda McMahon, selon les archives électorales de l’État. Il se recentre alors sur ses sociétés, dont son courtier en métaux précieux SchiffGold.
Pourquoi est-il l’anti-bitcoin le plus constant du marché ?
Fidèle à l’école autrichienne, Schiff répète le même argument depuis le début des années 2010 : le bitcoin n’a aucune valeur intrinsèque, aucun usage industriel, aucun flux de revenus. Pour lui, seul l’or remplit la fonction de réserve de valeur. Chaque cycle haussier lui donne tort sur le prix ; chaque krach relance sa prophétie.
Cette constance en a fait un adversaire de débat recherché. Le 2 juillet 2018, il affronte Erik Voorhees, fondateur de ShapeShift, au Soho Forum de New York. Verdict du vote du public rapporté par Reason : Voorhees l’emporte en convainquant 15 % d’auditeurs supplémentaires. Schiff défie ensuite régulièrement Michael Saylor, le président de Strategy, allant jusqu’à lui proposer en décembre 2025 un face-à-face à la Binance Blockchain Week de Dubaï, resté sans suite selon Yahoo Finance.
Ses munitions évoluent avec le marché. Malgré l’arrivée des ETF spot bitcoin en 2024, il oppose en avril 2026 la performance sur cinq ans : environ +12 % pour le bitcoin contre +163 % pour l’or et +181 % pour l’argent, selon ses calculs relayés par la presse financière.
Il concède toutefois lors d’un débat que le bitcoin « n’ira pas à zéro ». En 2026, il martèle que l’actif est entré dans un bear market durable face à un or qui a brièvement dépassé les 5 600 dollars l’once, selon CCN.
L’affaire Euro Pacific Bank a-t-elle entamé sa crédibilité ?
Le 30 juin 2022, le régulateur bancaire de Porto Rico (OCIF) suspend Euro Pacific Bank, la banque offshore de Schiff, pour non-respect des exigences de capital minimum. L’action s’inscrit dans l’opération Atlantis, une enquête internationale du groupe J5 visant des soupçons d’évasion fiscale et de blanchiment liés à des clients de l’établissement.
Schiff conteste frontalement la décision. Aucune accusation pénale n’a été retenue contre lui, et il affirme que le régulateur a refusé une vente à un repreneur qualifié prêt à recapitaliser la banque. Un accord de liquidation est signé le 6 septembre 2022, avec engagement de restitution des fonds des déposants, selon le communiqué officiel diffusé par PR Newswire. En 2024, il attaque l’IRS en justice, accusant l’agence d’avoir orchestré la fermeture avec le régulateur portoricain, selon Newsweek.
L’épisode reste une tache sur son discours. Le champion de la solidité financière a vu sa propre banque fermée pour insuffisance de capital, et les bitcoiners n’ont pas manqué l’ironie : c’est précisément le risque de contrepartie bancaire que le bitcoin, détenu en propre, prétend éliminer. Schiff, lui, en a tiré un combat institutionnel qu’il mène encore en 2026, réclamant une enquête du Congrès américain.
Pourquoi les bitcoiners aiment-ils autant leur adversaire ?
Parce que Schiff est un aiguillon utile, jusque dans sa propre famille. En mars 2021, son fils Spencer bascule 100 % de son portefeuille en bitcoin, alors sous les 50 000 dollars, selon Cointelegraph. La réaction paternelle est restée célèbre.
« Je vais devoir le déshériter. Sinon, il dilapidera ma fortune durement gagnée en achetant encore plus de bitcoin. » : Peter Schiff, à propos de son fils Spencer, mars 2021 (traduit de l’anglais)
Ses détours par la crypto nourrissent aussi la légende. En mars 2021, il qualifiait les NFT de faux actifs ; en mai 2023, il lance pourtant « Golden Triumph », une collection artistique de 50 tirages adossés à 50 Ordinals inscrits sur la blockchain Bitcoin, vendue aux enchères en juin 2023, selon Cointelegraph.
Fin 2025, il pousse la logique plus loin en annonçant Tgold, opérationnel début 2026 : de l’or physique en coffres ségrégués, représenté par des tokens transférables et adossé à une carte de paiement, selon The Defiant. Un pari sur la tokenisation des actifs réels, un marché où le XAUT de Tether occupe déjà le terrain et que les RWA élargissent bien au-delà de l’or.
Face à Changpeng Zhao lors de la Binance Blockchain Week 2025, il admet même que la tokenisation améliore les propriétés monétaires de l’or : transportabilité, divisibilité, fongibilité. La blockchain, oui ; le bitcoin, jamais. C’est ce paradoxe qui fait sa valeur : un critique compétent, drôle malgré lui, qui oblige l’écosystème à affûter ses arguments.
Chiffres clés
Quelques repères chiffrés sur sa trajectoire :
- 1963 : naissance à New Haven, Connecticut.
- 1996 : fondation d’Euro Pacific Capital.
- 2007 : publication de « Crash Proof », qui annonce la crise des subprimes.
- 2010 : troisième de la primaire républicaine du Connecticut avec 22,8 % des voix.
- 2018 : débat perdu contre Erik Voorhees au Soho Forum de New York.
- 2022 : suspension d’Euro Pacific Bank par le régulateur portoricain, puis liquidation.
- 2023 : enchères de la collection « Golden Triumph », 50 Ordinals inscrits sur Bitcoin.
- 2025 : annonce du projet d’or tokenisé Tgold et débat face à CZ à Dubaï.
Questions fréquentes
Peter Schiff a-t-il vraiment prédit la crise de 2008 ?
Oui, c’est documenté. Entre 2005 et 2007, il a annoncé publiquement l’éclatement de la bulle immobilière et la crise du crédit hypothécaire, notamment dans son livre « Crash Proof » paru en 2007. La presse américaine l’a présenté fin 2008 comme l’homme qui avait prédit l’effondrement. Ses prédictions suivantes, comme l’implosion du dollar, ne se sont en revanche pas réalisées.
Pourquoi Peter Schiff lance-t-il un projet blockchain s’il rejette le bitcoin ?
Schiff distingue la technologie de l’actif. Il juge la blockchain utile pour transférer la propriété d’un actif tangible, mais estime que le bitcoin ne repose sur rien. Son projet Tgold, annoncé en 2025 et lancé début 2026, tokenise de l’or physique stocké en coffres : chaque token représente du métal réel, ce qui reste selon lui la différence fondamentale avec une cryptomonnaie native.
Le fils de Peter Schiff détient-il vraiment 100 % de bitcoin ?
Oui. En mars 2021, Spencer Schiff a annoncé avoir converti la totalité de son portefeuille en bitcoin, revendiquant une stratégie de conservation à très long terme. Son père a publiquement menacé de le déshériter. Le duo est depuis devenu un symbole du fossé générationnel entre partisans de l’or et adeptes du bitcoin.
Photo : Gage Skidmore
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