En 2021, la question était de savoir si les banques américaines pourraient un jour toucher aux cryptomonnaies. En 2026, la question est dépassée : les principaux obstacles réglementaires ont été levés un à un. La SEC a retiré son bulletin SAB 121 le 23 janvier 2025 via le SAB 122, libérant les banques de l’obligation de comptabiliser les cryptos en custody comme des passifs à leur bilan. (Duane Morris, 2025)
En bref
- SAB 122 (janvier 2025) : la SEC supprime l’'obligation pour les banques de comptabiliser les crypto en custody comme passif.
- Fed et FDIC (mars-avril 2025) : retrait des lettres de supervision crypto exigeant une notification préalable.
- OCC (mai 2025) : les banques peuvent acheter et vendre des actifs en custody pour clients sans approbation préalable.
- JPMorgan Kinexys règle 5 milliards de dollars par jour via des transactions tokenisées.
- Le GENIUS Act (juillet 2025) crée un cadre fédéral clair pour les stablecoins bancaires.
SAB 122 : la décision qui a tout changé pour les banques
Le SAB 121, publié par la SEC en mars 2022 sous Gary Gensler, avait créé une règle comptable sans équivalent dans le monde financier. Il forçait les banques dépositaires de cryptomonnaies pour le compte de clients à inscrire ces actifs comme des passifs à leur bilan. Cette obligation, unique aux États-Unis, rendait le custody crypto économiquement non viable pour les banques soumises aux ratios de capital de Bâle III.
Le 23 janvier 2025, la SEC a publié le SAB 122, qui abroge purement et simplement le SAB 121. Les banques peuvent désormais proposer des services de garde de cryptomonnaies sans que ces actifs clients n’'alourdissent leur propre bilan. (Duane Morris, 2025)
Le SAB 121 avait été adopté sans passage par le Congrès, ce qui avait alimenté une vive controverse. Le SAB 122 a été publié de manière tout aussi discrète. Cette séquence illustre le poids considérable que des bulletins comptables de la SEC peuvent avoir sur l’'ensemble du secteur bancaire, sans débat parlementaire.
Ce que le SAB 122 permet concrètement
Avec le SAB 122, une banque qui garde 1 milliard de dollars de Bitcoin pour ses clients n’‘a plus à inscrire 1 milliard de passif supplémentaire à son propre bilan. Seuls les risques opérationnels liés au custody restent à provisionner, comme pour n’‘importe quel service de conservation d’'actifs. Cela rend le service économiquement viable et ouvre la porte à une offre généralisée des grandes banques.
Fed, FDIC et OCC : le triple feu vert réglementaire de 2025
Le SAB 122 n’‘était que la première étape d’'un mouvement coordonné des régulateurs bancaires. En mars 2025, la FDIC a retiré ses lettres de supervision demandant aux banques une notification préalable avant toute activité crypto. La Federal Reserve a fait de même en avril 2025. (Greenberg Traurig, 2025)
Le 7 mai 2025, l’‘OCC a publié sa Lettre d’‘interprétation n°1184. Ce document autorise formellement les banques nationales à acheter et vendre des actifs en custody pour le compte de leurs clients, sans demander d’‘approbation préalable à l’'OCC à chaque nouvelle activité. (OCC, 2025)
Ces trois décisions consécutives ont mis fin à l’‘environnement d’‘incertitude qui paralysait les banques depuis 2021. Les équipes de conformité n’'ont plus à évaluer au cas par cas si chaque nouvelle fonctionnalité crypto requiert un échange préalable avec le régulateur.
Ce que ces changements signifient pour les clients des banques
En pratique, un client de Bank of America ou de Wells Fargo pourra acheter, vendre et conserver du Bitcoin directement depuis son application bancaire habituelle, sans avoir à ouvrir un compte sur un exchange séparé. Plusieurs banques régionales avaient déjà annoncé des pilotes en ce sens avant la fin 2025. Les grandes banques devraient progressivement déployer ces services à grande échelle en 2026.
JPMorgan Kinexys : 5 milliards de dollars par jour en transactions tokenisées
L’'implication des banques dans la blockchain va bien au-delà du simple custody de Bitcoin pour des clients retail. JPMorgan, via sa plateforme Kinexys (anciennement Onyx), traite désormais 5 milliards de dollars par jour en règlements tokenisés. (Coincub, 2025)
Kinexys utilise une blockchain privée pour régler des transactions interbancaires, des paiements transfrontaliers et des opérations de repo en quasi temps réel. La plateforme est active en usage commercial depuis 2023. Les volumes ont plus que doublé entre 2024 et 2025.
Citi Token Services, développé par Citigroup, est également en usage commercial en 2025. Il permet à des entreprises clientes de déplacer des fonds entre filiales mondiales via des tokens numériques réglés instantanément, éliminant les délais SWIFT habituels. Ces deux initiatives illustrent que les banques ne se contentent pas d’'offrir du custody crypto : elles reconstruisent leurs propres rails de paiement sur des bases tokenisées.
Avant 2020, aucune banque américaine systemically important (SIFI) ne proposait de service crypto à ses clients. En 2026, BNY Mellon, State Street, JPMorgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley et Citigroup ont toutes des offres crypto actives. Ce retournement en moins de six ans est sans précédent dans l’‘histoire de l’‘adoption institutionnelle d’‘une nouvelle classe d’'actifs.
Le GENIUS Act et les stablecoins bancaires
Le GENIUS Act, signé par le président Trump le 18 juillet 2025, crée un cadre fédéral direct pour les stablecoins. Les stablecoins doivent être adossés en totalité à des dollars ou des bons du Trésor, avec publication mensuelle des réserves. (White House, 2025)
Ce cadre intéresse directement les grandes banques, qui peuvent désormais émettre leurs propres stablecoins réglementés. JPMorgan avait déjà expérimenté le JPM Coin en usage interne. Le GENIUS Act ouvre la voie à des stablecoins bancaires destinés au grand public, en concurrence directe avec USDT et USDC.
Questions fréquentes
Les banques américaines peuvent-elles détenir du Bitcoin dans leur bilan propre ?
Oui, techniquement. Mais la pondération de risque de 1 250 % imposée par les normes de Bâle III (finalisées en juillet 2024, en vigueur depuis janvier 2026) rend cette option très coûteuse en capital. Les banques peuvent détenir du Bitcoin pour leurs propres comptes, mais elles doivent allouer 1 dollar de capital pour chaque dollar de Bitcoin détenu. Cela limite les incitations à en acheter massivement pour leur propre trésorerie. (Greenberg Traurig, 2025)
Quelle différence y a-t-il entre le custody crypto d’‘une banque et celui d’'un exchange ?
Une banque dépositaire offre des garanties réglementaires que la plupart des exchanges ne peuvent pas égaler : assurance FDIC sur les fonds cash associés, supervision fédérale, obligations de capital, ségrégation des actifs clients, et recours juridiques clairs en cas de faillite. En revanche, les exchanges sont souvent plus rapides à lancer de nouveaux actifs et proposent des fonctionnalités DeFi ou de staking que les banques n’'offrent généralement pas.
Quelles banques américaines proposent du custody Bitcoin en 2026 ?
BNY Mellon a été la première grande banque à proposer du custody Bitcoin, dès 2021. State Street, Goldman Sachs (via son service digital assets) et JPMorgan (via Kinexys) ont suivi. En 2025, plusieurs banques régionales comme US Bank et First Citizens ont lancé des pilotes. Le SAB 122 et la Lettre OCC 1184 ont accéléré ce déploiement. (Coincub, 2025)
Le chemin parcouru depuis 2021 est considérable. Les banques américaines sont passées d’'une posture de méfiance institutionnelle à une intégration active des actifs numériques dans leurs services. SAB 122, les retraits de supervision de la Fed et de la FDIC, la Lettre OCC 1184 et le GENIUS Act forment ensemble un écosystème réglementaire qui rend le custody crypto et les stablecoins bancaires viables. JPMorgan traite 5 milliards de dollars par jour sur sa plateforme tokenisée. Ce chiffre résume mieux que tout discours le changement de paradigme en cours.
Sources
-
HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
-
HACKS & SÉCURITÉStep Finance : un hack de 21,4 M$ blanchis via Tornado Cash