Signe indubitable de l’institutionnalisation du marché des cryptos, la banque d’investissement Goldman Sachs a relancé en mars 2021 son service de négociation de dérivés crypto, qu’elle avait provisoirement activé trois ans plus tôt. Depuis, le géant de Wall Street n’a cessé d’élargir son exposition aux actifs numériques.

Au programme Le retour de Goldman Sachs sur les dérivés crypto, le contexte du bull run de 2021, les craintes de manipulation, puis l’expansion de l’offre digital assets jusqu’en 2026.

Le retour de Goldman Sachs dans les cryptos

Alors que le marché voit affluer un nombre croissant d’institutionnels et que le cycle haussier bat son plein avec un Bitcoin oscillant autour des 50 000 $, l’influente et controversée banque d’affaires américaine prépare son retour début 2021. Elle projette de rouvrir son bureau de négociation crypto dès la mi-mars.

Elle proposera, selon Reuters, des contrats à terme (engagement ferme d’achat ou de vente d’un actif à une date future, à des conditions définies à l’avance) et des contrats à terme non livrables, sa propre version de futures réglée en cash. À terme, elle envisage de ne pas se contenter de produits dérivés et d’orienter aussi son offre vers la négociation de vrais Bitcoins.

Le géant de Wall Street, qui avait déjà créé ce type de service en 2018, l’avait très vite relégué dans les cartons, invoquant trop d’incertitudes réglementaires. Il le ressort au moment opportun, se préoccupant visiblement moins d’une régulation qui se fait toujours un peu attendre, malgré quelques signes encourageants adressés aux banques commerciales américaines.

Quoi qu’il en soit, la banque d’affaires se sera jusque-là montrée plutôt frileuse. Quelques mois plus tôt, elle déconseillait encore à ses clients d’y investir le moindre kopek, affirmant que les cryptomonnaies, Bitcoin compris, ne constituaient pas une classe d’actifs pertinente. Une position d’arrière-garde qui la voit suivre les pas d’une institution encore plus ancienne qu’elle, la BNY Mellon.

Goldman Sachs a été créée en 1869. La BNY, fondée au 18e siècle, figure parmi les plus grandes banques dépositaires au monde. Elle s’est montrée plus audacieuse en lançant un service dédié aux cryptomonnaies, avec une plateforme déjà en expérimentation à l’époque. Cryptoactu détaillait alors comment la plus ancienne banque américaine se prenait de passion pour Bitcoin.

Manipulation boursière en vue

La survenue tardive de Goldman Sachs n’est pas forcément interprétée de façon positive. Un observateur patenté du marché des cryptos a aussitôt diffusé un graphique n’augurant rien de bon quant à la poursuite de la tendance haussière, avec l’entrée en lice du mastodonte financier. Le trader vétéran Peter Brandt résumait alors le sentiment des anciens du marché.

« Nous, les vétérans, avons appris que dès que Goldman Sachs entre dans une niche de marché, il est temps de protéger votre argent. »

Peter Brandt, trader, 1er mars 2021

Sauf que la configuration du marché avait changé depuis 2018. À l’époque, il était porté par les investisseurs particuliers, ce qui le rendait plus vulnérable aux manipulations des instruments financiers. En 2021, colonisé par de grands fonds institutionnels, il devient de fait moins malléable.

À court terme, un Goldman Sachs reprenant goût aux cryptos ne paraissait pas un obstacle à la poursuite haussière. À plus long terme, l’objectif restait le même. Assagir Bitcoin, le ripoliner pour en faire une classe d’actifs comme une autre et, dans la foulée, favoriser les investisseurs institutionnels au détriment des petits porteurs.

Depuis 2021 : une exposition crypto qui s’élargit

Le pari de 2021 ne s’est pas refermé. Après la relance de son bureau, Goldman Sachs a étendu son offre de dérivés crypto au-delà du seul Bitcoin. La banque a ajouté des options et des futures non livrables adossés à Ethereum, élargissant la palette d’instruments réglés en cash proposés à ses clients institutionnels.

Cette montée en puissance reste pilotée par Mathew McDermott, responsable mondial des actifs numériques de la banque. Goldman opère via des produits cash-settled adossés aux futures listés sur les marchés réglementés, une approche qui évite la conservation directe des cryptos et leurs contraintes opérationnelles.

L’appétit ne se limite pas à la salle des marchés. Selon des éléments rapportés par la presse spécialisée, environ un tiers des family offices clients de la banque avaient commencé à allouer une part de leurs avoirs aux cryptomonnaies. Le contexte a changé d’échelle après l’arrivée des ETF Bitcoin au comptant début 2024, qui ont drainé des dizaines de milliards de dollars d’encours institutionnels.

GS DAP et la tokenisation

Au-delà du trading, Goldman a développé sa propre infrastructure blockchain, baptisée GS DAP, conçue en 2021 et lancée en 2022 pour régler des actifs tokenisés. La banque a annoncé fin 2024 son intention de détacher cette plateforme pour en faire une structure indépendante, détenue par l’industrie, le temps de la séparation étant estimé à 12 à 18 mois.

En juillet 2025, BNY et Goldman ont lancé une solution permettant à des investisseurs institutionnels de souscrire et de racheter des parts de fonds monétaires via la plateforme LiquidityDirect de BNY, avec des jetons miroir créés sur GS DAP. De son côté, BNY est devenue, après revue réglementaire, l’un des principaux dépositaires des produits cotés Bitcoin et Ethereum approuvés aux États-Unis.

Le scénario redouté en 2021 s’est donc bien réalisé sur un point : les acteurs de Wall Street ont méthodiquement bâti des rails pour les institutionnels. Pour suivre ce mouvement au quotidien, le suivi du sentiment via l’indice Fear and Greed, la heatmap des cryptos ou un convertisseur crypto reste utile au lecteur cherchant à se repérer dans un marché désormais largement institutionnalisé.

Sources

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