La Commission européenne a mis sur la table un projet de taxe unifiée sur les crypto-actifs et le jeu d’argent, avec un objectif de 20 milliards d’euros de recettes sur la période 2028-2034. Un document de travail interne, révélé fin mai 2026, expose deux modèles de prélèvement distincts : et suscite déjà une vive résistance des acteurs du secteur.
Au programme
- Deux scénarios fiscaux envisagés : taxe sur les transactions (0,1 %) et taxe sur les plus-values, pour un total potentiel de 23 Md$ sur sept ans
- Patrick Hansen, directeur politique de Circle pour l’UE, prédit une fuite massive vers la DeFi et les portefeuilles non-custodial
- Un vote au Conseil européen sous présidence chypriote est attendu autour du 10 juin 2026
Deux modèles fiscaux sur la table
Le document de travail des services de la Commission détaille 2 options complémentaires. La première prévoit une taxe de 0,1 % sur la valeur des transactions crypto, avec les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) comme points de collecte. Cette option pourrait rapporter entre 3,5 et 4,7 milliards de dollars par an selon les projections officielles.
La seconde option cible les plus-values réalisées sur les crypto-actifs, pour un rendement estimé entre 1,2 et 2,8 milliards de dollars annuels. Combinées, les deux mesures atteindraient près de 23 milliards de dollars sur l’ensemble du cycle budgétaire 2028-2034 - les autorités reconnaissant elles-mêmes que ces chiffres dépendent fortement de la volatilité des marchés.
Les stablecoins utilisés comme moyen de paiement seraient vraisemblablement exclus de la taxe sur les transactions. Les tokens indexés sur le dollar échapperaient également à la taxation des plus-values, leur faible variation de cours rendant l’assiette quasi nulle.
Pourquoi les projections pourraient manquer leur cible
Patrick Hansen, responsable stratégie et politique UE chez Circle, a publiquement contesté le réalisme de ces estimations. Il identifie 3 failles structurelles dans le modèle.
D’abord, les données fiables issues de DAC8 : le cadre européen de reporting automatique des CASP entré en vigueur le 1er janvier 2026 : ne seront disponibles qu’à partir de 2027. Les projections actuelles reposent donc sur des inputs incomplets.
Ensuite, le dispositif nécessite une approbation à l’unanimité du Conseil européen et une harmonisation de la base fiscale entre États membres. La France pousse activement pour de nouvelles ressources propres à l’UE, mais des économies à forte présence d’exchanges : Malte en tête : pourraient constituer un front de résistance.
Le risque comportemental reste le plus redouté. Hansen résume :
« Une taxe sur les transactions crypto accélérerait vraisemblablement la migration vers des canaux non taxés et/ou des actifs non taxés. En pratique, cela réduirait significativement le potentiel de recettes sur lequel ces projections sont fondées. » (traduit de l’anglais)
En d’autres termes, taxer les exchanges centralisés pourrait simplement déplacer les volumes vers les protocoles DeFi, les wallets en auto-conservation ou les plateformes hors UE. Un phénomène que les régulateurs peinent encore à quantifier, faute de données exhaustives sur les flux décentralisés.
Quel calendrier pour ce projet ?
Chypre, qui assure la présidence tournante du Conseil européen, devrait présenter une proposition budgétaire révisée aux alentours du 10 juin 2026. Ce document permettra de savoir si la taxe crypto reste inscrite dans les priorités de recettes propres de l’UE.
L’enjeu dépasse la seule fiscalité crypto. La Commission cherche à diversifier ses ressources propres dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel, après les tensions politiques autour du remboursement des emprunts liés au plan de relance post-Covid. Les jeux d’argent en ligne, secteur de taille comparable, sont couplés à cette initiative dans la même enveloppe de 20 milliards d’euros.
Ce calendrier coïncide aussi avec la consultation de révision de MiCA en cours. La question de l’articulation entre le cadre prudentiel CASP et un éventuel rôle de collecteur fiscal pour ces mêmes entités n’est pas encore tranchée. Les institutionnels qui ont renforcé leur exposition aux cryptos ces derniers mois suivent le dossier de près : une hausse de la pression fiscale en Europe pourrait peser sur la capitalisation globale du secteur.
Lecture CryptoActu Le projet illustre une tension classique en fiscalité du numérique : taxer les acteurs visibles (exchanges centralisés) sans pouvoir atteindre les flux décentralisés. Si le modèle de 0,1 % de transaction tax se confirme, il pourrait paradoxalement accélérer la décentralisation de l’écosystème européen, à l’inverse de l’objectif affiché par MiCA.
À retenir
L’UE cible 20 milliards d’euros de recettes crypto et jeux entre 2028 et 2034, via deux mécanismes complémentaires. Les premières données DAC8 utilisables n’arriveront qu’en 2027. Le vote au Conseil sous présidence chypriote, prévu autour du 10 juin 2026, sera le premier test politique de ce projet.
Sources
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