Les actionnaires de Satsuma Technology ont voté à plus de 90 % pour la radiation de la Bourse de Londres et la liquidation de la totalité des actifs, entraînant la vente de ses 668 bitcoins, selon un communiqué. L’entreprise restituera l’intégralité du capital aux actionnaires, un remboursement qui tourne autour de 20 pence par livre levée, d’après les éléments à notre disposition.
Cette décision brutale met fin à un modèle d’entreprise qui avait enflammé les marchés en 2025. Ces sociétés levaient des centaines de millions d’euros pour accumuler du bitcoin dans leur trésorerie. Elles pariaient sur une prime boursière durable et une hausse continue de l’actif numérique. Aujourd’hui, la baisse des cours et l’effritement de cette prime poussent plusieurs d’entre elles au bord du gouffre.
Au programme
- Plus de 90 % des actionnaires valident la liquidation et la vente des 668 bitcoins de la trésorerie.
- Un remboursement limité à environ 20 pence par livre levée sur les 163,6 millions collectés initialement.
- Le cas Satsuma fragilise l’ensemble des sociétés de trésorerie bitcoin sans activité opérationnelle.
Pourquoi Satsuma jette-t-elle l’éponge après 668 bitcoins ?
La réponse tient en un chiffre. Sur les 163,6 millions de livres sterling levés, chaque livre ne sera remboursée qu’à hauteur de 20 pence environ. Un effondrement qui illustre l’échec du modèle « digital asset treasury », incapable de survivre à la correction du marché de la crypto cette année. La société a conclu que restituer le capital résiduel était préférable à une longue agonie boursière.
Le vote des actionnaires est sans appel : plus de 90 % ont validé la radiation et la liquidation, un score qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Le conseil d’administration proposait cette issue depuis plusieurs semaines, estimant que ni les perspectives du bitcoin ni la structure de coûts ne permettaient d’envisager un retournement. La conjoncture rappelle d’ailleurs les craintes autour des liquidations massives, comme lorsque la vente des bitcoins de Mt Gox avait pesé sur le marché. L’action, déjà dévissée depuis le début 2026, ne valait plus la peine de rester cotée sur le London Stock Exchange.
Ce naufrage rappelle la stratégie risquée de nombreuses entreprises convertissant leur trésorerie en bitcoin. La chasse au trésor des bitcoins perdus illustre d’ailleurs à quel point une clé mal gérée peut faire basculer un bilan. Satsuma n’a pas perdu ses clés, mais elle a perdu la confiance des investisseurs.
Comment un marché baissier a-t-il fait imploser ce modèle ?
La chute des prix du bitcoin en 2026 a écrasé l’argument central de ces sociétés : la conviction que la hausse continue du BTC suffirait à générer une valorisation supérieure à la valeur d’actif net. Quand le marché se retourne, la décote explose. Les actionnaires, initialement séduits par une exposition indirecte au bitcoin via un véhicule coté, se sont retrouvés piégés.
Ce mécanisme rappelle un épisode plus ancien mais tout aussi marquant. À l’époque, la vente des bitcoins de Mt Gox avait précipité une vague de liquidations en série. Le cas Satsuma, bien qu’à une échelle moindre, repose sur le même ressort implacable : une accumulation massive suivie d’une vente forcée. Les 668 bitcoins encore détenus par Satsuma vont désormais être écoulés sur le marché.
Un autre facteur a joué : l’absence de diversification des revenus de Satsuma. Contrairement à une entreprise comme Strategy, qui continue de générer du cash-flow via ses activités opérationnelles, Satsuma était un pure play, vulnérable à la moindre variation de prix.
Quel avenir pour les autres sociétés de trésorerie bitcoin ?
Les concurrents directs de Satsuma suivront ce dossier de près. Si le dernier bitcoin sera miné en 2140, les trésoreries d’entreprise, elles, pourraient ne pas passer l’année 2026. Plusieurs acteurs du même profil voient leur valorisation se contracter dangereusement, et le précédent Satsuma pourrait inciter leurs propres actionnaires à exiger un remboursement rapide. L’épisode fait écho à d’autres stratégies de trésorerie qui ont mal tourné, la vente de bitcoins par Strategy pour financer des rachats montrant que même les géants doivent parfois puiser dans leurs réserves.
Mise en perspective
L’échec de Satsuma ne signe pas la fin des trésoreries bitcoin, mais il disqualifie les structures sans socle opérationnel. Une holding vide adossée à un wallet froid peut séduire en marché haussier, elle devient un boulet en marché baissier avec des frais de cotation, de gestion et de conformité qui grèvent les maigres réserves restantes.
Les régulateurs britanniques regardent désormais ce dossier de près. La Financial Conduct Authority pourrait durcir les conditions d’admission pour les sociétés dont le principal actif est constitué de cryptomonnaies volatiles. Une décote implicite serait alors intégrée dès l’introduction en Bourse, rendant le modèle bien moins attractif pour de futures levées de fonds.
Le Salvador, de son côté, poursuit sa stratégie d’accumulation, sans pression d’actionnaires minoritaires.
À retenir
Satsuma Technology retourne son capital après avoir dilapidé l’essentiel des fonds levés, une issue qui entache durablement la crédibilité des « bitcoin treasuries » cotées. Les 668 bitcoins seront vendus sur le marché dans les prochaines semaines, un flux de vente à surveiller. Le message envoyé aux actionnaires des entreprises similaires est limpide : sans activité rentable, le modèle ne survit pas au premier krach.
Questions fréquentes
Quel est le taux de remboursement pour les actionnaires de Satsuma ?
Les actionnaires récupéreront environ 20 pence par livre sterling investie, soit un taux de recouvrement d’à peine 20 %. Sur les 163,6 millions levés, la majeure partie du capital a été consumée par la dépréciation de la trésorerie bitcoin et les frais opérationnels.
Quand les 668 bitcoins seront-ils vendus sur le marché ?
La vente interviendra dans les semaines suivant la radiation de la cote londonienne, selon le calendrier de liquidation validé par le vote des actionnaires. Ce flux de 668 bitcoins, soit environ 40 millions de dollars aux cours actuels, sera écoulé progressivement pour éviter un impact trop brutal.
En quoi Satsuma diffère-t-elle de Strategy (ex-MicroStrategy) ?
Strategy dispose d’une activité opérationnelle qui génère des revenus récurrents, ce qui lui permet d’absorber les cycles baissiers sans brader sa trésorerie de plus de 840 000 bitcoins. Satsuma, en revanche, n’avait aucun chiffre d’affaires sous-jacent pour amortir la correction du marché.
-
ÉCONOMIE & MACROPCE : l'inflation core stagne à 3,3 %, la Fed attendue