En juin 2018, Brad Garlinghouse promettait sur la scène de Money 20/20 Europe que « des douzaines » de banques utiliseraient XRP dès 2019. Près de 8 ans plus tard, environ 50 institutions ont adopté l’ODL (On-Demand Liquidity), selon Ripple, pour un volume estimé entre 2 et 5 milliards de dollars par jour en 2025-2026. La prophétie s’est partiellement réalisée, mais face aux dynamiques actuelles du marché XRP, l’écart avec SWIFT, qui traite quelque 10 000 milliards de dollars quotidiens, donne la mesure du chemin restant.
Au programme
- Environ 50 institutions utilisent l’ODL de Ripple en 2026, sur 300+ membres de RippleNet (Ripple, 2026)
- La SEC a abandonné ses poursuites contre Ripple en mars 2025, levant un frein réglementaire pesant depuis décembre 2020
- Le stablecoin RLUSD, lancé en décembre 2024, cible les institutions financières avec une offre estimée entre 200 et 500 millions de dollars
Comment fonctionne l’ODL, successeur d’xRapid ?
Le mécanisme reste identique à celui qu’expliquait Garlinghouse en 2018. Une institution convertit sa monnaie locale en XRP, transfère les fonds en quelques secondes vers le pays destinataire, où le XRP est reconverti dans la devise locale. Le délai de règlement sur le XRP Ledger est de 3 à 5 secondes, contre 1 à 5 jours ouvrables pour un virement SWIFT classique.
L’intérêt économique est réel : supprimer les comptes nostro préfinancés dans chaque devise cible libère du capital opérationnel. Pour un prestataire de remises comme Tranglo, actif en Asie du Sud-Est, ou pour SBI Holdings au Japon via son service Money Tap, ce modèle réduit les frais de liquidité de manière mesurable. En 2026, l’ODL couvre plus de 70 corridors, principalement en Asie-Pacifique, en Amérique latine et au Moyen-Orient.
Qui utilise réellement XRP pour les paiements en 2026 ?
La liste des adoptants actifs est plus courte que les annonces de 2018 ne le laissaient espérer. Parmi les cas documentés par Ripple, on trouve SBI Holdings au Japon via Money Tap, Tranglo pour les remises vers les Philippines et l’Indonésie, MoneyGram dans un partenariat relancé en 2024 après une suspension entre 2021 et 2023, Bahrain Bank ABC pour des services Banking-as-a-Service, et Pyypl au Moyen-Orient.
Ces cas représentent une adoption réelle, quoique concentrée sur des segments précis des paiements transfrontaliers. Il ne s’agit pas d’une substitution systémique à SWIFT, mais d’une implantation dans les corridors où les infrastructures bancaires classiques sont les moins efficientes.
Pourquoi les grandes banques mondiales restent-elles absentes ?
La promesse de 2018 visait implicitement des établissements de la taille de HSBC, JPMorgan ou BNP Paribas. Aucune d’elles n’a adopté l’ODL à ce jour. Trois facteurs structurels expliquent cette absence.
Le premier est réglementaire. La poursuite de la SEC en décembre 2020, qui accusait Ripple d’avoir levé 1,3 milliard de dollars via une offre de titres non enregistrée, a gelé toute démarche d’adoption pour les institutions soumises à supervision américaine. Un ruling partiel favorable avait été rendu en juillet 2023, mais c’est seulement en mars 2025 que la SEC a officiellement abandonné ses poursuites, selon CoinDesk.
Le second est la liquidité insuffisante du XRP. Un transfert de 500 millions de dollars via XRP en une seule journée déplacerait le marché de manière substantielle, rendant le mécanisme de bridge plus coûteux qu’économique à cette échelle. Le troisième facteur tient à la modernisation de SWIFT lui-même : le déploiement du standard ISO 20022 et de la plateforme GPI (Global Payments Innovation) a ramené les délais de règlement moyen à quelques heures, réduisant l’avantage comparatif de Ripple.
Quel rôle joue RLUSD dans la stratégie de Ripple ?
Lancé en décembre 2024, le stablecoin RLUSD représente un pivot stratégique notable. Avec une offre estimée entre 200 et 500 millions de dollars en 2026 selon Ripple, il cible un problème différent de l’ODL : offrir aux institutions un actif dollar stable sur le XRP Ledger et Ethereum, sans exposition à la volatilité du XRP.
Cette approche reconnaît implicitement une limite du modèle d’origine : les institutions bancaires répugnent à détenir, même brièvement, un actif aussi volatile. RLUSD positionne Ripple en concurrence directe avec USDC et USDT sur le segment institutionnel, sur un marché où la clarté réglementaire post-procès SEC pourrait constituer un avantage différenciant.
Lecture CryptoActu La trajectoire de Ripple illustre un pattern récurrent dans la crypto institutionnelle : les premières promesses d’adoption massive cèdent la place à une niche réelle mais étroite. L’ODL fonctionne là où les alternatives bancaires classiques sont les plus défaillantes, pas là où SWIFT est déjà dominant. C’est une validation partielle du modèle, pas la révolution annoncée en 2018.
Que faut-il retenir de la prédiction de 2018 ?
Garlinghouse avait à la fois raison et tort. Des douzaines d’institutions utilisent bien XRP en 2026 si l’on additionne les partenaires ODL et les prestataires qui s’appuient sur le réseau. Mais la définition de « banque » a glissé : il s’agit majoritairement de fintechs de remises et d’institutions régionales, non des grandes banques mondiales qu’évoquait le discours de Money 20/20.
La longue bataille judiciaire avec la SEC a tué dans l’oeuf plusieurs pilotes bancaires aux États-Unis, repoussant l’adoption de plusieurs années. La résolution de 2025 rouvre la porte, notamment pour les institutions américaines qui s’étaient mises en retrait. Pour comprendre les implications de cette résolution sur le procès SEC contre Ripple et ses suites, le contexte réglementaire mérite d’être examiné en détail.
Le volume ODL de 2 à 5 milliards de dollars par jour est un marché réel, mais il ne représente qu’environ 0,01 à 0,05 % du volume SWIFT quotidien, selon Bloomberg. L’adoption existe, l’échelle reste marginale. Si vous souhaitez évaluer comment acheter et conserver du XRP en sécurité, ces bases restent utiles pour juger les annonces futures avec recul.
Questions fréquentes
Combien de banques utilisent vraiment XRP en 2026 ?
Environ 50 institutions ont recours à l’ODL de Ripple pour des paiements transfrontaliers en 2026, sur plus de 300 membres du réseau RippleNet. Ce sont principalement des fintechs de remises et des banques régionales en Asie-Pacifique, en Amérique latine et au Moyen-Orient, selon Ripple. Aucune grande banque mondiale n’a officiellement rejoint le dispositif.
Qu’est-ce que RLUSD, le stablecoin de Ripple ?
RLUSD est un stablecoin adossé au dollar américain, lancé en décembre 2024 sur le XRP Ledger et Ethereum. Son offre est estimée entre 200 et 500 millions de dollars en 2026. Il cible les institutions financières souhaitant des règlements stables en dollar sans exposition à la volatilité du XRP, en concurrence avec USDC et USDT.
La SEC a-t-elle définitivement abandonné ses poursuites contre Ripple ?
Oui. En mars 2025, la SEC a officiellement clos ses poursuites entamées en décembre 2020, qui accusaient Ripple d’avoir réalisé une offre de titres non enregistrée pour 1,3 milliard de dollars. Un ruling partiel favorable à Ripple avait déjà été rendu en juillet 2023. Cette résolution lève un frein majeur à l’adoption institutionnelle aux États-Unis.
Pourquoi les grandes banques mondiales n’ont-elles pas adopté XRP ?
3 facteurs principaux : l’incertitude réglementaire liée au procès SEC entre 2020 et 2025, la liquidité insuffisante du XRP pour des volumes bancaires massifs, et la modernisation de SWIFT via son programme GPI qui a réduit les délais de règlement. La résolution judiciaire de 2025 pourrait changer la donne, mais aucune adoption publique de grande envergure n’a été annoncée à ce stade.
À retenir
En 2026, Ripple a tenu une partie de ses promesses de 2018 : l’ODL fonctionne sur 70+ corridors avec une cinquantaine de partenaires actifs. Mais l’adoption reste concentrée sur des segments étroits, loin d’une substitution à SWIFT. Les prochaines annonces post-procès SEC, en particulier auprès des institutions américaines, seront déterminantes pour juger si l’échelle peut enfin suivre.
Sources
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