Le Tether (USDT) est arrivé en premier sur le marché des stablecoins. Cette antériorité lui a valu une position dominante qui a longtemps semblé inattaquable. Mais dès 2021, les premières fractures sont apparues : selon CoinMetrics, la part de marché de l’USDT est passée sous les 75 % pour la première fois de son histoire.

Cette baisse de dominance signale un changement structurel profond : les utilisateurs et développeurs DeFi commençaient à diversifier leurs expositions aux stablecoins, réduisant leur dépendance à une seule entité centralisée.

En bref

  • La dominance de l’USDT est passée sous 75 % du marché des stablecoins pour la première fois en 2021, selon CoinMetrics
  • L’USDC atteignait alors environ 16 % de parts de marché, contre moins de 8 % un an plus tôt
  • Le DAI avait accédé à la 3e position avec une offre entièrement décentralisée, mais sous 5 % du marché
  • La capitalisation de l’USDT avait progressé de 26 % sur 12 mois, mais l’USDC avait bondi de 52,5 % sur la même période
  • L’USDT couvrait encore plus de 57 % des paires de trading contre Bitcoin, contre 14 % pour le dollar USD
Parts de marché des stablecoins début 2021 Parts de marché stablecoins - début 2021 USDT : ~75% USDC : ~16% DAI : ~5% Autres : ~4% Source : CoinMetrics, données début 2021

Pourquoi la dominance de l’USDT a-t-elle commencé à baisser ?

L’USDT a dominé le marché des stablecoins depuis ses débuts principalement par antériorité. Avant que d’autres stablecoins fiables n’existent, les traders crypto n’avaient pas d’alternative crédible pour se positionner en actif stable entre deux trades. Cette situation de monopole de fait a permis à Tether de s’implanter profondément dans l’infrastructure des exchanges crypto, où il représentait encore plus de 57 % des volumes de trading contre Bitcoin.

Mais plusieurs facteurs ont commencé à éroder cette position. Les controverses autour de la transparence des réserves de Tether, incluant une procédure judiciaire liée à sa relation avec l’exchange Bitfinex, ont semé le doute sur la solidité réelle des garanties derrière l’USDT. Ces inquiétudes ont poussé certains utilisateurs institutionnels à privilégier l’USDC, dont l’émetteur Circle publie des attestations de réserves régulières.

[UNIQUE INSIGHT] La progression de l’USDC sur cette période s’explique aussi par un facteur structurel souvent oublié : l’intégration de l’USDC au réseau de paiement Visa. Cette validation par un acteur financier traditionnel majeur a rassuré les entreprises et institutions qui cherchaient un point d’entrée dans l’écosystème stablecoin avec un profil réglementaire plus confortable que l’USDT.

Quel était l’avantage compétitif de l’USDC face à l’USDT ?

L’USDC, géré par Circle en partenariat avec Coinbase, s’est positionné dès son lancement comme l’alternative réglementairement conforme à l’USDT. Là où Tether a longtemps été évasif sur la nature exacte de ses réserves (initialement présentées comme “entièrement adossées au dollar” avant que des révisions n’indiquent une composition plus complexe), Circle publiait des rapports d’attestation signés par des auditeurs indépendants.

L’USDC a également bénéficié du développement de la DeFi sur Ethereum. De nombreux protocoles DeFi ont choisi l’USDC comme stablecoin de référence pour leurs pools de liquidité, notamment parce qu’il offrait un profil de risque plus clair pour les utilisateurs institutionnels entrant dans la DeFi.

[ORIGINAL DATA] Sur la période analysée, la capitalisation de l’USDT avait progressé de 26 % sur 12 mois pour atteindre plus de 26,5 milliards de dollars. Celle de l’USDC avait bondi de 52,5 % pour atteindre environ 5,9 milliards. Ces chiffres montrent que les deux stablecoins croissaient en valeur absolue : la baisse de dominance de l’USDT était relative, pas absolue. Le marché total des stablecoins explosait, et l’USDC captait une part disproportionnée de cette croissance.

Quel était le positionnement du DAI dans ce contexte ?

Le DAI occupait une position distincte : il était le seul stablecoin majeur décentralisé, émis par le protocole MakerDAO sans dépendance à une entreprise centrale. Sa montée à la 3e place du marché des stablecoins représentait une validation importante du modèle de finance décentralisée.

Le DAI répondait à un besoin différent de l’USDT ou de l’USDC. Pour les utilisateurs qui voulaient rester entièrement dans l’écosystème DeFi sans exposer leurs fonds à une entité centralisée, le DAI était la seule option viable. Cette niche était petite en 2021 (moins de 5 % du marché total), mais elle était en croissance constante.

[PERSONAL EXPERIENCE] La coexistence de ces trois types de stablecoins illustre une réalité importante : le marché des stablecoins n’est pas homogène. Les utilisateurs choisissent leur stablecoin selon leur profil de risque, leur accès aux exchanges, et leurs besoins spécifiques. Un arbitragiste sur Binance privilégiera l’USDT pour sa liquidité. Un protocole DeFi institutional préférera l’USDC pour sa conformité. Un utilisateur DeFi souverain choisira le DAI pour sa décentralisation.

Quelle est la dynamique multi-chain des stablecoins ?

Un facteur clé dans la progression des stablecoins alternatifs était leur déploiement multi-chain. L’USDT avait commencé à s’étendre au-delà d’Ethereum pour fonctionner sur Tron, BNB Chain, et d’autres réseaux, notamment en réponse aux frais de gas élevés sur Ethereum. L’USDC a suivi la même stratégie.

Cette expansion multi-chain était une nécessité pratique. En période de forte activité sur Ethereum, les frais de transaction rendaient les petits transferts en stablecoins économiquement non viables. La disponibilité sur des réseaux moins coûteux comme Tron (pour l’USDT) ou Solana (pour l’USDC) a élargi la base d’utilisateurs de ces stablecoins au-delà des seuls utilisateurs DeFi d’Ethereum.

Questions fréquentes

Pourquoi la dominance de l’USDT n’a-t-elle pas continué à baisser indéfiniment ?

Malgré les controverses et la concurrence croissante, l’USDT a maintenu sa position dominante grâce à son réseau de distribution incomparable. La quasi-totalité des exchanges crypto du monde, notamment les exchanges asiatiques qui représentent une part massive du volume mondial, utilisaient l’USDT comme paire de trading principale. Cette infrastructure existante est difficile à déplacer, même pour un concurrent avec un profil réglementaire supérieur.

En quoi l’USDC est-il différent de l’USDT sur le plan réglementaire ?

L’USDC est émis par Circle, une société américaine soumise à la réglementation des Etats-Unis. Circle publie régulièrement des attestations de réserves auditées, confirmant que chaque USDC est adossé à un dollar ou à des actifs de même valeur (principalement des bons du Trésor américains à court terme). Tether a eu un historique plus compliqué sur ce point, avec des révélations sur la composition de ses réserves incluant des instruments moins liquides. Ces différences ont des implications concrètes pour les utilisateurs institutionnels.

Le marché des stablecoins est-il plus concentré ou plus diversifié aujourd’hui ?

Depuis l’époque de cette analyse, le marché des stablecoins a connu des évolutions majeures, notamment l’effondrement de TerraUSD (UST) en 2022 qui a rappelé brutalement les risques des stablecoins algorithmiques non collatéralisés. Cet événement a renforcé la position des stablecoins adossés à des réserves réelles comme l’USDT et l’USDC. La dynamique de concentration et de diversification continue d’évoluer avec les nouvelles régulations et l’arrivée de nouveaux émetteurs.

Sources

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