Adam Back est un cryptographe britannique, inventeur en 1997 de Hashcash, le mécanisme de preuve de travail repris par Satoshi Nakamoto pour sécuriser Bitcoin. Il est le seul individu nommé dans le corps du white paper de 2008 encore actif aujourd’hui. Cofondateur et PDG de Blockstream depuis 2014, il a lancé en 2025 la société de trésorerie BSTR Holdings, annoncée avec plus de 30 000 BTC, avec la banque Cantor Fitzgerald.
Au programme
- Hashcash, inventé par Adam Back en 1997 contre le spam, est la brique de preuve de travail citée explicitement dans le white paper de Bitcoin.
- Blockstream, cofondée en 2014, a levé 210 M$ en série B en 2021 pour une valorisation de 3,2 Md$ (source : Forbes, Bloomberg).
- En juillet 2025, Back annonce BSTR Holdings avec 30 021 BTC ; un an plus tard, la fusion avec le SPAC de Cantor est reportée sine die.
Un cypherpunk avant l’heure
Adam Back naît en juillet 1970 à Londres. Il obtient un doctorat en informatique à l’université d’Exeter en 1995, avec une thèse consacrée aux systèmes distribués, selon sa fiche Wikipedia. Dès les années 1990, il participe activement à la mailing list des cypherpunks, ce mouvement qui défend la vie privée par la cryptographie plutôt que par la loi.
Il s’y fait remarquer par des coups d’éclat restés célèbres : il compresse l’algorithme de chiffrement RSA en trois lignes de code Perl, puis les imprime sur des t-shirts. À l’époque, la cryptographie forte est classée par Washington parmi les munitions soumises à contrôle à l’exportation. Porter le t-shirt revenait donc, en théorie, à exporter une arme.
En 1997, il propose Hashcash sur cette même mailing list. L’idée : obliger l’expéditeur d’un e-mail à résoudre un petit calcul coûteux avant l’envoi, pour rendre le spam de masse économiquement absurde. Ce coût de calcul vérifiable deviendra, dix ans plus tard, le cœur du minage de Bitcoin. Avant cela, Back travaille comme consultant en cryptographie appliquée, notamment sur les systèmes de monnaie électronique inspirés de David Chaum.
Pourquoi le white paper de Bitcoin cite Adam Back ?
Le 31 octobre 2008, Satoshi Nakamoto publie le white paper de Bitcoin. La section consacrée à la preuve de travail y mentionne explicitement « Adam Back’s Hashcash » : c’est la seule personne nommée dans le corps du texte, les autres auteurs n’apparaissant qu’en références bibliographiques. Selon Wikipedia et les archives publiques, Back fait aussi partie des tout premiers destinataires des e-mails de Satoshi, avant même la publication du document.
C’est d’ailleurs Back qui aurait orienté Satoshi vers les travaux de Wei Dai sur b-money, complétant la généalogie intellectuelle du protocole. Cette position unique, à la fois source citée et correspondant direct du créateur anonyme, fait de lui un témoin de premier plan de la naissance de la première cryptomonnaie, dont l’analyse fondamentale de Bitcoin détaille aujourd’hui le fonctionnement.
Contrairement à d’autres pionniers de l’époque, Back n’a jamais quitté l’écosystème. Hal Finney est décédé en 2014, Wei Dai et Nick Szabo se sont retirés de la scène publique. Lui continue de coder, d’investir et de débattre publiquement de l’avenir du protocole, ce qui fait de lui le dernier acteur du white paper encore en activité.
Que construit Blockstream depuis 2014 ?
En 2014, Adam Back cofonde Blockstream avec notamment Gregory Maxwell et Austin Hill, pour développer l’infrastructure de Bitcoin. Il en devient officiellement PDG en octobre 2016. La société défend une vision précise : garder la chaîne principale simple et robuste, et déporter les usages avancés vers des couches secondaires, une logique proche des layer 2 d’aujourd’hui.
Deux produits illustrent cette stratégie. En août 2017, Blockstream Satellite commence à diffuser la blockchain Bitcoin depuis l’espace : la société loue de la bande passante sur des satellites géostationnaires couvrant quatre continents, permettant de synchroniser un nœud sans connexion internet, selon le communiqué officiel de Blockstream. En 2018, l’entreprise lance Liquid Network, une chaîne latérale adossée à Bitcoin qui accélère les règlements entre plateformes d’échange et permet d’émettre des actifs numériques.
Côté finances, Blockstream boucle en août 2021 une série B de 210 M$ menée par Baillie Gifford et iFinex, valorisant la société 3,2 Md$, selon Forbes et Bloomberg. Les fonds financent l’expansion dans le minage industriel et le développement de composants ASIC. Blockstream emploie aussi une partie des développeurs qui maintiennent Bitcoin Core et le protocole Lightning, ce qui donne à son PDG un poids réel dans les débats techniques de la communauté.
BSTR Holdings : quel pari en 2025-2026 ?
Le 17 juillet 2025, Adam Back annonce BSTR Holdings, une société de trésorerie bitcoin bâtie avec Cantor Fitzgerald, la banque dirigée par Brandon Lutnick. Le montage prévoit une entrée en Bourse par fusion avec le SPAC Cantor Equity Partners I, avec 30 021 BTC au bilan dès le premier jour : environ 25 000 BTC apportés par les actionnaires fondateurs, Back en tête, et 5 021 BTC par des investisseurs initiaux, selon CoinDesk et le Financial Times.
L’ambition affichée est considérable : un financement PIPE pouvant atteindre 1,5 Md$ (actions, obligations convertibles, actions de préférence) pour acheter davantage de bitcoins. À ce niveau, BSTR se hisserait parmi les toutes premières trésoreries cotées, derrière Strategy de Michael Saylor et Marathon Digital.
La suite est plus chaotique. Le vote des actionnaires, prévu le 26 juin 2026, est repoussé à deux reprises, puis, le 8 juillet 2026, les deux parties abandonnent les termes initiaux de la fusion et reportent l’opération sine die, le financement PIPE étant supprimé face à des conditions de marché dégradées, selon Crypto Briefing. Le projet illustre à la fois la crédibilité de Back auprès de Wall Street et l’essoufflement du modèle des sociétés de trésorerie en 2026.
Chiffres clés
Quelques repères datés sur la trajectoire d’Adam Back :
- 1970 : naissance à Londres.
- 1995 : doctorat en informatique à l’université d’Exeter.
- 1997 : invention de Hashcash, première preuve de travail anti-spam.
- 2008 : cité dans le white paper de Bitcoin ; parmi les premiers correspondants de Satoshi Nakamoto.
- 2014 : cofondation de Blockstream.
- 2017 : lancement de Blockstream Satellite, diffusion de la blockchain depuis l’espace.
- 2018 : lancement de la chaîne latérale Liquid Network.
- 2021 : série B de 210 M$, valorisation de 3,2 Md$.
- 2025 : annonce de BSTR Holdings avec 30 021 BTC et Cantor Fitzgerald.
- 2026 : report sine die de la fusion BSTR-Cantor Equity Partners I.
Questions fréquentes
Adam Back est-il Satoshi Nakamoto ?
Il dément, systématiquement. Sa proximité avec le white paper, ses e-mails échangés avec Satoshi et son profil de cryptographe en font un candidat récurrent : le Financial Times en 2016, le documentaire HBO en 2024 puis le New York Times en 2026 ont relancé la thèse. Back a rejeté chaque fois ces spéculations, et aucune preuve technique ne l’a jamais relié aux clés du créateur de Bitcoin.
Qu’est-ce que Hashcash exactement ?
Hashcash est un mécanisme anti-spam proposé par Adam Back en 1997. L’expéditeur d’un message doit résoudre un calcul cryptographique coûteux mais facile à vérifier, ce qui rend l’envoi massif ruineux. Satoshi Nakamoto a repris ce principe pour le minage de Bitcoin : les mineurs prouvent une dépense d’énergie réelle pour valider les blocs et sécuriser le réseau.
Combien de bitcoins détient BSTR Holdings ?
BSTR Holdings a été annoncée en juillet 2025 avec 30 021 BTC d’apports : environ 25 000 BTC des actionnaires fondateurs autour d’Adam Back et 5 021 BTC d’investisseurs initiaux, soit plus de 3,5 Md$ au moment de l’annonce selon CoinDesk. La fusion avec le SPAC de Cantor Fitzgerald, qui devait la faire coter au Nasdaq, a toutefois été reportée sine die en juillet 2026.
Photo : Alexandre Sitter (arrière-plan retouché)
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