Depuis juillet 2024, le trustee Nobuaki Kobayashi redistribue environ 142 000 BTC aux créanciers de Mt. Gox, soit une valeur proche de 50 milliards de dollars aux prix de 2025, selon Reuters. À mi-2026, environ la moitié des créances éligibles ont été traitées. Ce chantier judiciaire, le plus long de l’histoire des échanges de cryptomonnaies, entre dans sa phase de clôture, avec une procédure complète attendue autour de 2030.
Au programme
- Environ 142 000 BTC redistribués via Bitstamp, Kraken et Bitgo depuis juillet 2024 (trustee Kobayashi, 2024)
- La réouverture de Mt. Gox est définitivement écartée : la procédure vise exclusivement le remboursement des créanciers
- La pression vendeuse redoutée ne s’est pas matérialisée : les créanciers anciens ont majoritairement conservé leurs BTC
Que s’est-il passé en février 2014 ?
En février 2014, Mt. Gox concentrait environ 70 % des volumes mondiaux de Bitcoin. La plateforme a suspendu ses retraits sans préavis, puis fermé son site, révélant la disparition de 850 000 BTC appartenant à ses clients. Aux prix de l’époque, la perte représentait environ 450 millions de dollars. Aux prix de 2025, le même volume dépasse 50 milliards de dollars, ce qui fait de Mt. Gox le premier grand désastre de l’histoire des exchanges de cryptomonnaies.
Des enquêtes ultérieures ont permis de retrouver 202 000 BTC dans un ancien portefeuille de la société. Ces fonds ont été placés sous la garde du trustee désigné par le tribunal de Tokyo, Nobuaki Kobayashi, dans le cadre d’une procédure de faillite convertie en 2018 en procédure de Civil Rehabilitation, juridiquement plus favorable aux créanciers.
Comment fonctionne la procédure de remboursement ?
Le plan de Civil Rehabilitation, approuvé par le tribunal de Tokyo en 2021, prévoit 2 modes de distribution selon le trustee Kobayashi. La méthode standard rembourse en Bitcoin et en Bitcoin Cash (BCH) au prorata des créances déclarées. L’option “Early Lump Sum” permet aux créanciers ayant accepté une décote de recevoir leurs fonds plus rapidement.
Les distributions transitent par 3 plateformes désignées : Bitstamp, Kraken et Bitgo. Chaque créancier doit avoir complété sa vérification d’identité (KYC) auprès de l’une d’elles pour accéder à ses fonds. En juillet 2024, le trustee a transféré environ 47 000 BTC vers Kraken en une seule opération, selon les données on-chain. Cette mécanique reste sans précédent dans l’histoire des échanges de cryptomonnaies.
Pour les créanciers qui avaient perdu accès à leurs fonds depuis 2014, l’attente a dépassé 10 ans. Beaucoup font partie des premiers investisseurs Bitcoin qui avaient acquis leurs positions à moins de 100 dollars l’unité.
La réouverture de Mt. Gox est-elle envisageable ?
Non, et la question est définitivement tranchée. En 2017, Mark Karpelès avait publié sur son blog personnel plusieurs scénarios pour relancer la plateforme, évoquant un besoin de financement de 245 millions de dollars, finançable par une recapitalisation ou une ICO. Ces pistes n’ont jamais eu de suite opérationnelle.
Le tribunal de Tokyo a imposé un cadre exclusivement orienté vers la restitution des actifs. La société Mt. Gox KK n’a plus aucune activité et n’en aura plus. Mark Karpelès, condamné en mars 2019 à une peine avec sursis pour manipulation de données informatiques selon Bloomberg, a évité la prison ferme mais n’a plus aucun rôle dans la gestion des fonds. Son dossier pénal a été rouvert au Japon depuis cette condamnation.
Lecture CryptoActu L’idée d’une ICO pour relancer Mt. Gox en 2017 illustre l’absence totale de cadre légal à l’époque. En 2026, aucun régulateur, japonais, américain ou européen sous MiCA, ne validerait un tel montage pour une entité sous tutelle judiciaire en faillite. La proposition était juridiquement non viable dès le départ.
Quelle a été l’ampleur de la pression vendeuse en 2024 ?
La correction redoutée par le marché ne s’est pas produite à la hauteur des craintes. Début juillet 2024, Bitcoin a brièvement corrigé de 8 % autour des annonces de transferts, passant sous 55 000 dollars, avant de se stabiliser. Les données on-chain indiquent que la majorité des créanciers anciens ont choisi de conserver leurs BTC plutôt que de vendre immédiatement.
Ce comportement était attendu : des détenteurs qui ont attendu 10 ans pour récupérer leurs fonds ne liquident pas au premier cours disponible. L’impact sur les marchés crypto s’est révélé bien inférieur aux scénarios catastrophistes qui anticipaient une vague de ventes de plusieurs milliards de dollars en quelques semaines.
Où en est le remboursement en 2026 ?
Environ 50 % des créances éligibles ont été traitées à mi-2026, selon les rapports trimestriels du trustee. Il reste entre 5 et 7 ans de procédure pour solder les dossiers complexes : successions, créances contestées, créanciers dont l’identité n’a pu être vérifiée, et litiges entre créanciers institutionnels.
Le trustee Kobayashi conserve toujours une réserve de BTC et de BCH pour couvrir les remboursements restants. Les créanciers qui n’ont pas complété leur KYC risquent de perdre leur droit à remboursement passé les délais fixés par le plan. Plusieurs exchanges agréés sous MiCA participent aux vérifications d’identité pour faciliter l’accès aux fonds depuis l’Europe.
La leçon centrale de l’affaire reste la plus citée dans les débats sur la sécurité des plateformes d’échange : confier la garde de ses clés privées à un tiers centralisé expose à un risque de perte totale. Dix ans de procédure pour récupérer une fraction de ses actifs, c’est le coût réel d’une faillite d’exchange à grande échelle.
Questions fréquentes
Quand Mt. Gox va-t-il finir de rembourser ses créanciers ?
Le trustee Nobuaki Kobayashi estime que les dossiers complexes, successions et créances contestées, nécessiteront encore 5 à 7 ans. Environ 50 % des créances éligibles ont été traitées à mi-2026. La clôture complète est attendue autour de 2030, selon le calendrier du plan de Civil Rehabilitation approuvé en 2021 par le tribunal de Tokyo.
Combien de Bitcoin reste-t-il à redistribuer dans la procédure Mt. Gox ?
Sur les environ 142 000 BTC placés sous la garde du trustee, environ la moitié a été distribuée depuis juillet 2024. Les fonds restants couvrent les créances non encore vérifiées et les dossiers en litige. Les créanciers sans KYC validé avant les délais réglementaires risquent de perdre définitivement leurs droits.
Mark Karpelès a-t-il été condamné pour la faillite de Mt. Gox ?
En mars 2019, le tribunal de Tokyo l’a condamné à une peine avec sursis pour manipulation de données informatiques, selon Bloomberg. Il n’a pas été condamné pour le vol des BTC en lui-même. Son dossier pénal a été rouvert au Japon depuis. Pour comprendre les risques liés aux exchanges centralisés, notre dossier sur la sécurité des plateformes crypto fait le point.
Quelle plateforme utiliser pour recevoir son remboursement Mt. Gox ?
Les 3 plateformes officiellement désignées par le trustee sont Bitstamp, Kraken et Bitgo. Les créanciers doivent compléter leur procédure KYC auprès de l’une d’elles avant les délais fixés par le plan. Tout créancier non vérifié à l’expiration des délais réglementaires risque de perdre ses droits de remboursement.
À retenir
Mt. Gox ne rouvrira jamais : la procédure de Civil Rehabilitation vise exclusivement le remboursement des créanciers. Environ 50 % des créances ont été traitées depuis juillet 2024, sans pression vendeuse significative sur les marchés. La clôture complète est attendue autour de 2030, soit plus de 15 ans après la fermeture de la plateforme.
Sources
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