Bitcoin a franchi les 100 000 $ en 2024 selon CoinGecko, pulvérisant une nouvelle fois les prédictions des plus grands noms de la finance mondiale. Nouriel Roubini, Paul Krugman, Warren Buffett, Jamie Dimon et Joseph Stiglitz ont chacun annoncé l’effondrement inévitable du Bitcoin. Aucun ne s’est avéré. Ces erreurs de lecture illustrent à quel point l’actif numérique reste un objet d’analyse difficile pour les indicateurs on-chain traditionnels comme pour les économistes classiques.
Au programme
- Nouriel Roubini a qualifié le Bitcoin de « mère de toutes les bulles » en 2018, alors que l’actif valait environ 6 000 $ (Bloomberg, 2018) et vaut aujourd’hui plus de 100 000 $.
- Warren Buffett a comparé le Bitcoin à du « poison de rat au carré » en 2018 ; Berkshire Hathaway n’a jamais pris position sur l’actif.
- Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, depuis allié au marché crypto institutionnel, a qualifié le Bitcoin de « fraude » en 2017, avant que JPMorgan ne développe ses propres services crypto dès 2021.
Roubini : la « mère de toutes les bulles » qui ne crève pas
Nouriel Roubini, économiste de l’Université de New York surnommé « Dr Doom » après avoir anticipé la crise de 2008, a multiplié les attaques contre le Bitcoin. En octobre 2018, il déclare devant le Sénat américain que le Bitcoin est « la mère de toutes les bulles ». L’actif se négocie alors autour de 6 000 $. Quatre ans plus tard, il dépasse 60 000 $.
Roubini a également affirmé que la blockchain n’avait aucune utilité réelle et que les cryptos n’étaient qu’un outil de spéculation et d’évasion fiscale. Ses arguments ont nourri le débat, mais les faits les ont contredits. Le Bitcoin a traversé plusieurs cycles baissiers sévères sans disparaître. Sa capitalisation boursière dépasse aujourd’hui plusieurs milliers de milliards de dollars selon CoinGecko.
Ce qui rend l’erreur de Roubini particulièrement visible, c’est son calendrier. Chaque déclaration apocalyptique coïncide avec un creux de marché, non un sommet. Il a répété ses prédictions en 2020, en 2022, sans jamais réviser sa thèse fondamentale face aux données.
Krugman : vingt ans de scepticisme persistant
Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, a publié en 2013 une tribune dans le New York Times affirmant que le Bitcoin ne pouvait pas fonctionner comme monnaie d’échange. Il a comparé la crypto à un retour en arrière vers l’économie du troc. Sa position n’a pas changé depuis. En 2021, il écrit encore dans le New York Times que l’écosystème crypto ressemble à une répétition de la crise des subprimes (New York Times, 2021).
Pourtant, des millions de transactions Bitcoin s’effectuent chaque jour. Des pays comme El Salvador ont adopté le Bitcoin comme monnaie légale en 2021. Des entreprises du Fortune 500 l’inscrivent à leur bilan. Krugman n’a jamais révisé publiquement ses analyses malgré ces évolutions.
Son angle d’attaque repose sur un argument monétaire classique : sans valeur intrinsèque, une monnaie ne peut pas survivre. Mais cet argument ignore la valeur de réseau et les données d’adoption mesurables. Des analyses comme celles de Glassnode montrent que plus de 78 % de la supply Bitcoin est aujourd’hui illiquide, signe d’une détention à long terme massive, pas d’une spéculation pure.
Buffett et Munger : le « poison de rat » qui rapporte des millions
Warren Buffett a prononcé la formule la plus célèbre contre le Bitcoin lors de l’assemblée annuelle de Berkshire Hathaway en 2018 : il a qualifié l’actif de « poison de rat au carré ». Son associé Charlie Munger, décédé en 2023, est allé plus loin en comparant la crypto à de la « fiente de diable » et en appelant à son interdiction totale.
Ces déclarations ont eu un retentissement mondial. Buffett est la référence absolue de l’investissement value. Pourtant, Berkshire Hathaway a investi en 2022 dans Nubank, la néobanque brésilienne qui propose des services crypto à ses clients. Un signal contradictoire difficile à ignorer.
L’ironie est double. Pendant que Buffett refusait le Bitcoin, des dizaines de milliers d’investisseurs particuliers qui ont acheté entre 2018 et 2020 ont multiplié leur mise par dix ou davantage. Les plus gros holders de Bitcoin en 2026 incluent aujourd’hui des fonds souverains, des sociétés cotées et même des gouvernements. L’argument de Buffett, centré sur l’absence de production de valeur, n’a pas suffi à empêcher l’adoption institutionnelle massive.
Dimon : de « fraude » à banquier crypto
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, a déclaré en septembre 2017 que le Bitcoin était une « fraude » et qu’il renverrait tout employé qui en achèterait. Il a prédit que l’actif s’effondrerait et comparé sa trajectoire à la tulipomanie du XVIIe siècle. La déclaration a fait chuter le cours du Bitcoin de plusieurs points de pourcentage en quelques heures, selon les données Bloomberg de l’époque.
La suite a démenti chaque élément de cette analyse :
- JPMorgan a lancé le JPM Coin, son stablecoin interne, dès 2019.
- La banque a ouvert un accès aux ETF Bitcoin pour ses clients en 2021.
- JPMorgan publie régulièrement des analyses de marché crypto signées par ses économistes.
- Dimon lui-même a reconnu en 2021 s’être « trompé » sur le Bitcoin, tout en maintenant son scepticisme personnel.
Cette trajectoire illustre la dissonance entre les déclarations publiques et les décisions opérationnelles. Dimon continue de qualifier le Bitcoin d’actif spéculatif, mais sa banque en tire des revenus. Le gouvernement américain figure lui-même parmi les grandes baleines BTC, ce qui rend la position des régulateurs et des banquiers encore plus ambiguë.
Stiglitz : interdire ce qu’on ne comprend pas
Joseph Stiglitz, autre lauréat du Nobel d’économie, a adopté la position la plus radicale. En 2017, il a déclaré au micro de Bloomberg TV que le Bitcoin devrait être « mis hors-la-loi » parce qu’il ne sert qu’à contourner les régulations. Sa thèse : si le Bitcoin fonctionne, c’est uniquement parce qu’il permet l’opacité, et cette opacité est un problème social.
Cet argument a vieilli difficilement. Les outils d’analyse on-chain se sont considérablement développés. Des sociétés comme Chainalysis ou TRM Labs permettent aujourd’hui de tracer la majorité des transactions Bitcoin. Le rapport Chainalysis Crypto Crime Report 2024 montre que la part des transactions illicites dans le volume total crypto reste marginale, inférieure à 1 %.
Stiglitz n’a pas été le seul à appeler à l’interdiction. Des banques centrales, des ministres des finances et plusieurs gouvernements ont tenu le même discours. Résultat : le Bitcoin a survécu aux interdictions partielles en Chine, en Inde et dans plusieurs autres pays. Plus de 53 % de sa supply reste immobile depuis au moins deux ans, selon les données on-chain, signe que les détenteurs ne vendent pas sous la pression réglementaire.
En résumé
Ces cinq erreurs de prédiction partagent un point commun : elles sous-estiment la résilience des réseaux décentralisés face aux dynamiques institutionnelles. Les prochaines années vont tester de nouveaux seuils. ARK Invest projette un Bitcoin à 730 000 $ d’ici 2030 dans son scénario haussier, en s’appuyant sur l’adoption par les fonds de pension et les ETF spot. Si ce scénario se matérialise même partiellement, la liste des prédictions ratées s’allongera encore. Les économistes qui persistent dans leurs analyses de 2017 devront, eux aussi, réviser leurs modèles face aux données.
Roubini a-t-il jamais changé d’avis sur le Bitcoin ?
Non. Nouriel Roubini maintient sa position sceptique malgré les multiples cycles haussiers. En 2022, il a légèrement nuancé son discours en reconnaissant que certains actifs numériques pourraient jouer un rôle de réserve de valeur partielle, sans jamais se rétracter sur le fond de ses prédictions d’effondrement.
Jamie Dimon a-t-il vraiment dit que le Bitcoin était une fraude ?
Oui. En septembre 2017, Jamie Dimon a qualifié le Bitcoin de « fraude » lors d’une conférence bancaire. Il a partiellement nuancé cette déclaration en 2021. JPMorgan propose aujourd’hui des produits et services liés à la crypto, ce qui rend sa position initiale d’autant plus contradictoire. Retrouvez les données sur les grands détenteurs de Bitcoin en 2026 pour mesurer l’ampleur de l’adoption institutionnelle.
Ces prédictions ratées ont-elles eu un impact réel sur le cours du Bitcoin ?
Temporairement, oui. La déclaration de Dimon en 2017 a provoqué une baisse de plusieurs points de pourcentage du cours en quelques heures selon Bloomberg. Mais l’impact s’est toujours révélé limité dans le temps. Bitcoin a systématiquement récupéré ces pertes à court terme et atteint de nouveaux sommets dans les mois ou années qui suivaient.
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