Au moins 5 hauts fonctionnaires de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) auraient été suspendus ou écartés fin 2025 après avoir soulevé des objections sur des plateformes liées à des intérêts proches de l’administration Trump, dont Polymarket, Crypto.com et une entité associée à Gemini. L’information est révélée par le New York Times, reprise dans un article de Cointelegraph publié ce 24 mai 2026.
Pourquoi ces officiels ont-ils été mis à l’écart ?
Les fonctionnaires concernés avaient exprimé des réserves techniques précises sur plusieurs dossiers. Sur Polymarket, ils pointaient des lacunes dans les mécanismes anti-fraude. Pour Crypto.com et Gemini, ils estimaient que les conditions proposées désavantageaient les petits investisseurs et que les processus réglementaires n’avaient pas été intégralement respectés. Selon nos informations, 2 officiels ont été suspendus dès la fin 2025, et 3 autres chargés de l’application des règles crypto ont subi des sanctions simultanées. Aucun d’eux n’aurait été informé officiellement des motifs.
Ce type de frictions internes n’est pas sans précédent à Washington : la bataille entre la SEC et la CFTC pour le contrôle de la réglementation crypto alimentait déjà les tensions depuis des mois, fragilisant la cohésion de ces agences face aux dossiers sensibles.
Quel rôle aurait joué la direction de la CFTC ?
Selon le New York Times, l’ancienne présidente par intérim Caroline Pham et un conseiller senior auraient personnellement intercédé pour faciliter l’avancement des demandes de ces mêmes plateformes. Cette intervention aurait court-circuité les procédures internes habituelles d’examen.
Caroline Pham, nommée dans ce rôle sous l’administration Trump, avait déjà suscité la controverse en adoptant une posture très accommodante vis-à-vis des acteurs crypto. La CFTC avait par ailleurs proposé de créer une catégorie spécifique pour les investisseurs crypto, une initiative jugée favorable à l’industrie. Plusieurs observateurs y voyaient alors un signal d’ouverture préliminaire aux décisions qui font aujourd’hui l’objet de révélations.
Le cas Polymarket est particulièrement scruté. La plateforme de marchés prédictifs avait déjà tenté de revenir sur le marché américain après une période de blocage réglementaire, et la CFTC avait exploré l’usage de l’intelligence artificielle pour trier les dossiers d’enregistrement crypto, soulevant déjà des interrogations sur la neutralité du processus.
Quels risques pour les investisseurs particuliers ?
L’affaire soulève une question de fond : si les voix internes chargées de vérifier la conformité des plateformes sont réduites au silence, qui protège les utilisateurs retail ? Les officiels suspendus représentaient précisément cette fonction de contre-pouvoir interne.
Les plateformes concernées sont directement accessibles à des millions d’utilisateurs. Crypto.com revendique plus de 100 millions d’utilisateurs enregistrés dans le monde. Gemini, fondée par les frères Winklevoss, avait pourtant déjà fait l’objet d’une poursuite en justice de la SEC pour des pratiques jugées problématiques. Voir ces deux dossiers avancer en parallèle au sein de la CFTC, malgré des objections internes documentées, interroge la robustesse réelle du cadre de surveillance américain.
Cette situation survient alors que les banques américaines progressent vers une pleine compatibilité avec les cryptomonnaies, renforçant l’importance d’un contrôle réglementaire crédible et indépendant.
Lecture CryptoActu L’éviction de fonctionnaires après des désaccords techniques internes rappelle les dérives que les architectes de MiCA ont précisément voulu éviter en Europe : une régulation structurellement dépendante des intérêts qu’elle est censée surveiller. Aux États-Unis, le précédent créé par ces suspensions pourrait durablement dissuader les agents fédéraux de documenter leurs objections sur les dossiers politiquement sensibles.
Et pour la France ?
Les trois plateformes citées - Polymarket, Crypto.com et Gemini - sont accessibles aux résidents français. Crypto.com dispose d’un agrément MiCA en cours via sa filiale européenne, et Gemini opère sous passeport européen depuis Luxembourg. L’AMF surveille ces dossiers de près : toute défaillance du cadre de surveillance américain sur ces acteurs peut entraîner des répercussions sur la supervision coordonnée prévue par DAC8, applicable depuis le 1er janvier 2026.
À retenir
Des fonctionnaires de la CFTC auraient été sanctionnés pour avoir fait leur travail d’examen sur des plateformes liées à l’entourage présidentiel. L’enquête du New York Times place le régulateur américain sous pression, à un moment où le Congrès débat du CLARITY Act qui redistribuerait les compétences entre SEC et CFTC.
Sources
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