Le CBBI, pour ColinTalksCrypto Bitcoin Bull Run Index, répond à une question que le prix seul ne tranche jamais : où en est le Bitcoin dans son cycle ? Là où la plupart des jauges mesurent l’humeur du marché au jour le jour, celle-ci agrège 9 indicateurs on-chain et techniques en un score unique de 0 à 100. Au 3 août 2026, ce score s’établit à 33,6, contre un pic de 94 atteint en juillet 2025.
Au programme :
- Le CBBI moyenne 9 métriques distinctes, dont le MVRV Z-Score, le Puell Multiple et le Reserve Risk.
- Aux trois derniers sommets de cycle, il a affiché 100, 99 puis 94 ; aux trois creux, 0,5, 3,9 et 2,5.
- Son défaut structurel : en 2021, il a plafonné neuf mois avant le véritable sommet de prix.
- Il se lit en mois quand le Fear & Greed Index se lit en jours : les deux ne répondent pas à la même question.
Qu’est-ce que le CBBI exactement ?
Le CBBI est un indice composite créé par ColinTalksCrypto, un analyste et vidéaste qui suit les cycles du Bitcoin depuis 2017. Son implémentation Python officielle est signée Kamil Monicz, développeur connu sous le pseudonyme Zaczero, et publiée sous licence AGPL v3.
Cette ouverture du code constitue le principal argument de l’indice face aux jauges propriétaires : chaque calcul est auditable, reproductible, et n’importe qui peut relancer la série complète sur sa propre machine. Les données brutes sont également exposées en JSON, ce qui explique pourquoi l’indice se retrouve intégré dans de nombreux tableaux de bord tiers.
Le score répond à une formulation volontairement étroite, affichée en toutes lettres sur la page officielle : la confiance que le marché se trouve au sommet de son cycle haussier. Un score de 100 ne dit pas que le Bitcoin va chuter demain ; il dit que neuf indicateurs indépendants pointent simultanément vers une zone de surchauffe historique.
Comment se calcule le CBBI ?
L’indice est la moyenne de 9 métriques, chacune normalisée sur une échelle de 0 à 100 avant agrégation. Le moteur applique en amont une régression linéaire sur les sommets et les creux successifs, afin de tenir compte des rendements décroissants d’un cycle à l’autre, sans cette correction, aucun indicateur calibré sur 2013 ne serait exploitable en 2026.
Voici les neuf composantes, avec leur lecture au 3 août 2026 :
| Métrique | Ce qu’elle mesure | Valeur |
|---|---|---|
| Pi Cycle Top | Croisement de deux moyennes mobiles longues | 38,7 |
| RUPL / NUPL | Profit latent de l’ensemble des détenteurs | 34,0 |
| RHODL Ratio | Rapport entre pièces jeunes et pièces anciennes | 46,4 |
| Puell Multiple | Revenu des mineurs face à sa moyenne annuelle | 69,8 |
| 2 Year Moving Average | Écart au multiple de la moyenne 2 ans | 43,6 |
| Trolololo Trend Line | Régression logarithmique historique du prix | 14,2 |
| MVRV Z-Score | Écart entre capitalisation de marché et réalisée | 13,8 |
| Reserve Risk | Confiance des détenteurs longs face au prix | 17,0 |
| Top Cap vs CVDD | Bornes de valorisation dérivées des flux | 25,4 |
Cette dispersion est instructive en elle-même. Le Puell Multiple, à 69,8, signale une pression déjà nourrie sur les mineurs, alors que le MVRV Z-Score et le Trolololo, sous 15, décrivent un marché encore loin de toute euphorie. La moyenne à 33,6 masque donc un désaccord réel entre les composantes, un détail que le score isolé ne restitue jamais.
Plusieurs de ces métriques sont détaillées ailleurs sur le site, notamment le MVRV Z-Score et l’ensemble des indicateurs on-chain de valorisation.
Que valent réellement les seuils du CBBI ?
L’usage documenté veut qu’un score sous 10 corresponde à une zone d’accumulation historique et qu’un score au-dessus de 85 signale une surchauffe. Ces bornes ne sortent pas d’une théorie : elles sont dérivées de ce que l’indice a effectivement affiché aux points de retournement passés.
La régularité de la borne haute est frappante : 100 en décembre 2017, 99 en février 2021, 94 en juillet 2025. Celle de la borne basse l’est tout autant, avec 0,5 en janvier 2015, 3,9 en décembre 2018 et 2,5 en novembre 2022.
Mais le cycle en cours brise cette symétrie. Le point bas de 2026 s’établit à 25,2 le 30 juin, alors que le Bitcoin cotait 58 525 $. Un investisseur appliquant mécaniquement la règle des 10 n’aurait donc procédé à aucun achat depuis novembre 2022, un rappel utile que ces seuils décrivent le passé sans le garantir.
Ce que le CBBI a vraiment signalé aux sommets
C’est ici que l’indice montre sa vraie nature, et le détail est rarement mentionné. En février 2021, le CBBI atteint 99 : le Bitcoin vaut alors 53 952 $. Le sommet de prix de ce cycle n’interviendra que le 10 novembre suivant, à 64 756 $, et le CBBI n’y affichera plus que 86,3.
Autrement dit, l’indice a saturé neuf mois avant le sommet réel, puis a reflué pendant que le prix continuait de grimper de 20 %. Quiconque aurait tout vendu au premier signal aurait manqué la dernière jambe de hausse.
Le cycle suivant a resserré cet écart. Le CBBI culmine à 94 le 17 juillet 2025, à 119 502 $, et le sommet historique tombe le 6 octobre 2025 à 124 824 $, l’indice étant encore à 90,8 ce jour-là. Trois mois d’avance au lieu de neuf, et une zone haute qui est cette fois restée haute jusqu’au retournement.
La leçon pratique est constante d’un cycle à l’autre : le CBBI identifie correctement les zones, jamais les dates. Il indique qu’on entre dans un territoire dangereux, pas que le sommet est atteint.
CBBI ou Fear & Greed Index : que choisir ?
La comparaison est fréquente, mais les deux outils ne mesurent pas la même chose. Le Fear & Greed Index d’Alternative.me capte le sentiment court terme à partir de la volatilité, du volume, des réseaux sociaux et de la dominance du Bitcoin. Il bouge de vingt points en une semaine sans difficulté.
Le CBBI, lui, repose majoritairement sur des données de chaîne à évolution lente : profit latent des détenteurs de long terme, âge des pièces, revenus des mineurs. Sa pente se compte en mois. Le 4 août 2026, l’écart est parlant : le Fear & Greed affiche 25, soit une peur extrême, quand le CBBI reste à 33,6.
Cette divergence n’est pas une contradiction. Elle indique un marché nerveux à court terme mais structurellement à mi-parcours de sa contraction. Les deux jauges répondent à deux horizons distincts, et l’analyse gagne à les croiser plutôt qu’à les opposer, comme lors des épisodes où l’indice Fear & Greed est tombé à 17.
| Critère | CBBI | Fear & Greed Index |
|---|---|---|
| Horizon | Cycle complet, plusieurs mois | Quelques jours |
| Données | 9 métriques on-chain et techniques | Volatilité, volume, réseaux sociaux |
| Actif couvert | Bitcoin uniquement | Marché crypto au sens large |
| Code | Ouvert, AGPL v3 | Méthodologie publiée, code fermé |
| Fréquence | Deux fois par jour | Quotidienne |
Les limites à connaître avant de s’y fier
Trois réserves méritent d’être posées. La première est méthodologique : les 9 métriques ne sont pas indépendantes. Le MVRV Z-Score, le RUPL et le Top Cap partagent une bonne part de leur construction sous-jacente, ce qui donne mécaniquement plus de poids à la famille des indicateurs de valorisation qu’à celle de l’activité des mineurs.
La deuxième tient à la nature même des séries longues. Chaque cycle du Bitcoin a produit une amplitude plus faible que le précédent, et le score le reflète : 100, puis 99, puis 94. Rien ne garantit que la prochaine borne haute atteindra 85.
La troisième est celle que rappelle l’auteur de l’indice lui-même dans la FAQ officielle :
« Le CBBI est un outil, reposant sur 9 métriques de qualité, mais ce n’est pas Dieu. »
L’indice est d’ailleurs explicitement présenté comme étant en version bêta, avec des composantes susceptibles d’évoluer. Il ne formule aucune recommandation d’achat ou de vente, ce que sa page officielle précise sans ambiguïté.
Comment consulter et utiliser le CBBI
L’indice est accessible gratuitement sur le site de ColinTalksCrypto, où chaque métrique peut être désactivée individuellement pour observer l’effet sur la moyenne. Les données sont rafraîchies deux fois par jour, certaines composantes n’étant mises à jour qu’une fois par 24 heures. Un compte automatisé publie par ailleurs le score quotidien.
Pour un investisseur en DCA, la lecture la plus défendable consiste à moduler l’intensité des versements plutôt qu’à entrer et sortir du marché. Pour une lecture plus complète, le croisement avec d’autres jauges reste indispensable, qu’il s’agisse des métriques des détenteurs long terme, des plateformes d’analyse on-chain ou des bases de l’analyse technique.
Enfin, l’indice reste indexé sur la mécanique du halving, dont plusieurs composantes dépendent directement. Comprendre cette mécanique est un préalable, tout comme la lecture des fondamentaux du Bitcoin.
À retenir
Le CBBI n’est ni meilleur ni pire que le Fear & Greed Index : il répond à une autre question, sur un autre horizon. Sa force tient à son ouverture et à la régularité de ses bornes historiques, entre 94 et 100 aux sommets, sous 4 aux creux jusqu’en 2022.
Sa faiblesse est tout aussi documentée : il sature avant le sommet de prix, de neuf mois en 2021 et de trois mois en 2025. Et le creux de 25 relevé en juin 2026 montre que les seuils d’hier ne se reproduisent pas mécaniquement. À traiter comme une boussole de cycle, jamais comme un signal d’exécution.
Questions fréquentes
Que signifie concrètement un CBBI à 33 ?
Un score de 33 indique que la moyenne des 9 métriques place le Bitcoin dans la moitié basse de son cycle, sans être en zone d’accumulation historique. Concrètement, le marché n’est ni en surchauffe ni au plus bas selon les critères de l’indice.
Le CBBI fonctionne-t-il pour les autres cryptomonnaies ?
Non. Toutes ses composantes sont calculées sur des données propres à la chaîne Bitcoin, comme le revenu des mineurs ou l’âge des pièces. Aucune version officielle n’existe pour l’Ethereum ou les altcoins.
Le CBBI est-il gratuit ?
Oui, entièrement. Le site est consultable sans compte, les données brutes sont exposées publiquement, et le code de l’implémentation Python est distribué sous licence AGPL v3 sur GitHub.
Quelle différence avec le Pi Cycle Top ?
Le Pi Cycle Top est l’une des 9 composantes du CBBI, pas un concurrent. Il repose sur le croisement de deux moyennes mobiles et a historiquement marqué les sommets à quelques jours près, mais il ne dit rien des creux.
À quelle fréquence faut-il le consulter ?
Une lecture hebdomadaire suffit largement. L’indice évolue de quelques points par semaine en régime normal, et le suivre quotidiennement expose surtout au bruit sans apporter d’information supplémentaire.
Le CBBI a-t-il déjà atteint 100 ?
Une seule fois, le 16 décembre 2017, à quelques jours du sommet de ce cycle. En février 2021 il a culminé à 99, et en juillet 2025 à 94, illustrant l’amortissement progressif des extrêmes d’un cycle à l’autre.
Sources
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