DoorDash et Meta expérimentent des versements en stablecoins à grande échelle. Selon Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, ces initiatives pourraient propulser l’offre mondiale de stablecoins de 300 milliards de dollars aujourd’hui à 4 000 milliards d’ici 2030, soit une multiplication par treize en cinq ans.

Au programme

  • DoorDash teste des paiements en stablecoins pour 10 millions de livreurs dans plus de 40 pays, via Stripe (Bitwise/Wu Blockchain, 2026)
  • Meta lance des programmes similaires pour les créateurs aux Philippines et en Colombie, sur les réseaux Solana et Polygon
  • L’avantage principal des stablecoins n’est pas le coût, mais la simplification des micropaiements transfrontaliers

Comment DoorDash intègre-t-elle les stablecoins dans ses paiements ?

DoorDash travaille avec Stripe pour tester des versements en stablecoins auprès de ses livreurs, les « Dashers ». Le programme couvre 10 millions de personnes réparties dans plus de 40 pays. L’enjeu n’est pas anodin : payer des travailleurs indépendants à l’international implique des délais bancaires et des frais de conversion qui grèvent les marges et compliquent la vie des bénéficiaires.

Ce type d’architecture, où une plateforme de paiement comme Stripe sert d’intermédiaire entre une entreprise et des destinataires en stablecoins, commence à faire école. L’initiative de DoorDash s’inscrit dans un mouvement plus large d’adoption par les plateformes de l’économie dite à la tâche, où les paiements fractionnés et transfrontaliers sont la norme. L’adoption des stablecoins dans ce secteur suit d’ailleurs une trajectoire comparable à celle observée au Royaume-Uni avec sa stratégie d’encadrement des cryptomonnaies et des stablecoins.

Quel rôle joue Meta dans cette dynamique ?

Meta s’oriente vers les créateurs de contenu, segment où les paiements transfrontaliers sont également problématiques. Le groupe teste des versements en stablecoins aux Philippines et en Colombie, 2 marchés où les envois de fonds depuis l’étranger représentent une part significative du revenu des ménages. Les transactions s’appuient sur les blockchains Solana et Polygon.

Ce choix technique n’est pas anodin : Solana et Polygon offrent des frais de transaction faibles et une rapidité d’exécution compatibles avec les micropaiements. Meta ne publie pas encore de chiffres précis sur les volumes ou les montants testés, mais la géographie retenue signale clairement une stratégie d’inclusion financière plutôt qu’un positionnement sur les marchés développés.

« L’avantage principal des stablecoins est de simplifier les micropaiements mondiaux, plutôt que de réduire les coûts. » : Matt Hougan, CIO de Bitwise Asset Management (traduit de l’anglais)

Cette nuance mérite attention. Hougan ne prétend pas que les stablecoins sont moins chers que les virements bancaires dans tous les cas. Il souligne leur capacité à rendre possible ce qui était administrativement impraticable : verser quelques dollars à un créateur en Asie du Sud-Est sans passer par une banque locale. Visa avait formulé un constat similaire en favorisant l’adoption des paiements en stablecoins pour les flux internationaux.

Pourquoi la projection de 4 000 milliards de dollars est-elle crédible ?

La projection de Hougan, qui table sur une offre de stablecoins à 4 000 milliards de dollars en 2030 contre environ 300 milliards aujourd’hui, peut sembler agressive. Elle repose sur un raisonnement structurel : si des plateformes comme DoorDash ou Meta adoptent les stablecoins comme canal de paiement par défaut, les volumes transitant par ces instruments progresseront mécaniquement, sans nécessiter d’adoption spéculative de la part des utilisateurs finaux.

Les livreurs et créateurs n’ont pas besoin de « croire » aux stablecoins pour recevoir leur paiement en USDC ou en USDT. Ils reçoivent de l’argent. C’est précisément ce mécanisme d’adoption passive qui distingue ces initiatives des vagues précédentes d’enthousiasme crypto. Le marché des stablecoins connaît d’ailleurs déjà une montée en puissance notable, comme en témoigne la dynamique positive récente avec un USDT moins dominant.

Le scénario reste conditionnel : il suppose que les programmes pilotes se généralisent, que la réglementation reste favorable et que les taux de change entre stablecoins et monnaies locales demeurent stables. Trois hypothèses raisonnables, mais pas certaines.

À retenir

DoorDash et Meta transforment les stablecoins en outil de paie mondiale, pas en produit financier spéculatif. Si leurs pilotes se généralisent, la projection de Bitwise à 4 000 milliards de dollars en 2030 cesse d’être théorique. Le calendrier réglementaire américain et européen, attendu dans les prochains mois, déterminera la vitesse de déploiement.

Sources

Signal Haussier
Impact Modéré