Le Hash Ribbons a été conçu en 2019 par Charles Edwards, fondateur de Capriole Investments, pour repérer les capitulations de mineurs sur le bitcoin. Sur TradingView, la fin d’une capitulation s’affiche sous la forme d’une pastille bleue que beaucoup lisent comme un signal d’achat.
La question posée ici en 2022 reste la bonne : cette pastille mérite-t-elle la confiance qu’on lui accorde ? Nous avons recalculé l’indicateur sur trois ans de données de hashrate, puis mesuré ce qu’a fait le prix après chaque signal. Le résultat nuance sérieusement la légende.
Ce que mesure vraiment le Hash Ribbons
Le calcul tient en deux moyennes mobiles simples du hashrate : 30 et 60 jours. Quand la moyenne à 30 jours passe sous celle à 60 jours, la puissance de calcul décroche, signe que des machines s’éteignent faute de rentabilité. C’est la capitulation. Le recroisement inverse marque sa fin.
Un détail que la plupart des utilisateurs ignorent : Edwards n’a jamais présenté ce recroisement comme un signal d’achat à lui seul. Il exige une confirmation de prix, sous la forme d’un croisement haussier de la moyenne 10 jours au-dessus de la moyenne 20 jours du cours. C’est cette version complète que nous avons testée.
L’indicateur ne dit donc rien du prix. Il décrit la santé économique du minage, une industrie dont les cycles de rentabilité sont liés au coût de l’électricité et au halving plus qu’aux mouvements de marché à court terme.
Treize signaux en trois ans, et un seul vraiment bon
Sur 1 096 jours de hashrate (août 2023 à août 2026), nous comptons seize recroisements bruts et treize signaux distincts une fois la confirmation de prix appliquée. Voici ce que le bitcoin a fait dans les trente jours qui ont suivi chacun d’eux.
Trois signaux sur douze mesurables terminent en positif à trente jours, avec une performance médiane de -2,3 %. À quatre-vingt-dix jours, le bilan s’équilibre : six positifs sur dix, médiane de +3,1 %. À cent quatre-vingts jours, quatre sur neuf seulement restent gagnants.
Un seul signal se détache franchement : celui du 16 octobre 2024, suivi de +34,6 % en un mois. Les onze autres oscillent entre le bruit et la perte sèche, dont -24,8 % après le signal du 11 mai 2026.
Pourquoi la pastille se déclenche aussi souvent
L’article de 2022 tablait sur une ou deux occurrences par an. La réalité récente tourne plutôt autour de quatre. La cause est mécanique : le hashrate est devenu beaucoup plus volatil qu’à l’époque où l’indicateur a été calibré.
Les coupures de charge au Texas, les migrations de fermes, le renouvellement accéléré des ASIC et le basculement d’une partie du parc vers l’hébergement de calcul IA font bouger la puissance de calcul de plusieurs pour cent en quelques jours. Deux moyennes mobiles de 30 et 60 jours se croisent alors sur du bruit.
Plusieurs croisements s’inversent d’ailleurs en un à trois jours seulement, en février, mars et mai 2025, puis en juillet 2026. Sur un graphique historique, ces allers-retours disparaissent visuellement ; sur un portefeuille, ils coûtent cher.
Reste le vrai mérite de l’indicateur, qui n’est pas contestable : il a correctement pointé les grands creux de cycle, de 2015 à 2022. Entre deux creux majeurs, en revanche, il produit surtout du signal parasite.
Où en est le minage début août 2026
Les chiffres actuels sont ceux d’une capitulation profonde. Le hashrate tourne autour de 955 EH/s et la difficulté a reculé de 19 % depuis son sommet du 29 octobre 2025. Douze ajustements négatifs se sont enchaînés depuis, dont -11,2 % le 7 février 2026 et -10,1 % le 14 juin.
Au 4 août, la moyenne à 30 jours reste sous celle à 60 jours : l’indicateur est toujours en capitulation, sans pastille bleue. CoinShares estimait en mars 2026 que 15 à 20 % de la flotte mondiale tournait à perte, une pression que la chute de la difficulté ne suffit pas encore à absorber.
Cette configuration ressemble aux précédents épisodes de capitulation des mineurs, à une différence près : une partie des acteurs ne revient plus au minage de bitcoin après avoir converti ses sites, ce qui pourrait allonger la sortie de crise.
Comment s’en servir sans se piéger
Trois règles simples découlent de ces chiffres. D’abord, ne jamais utiliser le Hash Ribbons seul : croisé avec le MVRV Z-Score, le CBBI ou l’indice Fear and Greed, il devient une brique parmi d’autres plutôt qu’un déclencheur.
Ensuite, se rappeler qu’il ne produit aucun signal de vente. Une stratégie qui n’a pas de règle de sortie n’est pas une stratégie. Les indicateurs on-chain classiques et les plateformes d’analyse comblent en partie ce vide.
Enfin, l’horizon compte. Juger une pastille bleue à trente jours revient à mesurer un indicateur de cycle avec une règle de trader. Pour un investisseur de long terme, un plan de DCA chiffré avec un calculateur dédié reste plus robuste que l’attente du bon signal.
Sources
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ÉCONOMIE & MACROPCE : l'inflation core stagne à 3,3 %, la Fed attendue