Jamie Dimon dirige JPMorgan Chase depuis le 31 décembre 2005. Le 12 septembre 2017, il qualifie le bitcoin de « fraude » et menace de licencier tout trader qui en négocierait. Neuf ans plus tard, sa banque affiche un bilan de 4 425 Md$, pèse près de 980 Md$ en Bourse et opère la plateforme blockchain la plus avancée de Wall Street. Ce paradoxe fait du banquier le plus puissant du monde une figure incontournable, et contestée, de l’écosystème crypto.

Au programme

  • Jamie Dimon, 70 ans, dirige JPMorgan Chase depuis fin 2005 : première banque mondiale avec 4 425 Md$ d’actifs fin 2025 (source : SEC) et près de 980 Md$ de capitalisation en août 2026.
  • Critique féroce du bitcoin depuis 2017 (« fraude », « pire que les bulbes de tulipes »), il a pourtant ouvert l’achat de bitcoin à ses clients en mai 2025.
  • JPMorgan a lancé le JPM Coin dès 2019, rebaptisé sa plateforme blockchain Kinexys en 2024 et déployé le deposit token JPMD sur Base en 2025.

Quel parcours avant la tête de JPMorgan ?

James Dimon naît le 13 mars 1956 à New York, dans une famille de banquiers d’origine grecque. Diplômé de Tufts en 1978, il obtient un MBA à Harvard Business School en 1982. Il refuse alors les offres de Goldman Sachs et Morgan Stanley pour suivre son mentor Sandy Weill chez American Express.

Le tandem bâtit ensuite, acquisition après acquisition, le géant financier qui deviendra Citigroup. En novembre 1998, Weill écarte brutalement son protégé, un divorce resté célèbre à Wall Street. Dimon rebondit en mars 2000 : il prend la direction de Bank One, une banque de Chicago en difficulté qu’il redresse en quelques années.

En 2004, JPMorgan Chase rachète Bank One. Dimon devient président et directeur des opérations du groupe fusionné, avant d’être nommé PDG le 31 décembre 2005, puis président du conseil d’administration fin 2006. Pendant la crise financière de 2008, il rachète Bear Stearns et Washington Mutual avec l’appui des autorités américaines, consolidant l’image d’un dirigeant appelé quand le système vacille. Vingt ans plus tard, il reste le patron de banque le plus écouté de la planète.

Pourquoi est-il le critique le plus célèbre du bitcoin ?

Le 12 septembre 2017, lors de la conférence Delivering Alpha organisée par CNBC, Dimon lâche le mot qui le suivra partout : le bitcoin est une « fraude ». Il promet de licencier « en une seconde » tout trader de JPMorgan qui en négocierait, « pour stupidité ». Selon CNBC, il compare la cryptomonnaie à la bulle des tulipes hollandaises du XVIIe siècle.

« C’est pire que les bulbes de tulipes. Ça finira mal. Quelqu’un va se faire tuer. » : Jamie Dimon, conférence Delivering Alpha, septembre 2017

Un mois plus tard, il annonce qu’il ne parlera plus du bitcoin. Promesse intenable : en janvier 2018, il déclare regretter le mot « fraude », tout en maintenant son scepticisme de fond. Ses arguments ne varient plus ensuite : absence de valeur intrinsèque, usage dans le blanchiment et les trafics, spéculation pure.

Même en ouvrant l’accès au bitcoin à ses clients en mai 2025, il précise, selon CNBC : « je ne suis pas fan ». Il défend le droit de chacun d’en acheter, comme il défend, dit-il, le droit de fumer. La position du personnage tient en une phrase : le bitcoin ne vaut rien, mais la technologie qui le porte vaut des milliards.

Le paradoxe JPMorgan : la banque la plus blockchain de Wall Street

Pendant que son PDG moque le bitcoin, JPMorgan construit. En février 2019, la banque devient la première grande institution américaine à émettre son propre token de règlement, le JPM Coin, sur sa blockchain permissionnée Quorum. L’activité, regroupée sous la bannière Onyx en 2020, est rebaptisée Kinexys en novembre 2024 : la plateforme a traité plus de 1 500 Md$ de valeur notionnelle et dépasse 2 Md$ de volume quotidien, selon CoinDesk.

Dimon et la crypto : chronologie 2017-2025 Frise chronologique des positions de Jamie Dimon et des lancements blockchain de JPMorgan, de la déclaration « fraude » en 2017 au deposit token JPMD sur Base en 2025. Sept. 2017 « Fraude » pire que tulipes Fév. 2019 JPM Coin 1re banque US Nov. 2024 Kinexys 2 Md$ par jour Mai 2025 Bitcoin clients via ETF spot Juin 2025 JPMD sur Base deposit token Source : CNBC, JPMorgan, CoinDesk, 2026

En juin 2025, Kinexys lance le pilote du JPMD, un deposit token en dollars, sur Base, le réseau de seconde couche développé par Coinbase, l’exchange dirigé par Brian Armstrong. B2C2, Coinbase et Mastercard participent aux premiers règlements, selon JPMorgan. Contrairement à un stablecoin, le JPMD représente une créance directe sur des dépôts bancaires, réservée aux clients institutionnels et pouvant porter intérêt. Le token a depuis été étendu au réseau Canton, selon The Block.

Côté clients, le virage date de mai 2025 : lors de l’investor day, Dimon annonce que JPMorgan permettra l’achat de bitcoin, sans en assurer la conservation, principalement via les ETF spot. Dès juin 2025, la banque accepte l’ETF IBIT de BlackRock comme collatéral de prêts, selon CoinDesk. La tokenisation des dépôts et des actifs est désormais un axe stratégique assumé du groupe.

Quelle influence et quelle succession en 2025-2026 ?

JPMorgan Chase est la première banque mondiale par capitalisation boursière : environ 980 Md$ début août 2026, selon Capital.com, soit près de l’équivalent de ses trois plus grandes rivales américaines réunies. Le groupe a dégagé 21,2 Md$ de bénéfice net au deuxième trimestre 2026. Quand Dimon parle, les marchés écoutent : ses lettres annuelles aux actionnaires sont disséquées comme des discours de banquier central.

Dans l’écosystème crypto, son influence est double. Ses attaques régulières alimentent le camp des sceptiques, à l’opposé d’un Michael Saylor qui a converti sa société en coffre à bitcoin. Mais chaque pas de JPMorgan vers la blockchain sert d’argument d’adoption institutionnelle : si la banque de Dimon s’y met, le débat sur la légitimité est clos.

Reste la question de l’après. Le 25 juin 2026, JPMorgan nomme Doug Petno et Troy Rohrbaugh co-présidents, tandis que Marianne Lake, longtemps favorite pour la succession, quitte le groupe, selon CNBC. Dimon, 70 ans, répète qu’il compte rester PDG environ trois ans de plus. Sa succession est l’une des transitions les plus scrutées de la finance mondiale.

Chiffres clés

Quelques repères datés sur la trajectoire de Jamie Dimon :

  • 1956 : naissance le 13 mars à New York.
  • 2000 : PDG de Bank One en mars, après son éviction de Citigroup fin 1998.
  • 2005 : PDG de JPMorgan Chase le 31 décembre, président du conseil fin 2006.
  • 2017 : le 12 septembre, il qualifie le bitcoin de « fraude ».
  • 2019 : lancement du JPM Coin, premier token émis par une grande banque américaine.
  • 2024 : Onyx devient Kinexys, plus de 2 Md$ de volume quotidien.
  • 2025 : accès des clients au bitcoin via ETF ; JPMD lancé sur Base ; bilan de 4 425 Md$ fin décembre.
  • 2026 : capitalisation d’environ 980 Md$ ; Petno et Rohrbaugh co-présidents.

Questions fréquentes

Pourquoi Jamie Dimon a-t-il qualifié le bitcoin de « fraude » ?

Le 12 septembre 2017, il compare le bitcoin à la bulle des tulipes et menace de licencier ses traders qui en achèteraient. Il regrette le mot « fraude » dès janvier 2018, mais maintient ses critiques de fond : absence de valeur intrinsèque, blanchiment et usages illicites. Sa position n’a jamais vraiment changé depuis.

Peut-on acheter du bitcoin chez JPMorgan ?

Oui, depuis mai 2025. Dimon a annoncé lors de l’investor day que la banque permettrait à ses clients d’acheter du bitcoin, principalement via des ETF spot, sans en assurer la conservation. Depuis juin 2025, JPMorgan accepte aussi l’ETF IBIT de BlackRock comme collatéral de prêts pour ses clients fortunés.

Qui va succéder à Jamie Dimon chez JPMorgan ?

La question reste ouverte. Depuis le 25 juin 2026, Doug Petno et Troy Rohrbaugh occupent le poste de co-présidents et font figure de favoris, après le départ surprise de Marianne Lake. Dimon, 70 ans, évoque un horizon d’environ trois ans avant de céder son fauteuil de PDG, sans calendrier ferme.

Photo : World Economic Forum

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