Binance en territoire américain est une histoire tortueuse, ponctuée de batailles réglementaires. Elle a conduit le leader mondial à créer en 2019 sa division américaine pour se conformer aux exigences d’une régulation particulièrement pointilleuse. Problème : Changpeng Zhao (CZ) semblait s’y être engagé plus que de raison, au point de devenir un poids pour la plateforme d’échange US.
Un CZ encombrant pour Binance US
Les débuts n’ont pas été simples, caractérisés notamment par une direction volatile, les têtes changeant à un rythme soutenu, et des ajustements fréquents de l’offre.
Surtout, les régulateurs américains ont toujours manifesté une extrême méfiance vis-à-vis de son fondateur, actionnaire majoritaire et président, Changpeng Zhao dit « CZ ». Ils lui reprochaient principalement de ne pas avoir respecté la règle d’une séparation rigoureuse entre la plateforme centrale et l’entité US, notamment en s’intéressant de près à des transferts de fonds entre Binance US et Merit Peak, une société commerciale appartenant à CZ.
L’autonomie de l’unité US par rapport à la maison mère était également au cœur de la plainte déposée en mars 2023 par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). L’agence accusait Binance d’avoir proposé des dérivés crypto à des clients américains sans autorisation, pointant la responsabilité de CZ dans la mise en œuvre de ces produits via le recueil d’e-mails internes.
Une cession de parts pour rassurer
Ainsi bardé de soupçons d’ingérence, CZ avait décidé, avant même l’offensive judiciaire, de se délester d’une partie de ses actions selon le média américain The Information. Une initiative plutôt bien perçue par les dirigeants de Binance US, qui étudiaient depuis un moment des stratégies pour réduire la participation de Zhao dans l’échange crypto. Une implication qui, dans l’histoire de la plateforme, a toujours été problématique.
La logique était limpide. Tant que le fondateur conservait la main sur la gouvernance comme sur le capital, l’argument de l’indépendance restait fragile face aux régulateurs. Réduire son emprise constituait un signal envoyé à Washington, dans un contexte où la conformité KYC et anti-blanchiment des grandes plateformes était scrutée de très près.
Ce qui s’est passé depuis : l’épilogue judiciaire
La question posée à l’époque, calmer les autorités américaines lancées à pleine charge contre l’industrie crypto après la chute de FTX, a trouvé une réponse brutale. En juin 2023, la SEC poursuivait à son tour Binance, Binance US et CZ. Quelques mois plus tard, le dossier basculait dans une résolution d’ampleur historique.
Le 21 novembre 2023, CZ a plaidé coupable de violation du Bank Secrecy Act pour défaut de programme anti-blanchiment efficace, et a démissionné de son poste de directeur général de Binance. Selon le Department of Justice, l’entreprise a accepté de payer 4,3 milliards de dollars de pénalités, l’un des plus gros règlements jamais conclus avec une société. CZ s’est lui-même acquitté d’une amende personnelle de 50 millions de dollars.
Dans la foulée, le fondateur a abandonné ses fonctions de gouvernance chez Binance US et transféré ses droits de vote à un mandataire fin 2023. L’objectif affiché : rendre sa participation « purement économique » et séparer enfin la propriété du capital de la conduite des opérations. La cession redoutée s’est donc, en partie, matérialisée par la voie judiciaire plutôt que par un choix stratégique serein.
En 2026 : grâce présidentielle et SEC en retrait
Le décor réglementaire a radicalement changé. Après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la SEC a abandonné en mai 2025 ses poursuites contre Binance et CZ, le dossier étant classé avec une mention empêchant tout dépôt ultérieur. L’agence avait alors levé le pied sur l’ensemble de ses contentieux crypto.
Le 23 octobre 2025, Donald Trump a accordé une grâce présidentielle à Changpeng Zhao, deux ans après son plaidoyer de culpabilité et après qu’il eut purgé environ quatre mois de prison en 2024. La Maison-Blanche a présenté le fondateur comme une victime d’une prétendue « guerre contre les cryptomonnaies » menée sous l’administration précédente.
CZ reste à ce jour le principal actionnaire de Binance, mais affirme ne pas vouloir reprendre la direction opérationnelle, considérant ce chapitre comme clos. De son côté, Binance US, débarrassée du contentieux SEC, explore désormais un rapprochement bancaire et des options de charte. La trajectoire de l’affaire illustre à quel point le sort d’une plateforme crypto reste suspendu au cycle politique américain.
Ce que retiennent les investisseurs
Pour qui suit le marché, l’épisode rappelle que la gouvernance d’un exchange centralisé pèse autant que ses volumes. Une concentration excessive entre les mains d’un fondateur expose la structure à un risque réglementaire majeur, indépendant des fondamentaux de jetons comme le BNB ou le Bitcoin.
Le dénouement, marqué par un règlement de plusieurs milliards puis une grâce, montre aussi la volatilité du cadre légal. Suivre cet environnement reste indispensable, qu’il s’agisse du déploiement de MiCA en Europe, de l’essor des stablecoins ou de la concurrence des plateformes décentralisées (DEX).
Pour replacer ces évolutions dans le contexte du marché, les outils de suivi comme la heatmap des cryptomonnaies, l’indice Fear and Greed ou le panorama des ETF Bitcoin offrent une lecture plus large. Côté écosystème Binance, l’analyse fondamentale du BNB éclaire la résilience du jeton malgré les turbulences de sa maison mère. Les investisseurs en quête d’un cadre régulé en France pourront comparer les acteurs établis comme Coinhouse.
L’avis d’un professionnel agréé est recommandé avant toute décision d’investissement, l’univers crypto restant fortement exposé au risque réglementaire et à la volatilité.
Sources
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