En mai 2018, Vitalik Buterin annonçait sur X (alors Twitter) que « le sharding arrive », promettant des milliers de transactions par seconde sur Ethereum L1. Huit ans plus tard, la réalité est plus complexe et bien plus intéressante : Ethereum a abandonné le plan initial au profit d’une architecture en couches qui cumule entre 5 000 et 10 000 TPS effectifs sur ses réseaux L2, selon L2Beat en 2026.

Au programme

  • Le sharding à 64 fragments prévu en 2018 a été abandonné en 2020 : Vitalik Buterin a pivoté vers une approche « rollup-centric » (Ethereum Magicians, oct. 2020)
  • EIP-4844 (Dencun, mars 2024) a divisé les frais L2 par 10 à 100, passant d’environ 1 $ à 0,01-0,05 $ par transaction
  • PeerDAS et les Verkle Trees (Fusaka 2026) constituent la prochaine étape : un sharding probabiliste des données, sans fragmenter l’exécution

Qu’était le sharding originel d’Ethereum ?

En 2018, le sharding désignait un mécanisme de fragmentation de la chaîne principale en 64 shards parallèles, chacun traitant ses propres transactions. L’idée : diviser le réseau en sections plus petites, chacune soumise à un protocole de consensus allégé. En traitant en parallèle, le réseau global visait plusieurs milliers de TPS là où Ethereum atteignait péniblement 14 TPS et Bitcoin 7 TPS.

Pour valider une transaction sur une blockchain, tous les nœuds du réseau doivent exécuter et vérifier chaque opération. Ce fonctionnement garantit la sécurité mais limite mécaniquement le débit. Le sharding cassait cette contrainte en répartissant la charge entre groupes de nœuds spécialisés.

Pourquoi la feuille de route a-t-elle pivoté en 2020 ?

En octobre 2020, Vitalik Buterin a publié un message fondateur sur Ethereum Magicians intitulé « A rollup-centric Ethereum roadmap », abandonnant le sharding d’exécution. Le constat était pragmatique : les rollups L2 avaient progressé plus vite que prévu et pouvaient assurer l’exécution scalable, tandis que L1 se concentrerait sur la disponibilité des données (data availability) et le règlement final (settlement).

Ce pivot éliminait un problème redoutable : la complexité de coordination entre shards, notamment pour les appels cross-shard et la sécurité des transitions d’état. Les rollups héritaient de la sécurité d’Ethereum L1 sans fragmenter le consensus. La promesse de scalabilité restait entière, mais le chemin changeait radicalement.

Architecture Ethereum 2026 : L1 + L2 rollups Schéma montrant Ethereum L1 comme couche de règlement et disponibilité des données, alimentée par les rollups L2 (Arbitrum, Optimism, Base, ZkSync) qui traitent les transactions utilisateur. Ethereum L1 - Settlement + Data Availability 14 TPS - sécurité maximale - blobs EIP-4844 Arbitrum Optimistic Optimism / Base OP Stack ZkSync / Linea ZK-rollup Scroll / Polygon zkEVM Données compressées (blobs) Source : L2Beat, Ethereum.org, 2026

Comment fonctionne l’architecture rollup-centric en 2026 ?

Les rollups regroupent des centaines ou milliers de transactions hors chaîne, puis soumettent une preuve compressée à Ethereum L1. La couche 1 ne vérifie pas chaque transaction individuelle : elle valide la preuve (pour les ZK-rollups) ou surveille les contestations (pour les optimistic rollups). Ce modèle atteint 5 000 à 10 000 TPS cumulés sur l’ensemble des L2 actifs, selon L2Beat.

Les principaux rollups en activité en 2026 incluent Arbitrum, Optimism, Base (incubé par Coinbase), ZkSync Era, Linea, Scroll et Polygon zkEVM. Chacun hérite de la sécurité du consensus Ethereum sans reproduire son goulot d’étranglement. L’écosystème DeFi s’est largement déplacé vers ces couches, où les frais de gas restent accessibles.

Qu’a changé EIP-4844 (Dencun, mars 2024) ?

La mise à jour Dencun, déployée sur Ethereum le 13 mars 2024, a introduit l’EIP-4844, aussi appelée « Proto-Danksharding ». Elle crée un nouveau type de transaction dit « blob », un espace de stockage temporaire (environ 18 jours) dédié aux données de rollup. Ces blobs sont moins coûteux que le calldata classique car ils ne sont pas traités par l’EVM.

Résultat concret : les frais moyens sur les principaux L2 ont chuté de 10 à 100 fois. Une transaction sur Arbitrum ou Optimism, qui coûtait environ 1 dollar avant Dencun, est descendue à 0,01 à 0,05 dollar selon les conditions de réseau, selon les données d’Ethereum.org. Ce seuil rend l’utilisation quotidienne viable pour les paiements de faible montant, un objectif que le sharding originel visait sans jamais l’atteindre à temps.

Lecture CryptoActu EIP-4844 est la première implémentation concrète du « sharding des données ». Elle ne fragmente pas l’exécution (le vieux plan de 2018) mais crée un marché de données séparé pour les rollups. C’est précisément ce que Vitalik Buterin décrivait comme étape intermédiaire dans son pivot de 2020 : préparer L1 à absorber massivement des preuves compressées avant le danksharding complet.

Quelles sont les prochaines étapes avec PeerDAS et Fusaka ?

PeerDAS (Peer Data Availability Sampling) représente la prochaine étape du sharding probabiliste, attendue dans la mise à jour Fusaka en 2026. Au lieu que chaque nœud télécharge la totalité des blobs, PeerDAS permet à chaque nœud de ne vérifier qu’un échantillon aléatoire des données disponibles. Si suffisamment de nœuds confirment la disponibilité, la donnée est considérée comme accessible sans que personne ne l’ait entièrement reconstituée.

Cette approche augmente significativement le nombre de blobs que L1 peut absorber par bloc, augmentant mécaniquement la capacité des L2. Les Verkle Trees, également attendus dans Fusaka, introduisent la « statelessness » partielle : les clients légers n’ont plus besoin de télécharger l’intégralité de l’état pour participer au réseau, une condition préalable au déploiement de PeerDAS à grande échelle.

Où en est Ethereum face à Visa et Solana en 2026 ?

La comparaison avec Visa (souvent citée en 2018) reste pertinente mais s’est affinée. Visa déclare environ 24 000 TPS théoriques, sans jamais les atteindre en conditions réelles. Solana traite environ 3 000 TPS réels sur sa chaîne principale, avec des interruptions documentées. Bitcoin reste à 7 TPS sur L1, le réseau Lightning offrant un débit théoriquement illimité mais une adoption encore limitée.

Ethereum L1 seul plafonne à 14 TPS, un chiffre identique à 2018. Mais l’ensemble L1 + L2 atteint 5 000 à 10 000 TPS effectifs en 2026. Cette architecture pose néanmoins des défis : la centralisation des séquenceurs (Arbitrum et Optimism utilisent encore des séquenceurs uniques contrôlés par leurs fondations), la fragmentation de la liquidité entre rollups, et une expérience utilisateur cross-rollup encore en construction malgré les progrès du Same Account Standard introduit en 2025.

Questions fréquentes

Le sharding Ethereum a-t-il finalement été abandonné ?

Partiellement. Le sharding d’exécution prévu en 2018 (64 fragments parallèles) a été abandonné en octobre 2020. Le sharding des données, lui, est en cours : EIP-4844 (mars 2024) en est la première étape, PeerDAS (Fusaka 2026) la suivante. La fragmentation porte désormais sur la disponibilité des données, pas sur l’exécution des transactions.

Combien de TPS Ethereum traite-t-il vraiment en 2026 ?

Ethereum L1 traite environ 14 TPS. En comptant les rollups L2 (Arbitrum, Optimism, Base, ZkSync, Linea, Scroll, Polygon zkEVM), le réseau Ethereum dans son ensemble atteint entre 5 000 et 10 000 TPS effectifs cumulés, selon L2Beat. Ce chiffre est amené à progresser avec PeerDAS et l’augmentation du nombre de blobs par bloc.

Qu’est-ce qu’un rollup et pourquoi remplace-t-il le sharding ?

Un rollup regroupe des milliers de transactions hors chaîne, compresse le résultat en une preuve, puis l’inscrit sur Ethereum L1. L1 garantit la sécurité et la disponibilité des données, L2 gère l’exécution. Ce modèle est plus simple à sécuriser que le sharding d’exécution, où chaque fragment aurait nécessité son propre mécanisme de consensus. Pour en savoir plus sur ces couches, consultez notre guide des couches Ethereum.

Quels risques subsistent sur l’architecture L2 en 2026 ?

Les 2 risques principaux sont la centralisation des séquenceurs (Arbitrum et Optimism restent contrôlés par leurs fondations respectives, sans décentralisation complète) et la fragmentation de liquidité entre rollups. Passer d’un actif sur Arbitrum vers Base requiert encore un bridge, source de frais et de délais. Le Same Account Standard (2025) améliore l’UX mais ne résout pas la fragmentation de liquidité sous-jacente.

À retenir

Le sharding d’Ethereum n’a pas « explosé » comme annoncé en 2018 : il a muté. La feuille de route rollup-centric produit des résultats concrets (5 000 à 10 000 TPS effectifs, frais divisés par 100 après EIP-4844). PeerDAS et Fusaka en 2026 continueront ce chemin incremental. À surveiller : la décentralisation des séquenceurs L2 et l’adoption du Same Account Standard.

Sources

Signal Haussier
Impact Mineur