En septembre 2019, Vitalik Buterin montait sur scène à Tel Aviv pour parler d’un Ethereum encore en Proof-of-Work, dont la transition vers le Proof-of-Stake n’était qu’une promesse sur testnet. Sept ans plus tard, cette promesse est tenue, plusieurs fois. The Merge a basculé ETH en PoS en septembre 2022, supprimant 99,95 % de sa consommation énergétique. Pectra, activé en mai 2025, a franchi une nouvelle étape avec l’abstraction de compte native. Ethereum n’est plus un projet en devenir : c’est une infrastructure mondiale en production, et ses enjeux sont désormais ceux de toute infrastructure critique.

Au programme

  • La roadmap Ethereum 2019-2026 est accomplie : Merge (2022), Dencun (2024), Pectra (2025), Fusaka prévu fin 2026 (Ethereum Foundation)
  • La DeFi est passée d’une vision de Buterin à un secteur pesant plus de 90 milliards de dollars de TVL (DefiLlama)
  • Lido concentre environ 30 % des ETH stakés : la décentralisation reste le principal angle mort du réseau

Ce que Vitalik disait en 2019 : les promesses de Tel Aviv

En septembre 2019, lors de l’Ethereal Summit à Tel Aviv, Buterin exposait une feuille de route ambitieuse mais encore abstraite. Ethereum fonctionnait en Proof-of-Work, ses frais explosaient dès que le réseau était chargé, et la finance décentralisée n’était qu’une idée naissante portée par une poignée de protocoles.

Buterin avait identifié 3 chantiers prioritaires : scalabilité du réseau, transition vers le Proof-of-Stake, et confidentialité des données. Il évoquait aussi ce qu’il appelait un « Public Interest Project », un mécanisme de financement automatique et décentralisé, dont on retrouve aujourd’hui l’empreinte dans des protocoles comme Optimism RetroPGF ou les DAO de gouvernance on-chain.

« L’idée selon laquelle n’importe qui, n’importe où dans le monde, peut avoir accès à un système qui lui permet de choisir sa propre exposition financière est un atout majeur. C’est quelque chose auquel beaucoup de gens n’ont pas accès. » - Vitalik Buterin, Ethereal Summit 2019

Ces mots résonnent différemment en 2026. La DeFi représente plus de 90 milliards de dollars de TVL et des protocoles comme Aave ou Uniswap traitent des milliards de dollars par semaine sans intermédiaire. Le rêve d’accès financier universel s’est partiellement matérialisé, avec les frictions qui subsistent.

Comment Ethereum a-t-il exécuté sa roadmap entre 2020 et 2025 ?

La transition s’est faite en plusieurs phases distinctes, chacune ciblant un problème précis. La Beacon Chain, lancée en décembre 2020, a posé les fondations du Proof-of-Stake sans toucher au réseau principal. The Merge, en septembre 2022, a fusionné les 2 chaînes : Ethereum a abandonné le minage et réduit sa consommation énergétique de 99,95 % en une nuit, selon les données publiées par la Fondation Ethereum.

Shanghai/Capella, en avril 2023, a permis aux validateurs de retirer leurs ETH stakés pour la première fois depuis 2020, levant un blocage qui pesait sur la confiance des institutionnels. L’upgrade Dencun, en mars 2024, a introduit les blob transactions via EIP-4844 : les frais sur les réseaux L2 comme Arbitrum, Base ou Optimism ont chuté d’un facteur 10 à 100 du jour au lendemain. C’est ce changement, plus que le Merge, qui a rendu l’expérience utilisateur quotidienne viable sur Ethereum.

Pectra, activé en mai 2025, a poussé 2 avancées majeures. L’EIP-7702 apporte l’abstraction de compte native : un wallet ordinaire peut désormais exécuter des transactions complexes comme un smart contract, sans migration. L’EIP-7251 monte le plafond des validateurs de 32 à 2 048 ETH, simplifiant considérablement la gestion pour les grands opérateurs de staking.

Roadmap Ethereum 2020-2026 Chronologie des mises à jour majeures d'Ethereum : Beacon Chain (décembre 2020), The Merge (septembre 2022), Shanghai (avril 2023), Dencun (mars 2024), Pectra (mai 2025), Fusaka (2026 prévu). Beacon Chain Déc. 2020 The Merge Sept. 2022 Shanghai Avr. 2023 Dencun Mars 2024 Pectra Mai 2025 Fusaka 2026 prévu Roadmap Ethereum 2020-2026 Source : Ethereum Foundation, 2025

La prochaine étape, Fusaka, est attendue pour fin 2026. Elle introduira PeerDAS et les verkle trees, jetant les bases d’un Ethereum sans état (stateless), où les nœuds n’auront plus besoin de stocker l’intégralité de l’historique de la chaîne pour valider des transactions. C’est une évolution qui concerne la décentralisation à long terme du staking Ethereum plus que les frais ou la vitesse à court terme.

Quelle est la vision de Buterin sur Ethereum en 2026 ?

Vitalik Buterin n’est plus directeur technique de l’Ethereum Foundation au sens opérationnel. Il occupe désormais le rôle de « researcher emeritus », publiant des analyses et orientant la recherche sans gérer les équipes au quotidien. Sa voix reste centrale, mais le projet est devenu trop vaste pour un seul homme.

Sa vision 2026 tient en quelques axes clairs. Ethereum doit rester la couche de règlement (settlement layer) : sécurisée, décentralisée, conservatrice dans ses évolutions. La vitesse et l’expérience utilisateur sont déléguées aux L2, des réseaux comme Arbitrum, Base, zkSync, Linea ou Scroll, qui traitent les transactions en quelques secondes pour quelques centimes grâce aux avancées de Dencun.

Sur la confidentialité, Buterin pousse activement le concept de Privacy Pools. Ce mécanisme permettrait de prouver l’honnêteté d’une transaction sans révéler son origine, en combinant des ZK-proofs et une liste blanche d’adresses conformes. C’est l’héritier direct de ce qu’il évoquait en 2019 avec les ZK-SNARK et le protocole Aztec, mais avec une maturité technique enfin suffisante pour envisager un déploiement réel.

Lecture CryptoActu La trajectoire de Buterin entre 2019 et 2026 illustre un changement de posture rare dans l’écosystème crypto. En 2019, il portait Ethereum comme un projet technique à accomplir. En 2026, il en est devenu le philosophe, écrivant sur les implications sociales des réseaux décentralisés pendant que d’autres exécutent. C’est une forme de maturité institutionnelle que peu de fondateurs de protocoles ont su opérer sans fracture.

Pourquoi la concentration du staking menace-t-elle la décentralisation ?

Le staking d’ETH a explosé depuis The Merge : plus de 32 millions d’ETH sont verrouillés dans des contrats de validation. Mais cette masse soulève une question que Buterin lui-même formule régulièrement : qui contrôle réellement le réseau ?

Lido, le protocole de liquid staking dominant, représente environ 30 % de l’ensemble des ETH stakés. Un seul protocole qui pèse un tiers de la sécurité du réseau constitue un vecteur de risque systémique. Si Lido est compromis, censuré ou mal gouverné, il emporte avec lui une fraction significative de la validation d’Ethereum.

Le restaking, popularisé par EigenLayer avec un pic de TVL supérieur à 15 milliards de dollars, ajoute une couche supplémentaire de complexité. Les ETH déjà stakés garantissent non seulement la sécurité d’Ethereum, mais aussi celle de dizaines d’autres protocoles appelés AVS (Actively Validated Services). C’est du levier appliqué à la sécurité cryptoéconomique. Buterin a exprimé des réserves publiques sur ce modèle, estimant qu’il crée des interdépendances que personne ne contrôle vraiment.

Le MEV (Maximal Extractable Value), capté par des builders spécialisés qui réordonnent les transactions pour extraire de la valeur, représente un troisième point de centralisation, moins visible mais tout aussi structurel. Ces 3 dynamiques forment un triangle de risques que les prochains upgrades devront traiter pour qu’Ethereum reste fidèle à ses principes fondateurs.

Comment la DeFi a-t-elle tenu ses promesses depuis 2019 ?

La TVL de la DeFi dépasse 90 milliards de dollars en 2026 selon DefiLlama, contre quelques centaines de millions quand Buterin en parlait à Tel Aviv. Les protocoles comme Aave, Curve ou Uniswap traitent des volumes quotidiens qui rivalisent avec ceux de bourses centralisées de taille moyenne. Le rêve d’un accès financier sans intermédiaire et sans frontière s’est partiellement matérialisé.

Partiellement, car les frictions subsistent. Les frais de gas, même réduits sur les L2, restent une barrière pour les petits montants. L’interface des protocoles DeFi demeure complexe pour les nouveaux utilisateurs. Et les exploits de smart contracts continuent de coûter plusieurs centaines de millions de dollars par an à l’écosystème. La promesse est tenue dans ses grandes lignes, pas dans ses détails.

TVL DeFi globale : 2019 vs 2026 Graphique en barres comparant la valeur totale verrouillée en DeFi entre 2019 (environ 0,5 milliard de dollars) et 2026 (plus de 90 milliards de dollars), montrant la croissance massive du secteur. ~0,5 Md$ 2019 +90 Md$ 2026 TVL DeFi globale (DefiLlama, 2026)

La vision de Buterin sur un mécanisme de financement automatique des projets prometteurs trouve aujourd’hui des équivalents concrets dans Optimism RetroPGF ou les DAO de gouvernance. Le principe est identique à ce qu’il décrivait en 2019 : allouer des ressources collectives à ce qui crée de la valeur pour l’écosystème, de façon transparente et vérifiable on-chain. Pour participer à cet écosystème depuis la France, les plateformes agréées CASP sous MiCA comme Coinbase, Kraken ou Bitstamp offrent le cadre réglementaire adapté, avec des obligations déclaratives automatiques vers le fisc français depuis 2024.

Où en est le cours de l’ETH en 2026 ?

L’ETH s’échange entre 3 200 et 4 800 dollars en 2026, après avoir établi son ATH à 4 891 dollars en novembre 2021. La transition vers le PoS n’a pas déclenché l’envolée immédiate qu’espéraient certains, mais les upgrades successifs ont renforcé les fondamentaux : réduction de l’offre via le mécanisme de burn EIP-1559, rendement du staking autour de 3 à 4 % par an, adoption croissante des L2 qui génèrent des frais reversés à la L1.

Pour contextualiser : en décembre 2018, quand Buterin finalisait ses premières présentations sur Ethereum 2.0, l’ETH valait moins de 100 dollars. La trajectoire reste remarquable, même en tenant compte des 2 effondrements de marché traversés depuis. Les analystes qui suivent Ethereum pointent Fusaka comme un catalyseur potentiel pour la fin 2026, de la même façon que Dencun avait alimenté l’activité des L2 en 2024. Le cours reste corrélé à Bitcoin sur les mouvements courts, mais les métriques on-chain d’Ethereum montrent une dynamique propre de plus en plus décorrélée sur les horizons longs. Pour suivre les évolutions de prix dans ce contexte, notre analyse des ETF Ethereum institutionnels donne les repères macro les plus pertinents.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que The Merge et pourquoi est-ce important pour Ethereum ?

The Merge, activé en septembre 2022, a fait basculer Ethereum du Proof-of-Work au Proof-of-Stake. La consommation énergétique du réseau a chuté de 99,95 %. C’est la transformation la plus structurelle d’Ethereum depuis sa création : elle a supprimé le minage et confié la validation des transactions aux détenteurs d’ETH qui stakent leurs tokens.

Qu’est-ce que le restaking EigenLayer et quels risques cela représente-t-il ?

Le restaking, popularisé par EigenLayer (pic de TVL supérieur à 15 milliards de dollars), permet de réutiliser des ETH déjà stakés pour sécuriser d’autres protocoles. Cela maximise le rendement, mais crée des interdépendances : si un protocole garanti par du restaking est compromis, les ETH en garantie peuvent être perdus (slashés). Buterin a émis des réserves publiques sur ce mécanisme.

Où en est la feuille de route Ethereum après Pectra en 2025 ?

Après Pectra (mai 2025), qui a apporté l’abstraction de compte native via l’EIP-7702 et relevé le plafond des validateurs à 2 048 ETH, la prochaine étape est Fusaka, prévu pour 2026. Il introduira PeerDAS et les verkle trees, jetant les bases d’un Ethereum stateless, où les nœuds n’auront plus besoin de stocker tout l’historique de la chaîne. Notre article sur le fonctionnement du staking Ethereum détaille les implications pour les validateurs.

À retenir

Ethereum a tenu chaque promesse formulée à Tel Aviv en 2019 : transition PoS, frais L2 divisés par 100, abstraction de compte, DeFi à 90 milliards de dollars de TVL. Les prochains enjeux sont structurels : décentralisation du staking face à Lido, maîtrise du risque de restaking, et déploiement de Fusaka en 2026. La roadmap avance, les défis aussi.

Sources

Signal Haussier
Impact Mineur