Moins de 1% des transactions en cryptomonnaies impliquent des activités illicites, selon les données de Chainalysis. Ce chiffre, confirmé par une étude de 2021 commandée par le Crypto Council for Innovation et co-rédigée par Michael Morell, ancien directeur par intérim de la CIA, contraste radicalement avec les déclarations de nombreux responsables politiques. L’étude va plus loin : elle propose la blockchain comme outil de lutte contre la criminalité financière.
En bref
- Moins de 1% des transactions crypto impliquent des activités illicites, selon Chainalysis
- Les monnaies fiduciaires représentent entre 2 et 5% du PIB mondial de blanchiment, selon le FMI, soit 800 à 2 000 milliards de dollars par an
- Michael Morell a co-rédigé l’étude après avoir partagé les mêmes préjugés que les dirigeants politiques qu’il critique
- Le registre public et immuable de la blockchain est décrit comme « un outil médico-légal sous-utilisé » par les forces de l’ordre
- L’étude souligne le risque géopolitique pour les Etats-Unis face à la Chine si la peur de l’illicite freinait l’adoption technologique
Qui est Michael Morell et pourquoi son étude fait-elle autorité ?
Michael Morell a passé 33 ans à la CIA, dont des postes de directeur par intérim à deux reprises. Son parcours dans le renseignement et l’analyse géopolitique lui confère une crédibilité rare sur les questions de financement illicite. Ce qui rend son étude particulièrement remarquable, c’est l’aveu d’entrée : il partageait lui-même, avant d’entreprendre ce travail, les préjugés des responsables politiques qu’il finit par contredire.
[INTERNAL-LINK: régulation Bitcoin et criminalité -> études et données sur l’utilisation criminelle réelle des cryptomonnaies]
L’étude, co-écrite par Josh Kirshner et Thomas Schoenberger, a été commandée par le Crypto Council for Innovation, un lobby réunissant notamment Coinbase, Fidelity et Square. Cette origine aurait pu entacher son indépendance, mais la démarche intellectuelle de Morell, qui reconnaît avoir changé d’avis sur la base des preuves collectées, renforce sa valeur analytique. Il s’est appuyé sur des consultations menées auprès d’experts des services financiers, des systèmes de paiement, du renseignement mondial et d’anciens hauts fonctionnaires.
[UNIQUE INSIGHT] L’argument le plus fort de l’étude de Morell n’est pas statistique mais méthodologique. Il démonte non pas seulement les chiffres avancés par les dirigeants politiques sur les cryptos criminelles, mais leur absence totale de chiffres et de méthodologie. La « sagesse conventionnelle » sur le Bitcoin comme vecteur de financement illicite reposait sur des affirmations répétées, jamais sur des données vérifiables. C’est cette distinction entre perception et preuve qui donne à l’étude sa portée durable.
Que disent réellement les données sur les cryptos et la criminalité ?
Les chiffres sont sans appel. Moins de 1% des transactions en cryptomonnaies impliquent des activités criminelles, selon les analyses de Chainalysis, CipherTrace et Elliptic. À titre de comparaison, le FMI estime que le blanchiment d’argent via les monnaies fiduciaires représente entre 2 et 5% du PIB mondial, soit entre 800 et 2 000 milliards de dollars annuellement. Europol ajoute qu’environ 1% des richesses de l’Union européenne serait impliqué dans des activités financières suspectes, l’équivalent du budget annuel de l’UE.
La croyance commune selon laquelle Bitcoin est à la fois principalement et de plus en plus utilisé à des fins de financement illicite est non informée et non basée sur des données. Il n’y a pas de chiffres ni de méthodologies la soutenant.
Michael Morell, « Une analyse de l’utilisation de Bitcoin dans le financement illicite », 2021
Ces données avaient été relayées de façon répétée par l’ensemble de la communauté crypto. L’apport de Morell n’est pas de les découvrir, mais de les valider par une voix qui n’était pas déjà acquise à la cause. Janet Yellen, Christine Lagarde et d’autres responsables avaient martelé la thèse des cryptos criminelles sans jamais citer les données qui la contredisaient.
Pourquoi la blockchain est-elle un outil de lutte contre la criminalité ?
C’est le retournement le plus frappant de l’étude. Morell soutient que la blockchain, registre public, décentralisé et immuable, représente un outil médico-légal de valeur considérable pour les forces de l’ordre. Tracer des fonds illicites sur une blockchain publique est structurellement plus aisé que de pister des transactions bancaires traditionnelles ou du cash physique traversant les frontières.
[PERSONAL EXPERIENCE] Les analystes crypto qui avaient déjà lu les rapports Chainalysis savaient depuis 2018-2019 que la blockchain facilitait les enquêtes sur les flux criminels. L’affaire Bitfinex de 2022, où le DOJ américain a récupéré 3,6 milliards de dollars en bitcoins volés en 2016 grâce à l’analyse de la blockchain, a fourni la démonstration pratique la plus spectaculaire de cette thèse.
Le registre de la blockchain sur lequel les transactions Bitcoin sont enregistrées est un outil médico-légal sous-utilisé qui peut être utilisé plus largement par les forces de l’ordre et la communauté du renseignement pour identifier et interrompre les activités illicites.
Michael Morell, 2021
Une source citée dans le rapport va plus loin en affirmant que « si tous les criminels utilisaient la blockchain, nous pourrions éliminer les activités financières illicites ». Cette formulation provocatrice illustre l’argument central : la transparence obligatoire de la blockchain est fondamentalement hostile aux activités criminelles qui requièrent la discrétion.
Quels enjeux géopolitiques Morell soulève-t-il ?
Au-delà du débat sur la criminalité, Morell alerte sur le risque géopolitique pour les Etats-Unis. Gaspiller des ressources à poursuivre un fantôme réglementaire plutôt qu’à construire une infrastructure blockchain compétitive face à la Chine représentait, à ses yeux, une erreur stratégique. La Chine développait alors activement son yuan numérique et son infrastructure blockchain nationale.
Nous devons nous assurer que la sagesse conventionnelle erronée sur l’utilisation illicite de Bitcoin ne nous empêche pas de faire avancer les changements technologiques qui vont nous permettre de suivre le rythme de la Chine.
Michael Morell, à Forbes, 2021
Cinq ans après cette mise en garde, le débat reste pertinent. Les Etats-Unis ont finalement adopté une approche réglementaire plus structurée à partir de 2024, avec l’approbation des ETF Bitcoin spot et un cadre législatif progressivement clarifié. L’argument géopolitique de Morell a contribué à faire évoluer le discours, même si d’autres facteurs ont été déterminants.
Questions fréquentes
Comment mesure-t-on les transactions illicites en cryptomonnaies ?
Des sociétés comme Chainalysis, Elliptic et CipherTrace analysent la blockchain pour identifier les adresses associées à des activités criminelles connues : exchanges sanctionnés, marchés darknet, ransomwares, arnaques. Elles calculent ensuite la proportion de ces flux sur le total des transactions. La méthode a des limites : elle ne peut identifier que les adresses déjà connues des enquêteurs, et les techniques de mixage compliquent l’analyse. Mais elle est suffisamment robuste pour établir des ordres de grandeur fiables.
Pourquoi les dirigeants politiques répétaient-ils que les cryptos servaient au crime ?
La perception publique des cryptomonnaies comme outil criminel s’est construite sur des affaires médiatiques comme Silk Road, un marché darknet fermé par le FBI en 2013. Ces cas concrets, largement couverts par la presse, ont créé une association durable dans l’opinion. Les responsables politiques peu familiers du secteur ont souvent répété cette association sans se pencher sur les données globales. L’étude de Morell montre que même des personnalités très informées sur d’autres sujets peuvent partager des préjugés non fondés sur les cryptos.
Quel est l’état du débat en 2026 ?
Le rapport de Morell a contribué à faire évoluer le discours, mais le sujet reste politiquement sensible. Les données de Chainalysis montrent que la part des transactions illicites est restée stable sous la barre des 1% malgré la croissance massive du secteur. Les outils d’analyse blockchain se sont considérablement développés, et plusieurs agences de renseignement utilisent désormais ouvertement ces techniques pour traquer les financements illicites. La blockchain s’est imposée comme un outil d’enquête à part entière, validant l’argument central de l’étude de 2021.
Sources
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