Deux univers s’opposent bien souvent dans le secteur des cryptomonnaies. Avec d’un côté les maximalistes du Bitcoin, parfois (trop) proches de véritables prédicateurs numériques. Des amateurs d’immobilisme qui regardent de haut le marché des altcoins, tout en s’étouffant avec l’arrivée des NFT de satoshis Ordinals. Puis il y a le reste de l’écosystème des cryptomonnaies, Ethereum en tête, en train d’expérimenter tout et bien trop souvent n’importe quoi en temps réel.
Dans le domaine, le réseau Ethereum s’impose la plupart du temps comme la tendance à suivre. Il faut dire qu’avec ses 730 000 validateurs actifs à l’été 2023 (23,4 millions d’ETH en staking) sa blockchain est alors la plus solide jamais créée pour soutenir les développements de l’écosystème. Une dynamique portée par des innovations complexes et controversées comme le Liquid Staking, dont les conséquences restent difficiles à mesurer. Mais peu importe, voici déjà venu le temps du « restaking » !
Ethereum, Qu’est-ce que le « restaking » ?
Depuis l’ouverture officielle des retraits dans le staking d’Ethereum, les développements s’empilent. La mise à niveau Shanghai enclenchée en avril 2023 semble avoir bouleversé le fonctionnement de cette blockchain, autant que son passage au Proof of Stake (PoS) en septembre 2022.
Au centre de cette dynamique, le principe très attractif du Liquid Staking. C’est-à-dire la possibilité de bloquer des cryptomonnaies ETH pour sécuriser le réseau Ethereum tout en continuant à effectuer des opérations avec un jeton censé en représenter la valeur. Un marché où le protocole Lido Finance s’impose comme un leader désormais problématique pour le principe même de décentralisation de cette blockchain.
Et alors que certains s’interrogent sur les perspectives de ce nouveau modèle économique imposé à la cryptomonnaie ETH, voici qu’apparaît le principe du « restaking » (ou re-staking). Un système de « reprise » appliqué à la force de frappe du staking d’Ethereum, dont l’objectif est d’offrir à ses validateurs la possibilité de réattribuer leurs jetons à la sécurité d’autres projets.

Dans les faits, cela permet aux validateurs d’Ethereum, décidément très courtisés, de bénéficier d’une source de revenus passifs supplémentaire. Mais le véritable objectif est ailleurs : « permettre à quiconque de lancer et de construire plus facilement ses projets, alors qu’il était historiquement extrêmement difficile de démarrer son propre réseau. »
Car comme l’explique Sreeram Kannan, fondateur du projet EigenLayer, le restaking permet de « donner aux protocoles et aux développeurs la possibilité d’emprunter les garanties de sécurité d’Ethereum. » Le protocole a ouvert la première étape de son déploiement sur le réseau principal le 14 juin 2023, avec des plafonds de dépôt serrés. Mais, est-ce véritablement une bonne nouvelle ?
Restaking, Opportunité ou risque systémique ?
L’innovation appelle une mise en perspective. Car dans le domaine du staking de cryptomonnaies ETH chaque opportunité annexe offerte à ses validateurs les éloigne de leur rôle principal : sécuriser le réseau Ethereum. Un domaine où la voix la plus écoutée reste celle de son fondateur emblématique, Vitalik Buterin, qui garde la tête froide dans un écosystème trop souvent séduit par les bénéfices immédiats.
Comme l’explique Vitalik Buterin dans une publication de blog datée du 21 mai 2023, ce principe de restaking « permet aux jalonneurs du réseau Ethereum d’utiliser simultanément leur participation comme dépôt dans un autre protocole. » Et cette fonctionnalité apparemment innocente pose dans les faits de nombreuses interrogations légitimes.
Comme dans le cas où l’un de ces validateurs se rendrait coupable de mauvais comportements selon les règles de l’autre protocole. Cela pourrait affecter le dépôt initial utilisé comme garantie. Car dans le cas d’une punition de type « coupure » (slashing) des pénalités sont imposés aux acteurs considérés comme malveillants. Sur EigenLayer, ce mécanisme est resté théorique près de deux ans : il n’a été activé sur le réseau principal que le 17 avril 2025.
Restaking, Un risque potentiel de conflit d’intérêt
Mais ce n’est pas tout. Car Vitalik Buterin souligne un autre point non négligeable, au sujet de ce qu’il identifie comme de possibles conflits d’intérêts potentiellement en mesure de diviser le consensus du réseau Ethereum. Et sa conclusion est sans appel, tout comme le titre de sa publication de blog : « ne surchargez pas le consensus d’Ethereum. »
« Nous devrions plutôt préserver le minimalisme du réseau, soutenir les utilisations du re-staking qui ne ressemblent pas à des pentes glissantes pour étendre le rôle du consensus Ethereum et aider les développeurs à trouver des stratégies alternatives pour atteindre leurs objectifs de sécurité. »
Vitalik Buterin
Car finalement cette superposition de récompenses potentielles allouées aux validateurs du réseau Ethereum pose problème. Sur le modèle des personnes surendettées, mais dans une logique plus proche du « surrendement. » Avec une conclusion nécessaire : l’avidité à court terme sans perspective idéologique est certainement le pire ennemi du développement du secteur des cryptomonnaies…
Mise à jour d’août 2026. Les dépôts sur EigenLayer ont culminé à 20,1 milliards de dollars le 6 juin 2024 puis 22 milliards en août 2025, selon DefiLlama, contre environ 5 milliards aujourd’hui. Le jeton EIGEN, distribué à partir de mai 2024, est devenu échangeable le 1er octobre 2024, et le projet s’est repositionné en juin 2025 sous le nom d’EigenCloud. Le volet « liquide » avait montré ses limites dès le 24 avril 2024, quand le jeton ezETH de Renzo est tombé jusqu’à environ 688 dollars sur Uniswap, provoquant une vague de liquidations. Le risque redouté a pris la forme d’un dégonflement, pas d’un effondrement.
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