Il y a deux manières distinctes d’intégrer l’univers des cryptomonnaies. Soit en lançant un jeton destiné à soutenir le développement du projet concerné, avec les risques de scam et autres effondrements que cela peut impliquer. Soit en associant une cryptomonnaie à une structure déjà bien établie dans le secteur. Et c’est cette seconde option qu’a utilisée la plateforme de vente de jetons NFT SuperRare en annonçant son jeton RARE en août 2021.

En cet été 2021, le marché des NFTs est à un tournant de son histoire. Ce qui pousse certains projets historiques du secteur à surfer sur cette hype pour asseoir leur développement. Il suffit de voir les volumes enregistrés par le leader du secteur qu’est alors la plateforme Opensea. Cette dernière à la tête d’un nombre de transactions mensuel sans commune mesure avec ceux de 2020. Autant dire que le moment est bien choisi pour tenter sa chance face à des investisseurs à l’affût.

Un domaine des plateformes de vente de NFT lui aussi en pleine mutation interne. En grande partie du fait de l’entrée de géants du secteur des cryptomonnaies comme Binance ou FTX (dont la plateforme disparaîtra avec la faillite du groupe en novembre 2022). Ce qui met alors en difficulté des acteurs historiques comme SuperRare, qui occupe ce secteur depuis 2018. Mais dont les volumes se réduisent depuis plusieurs mois.

Interface de plateforme NFT pour la vente d'œuvres d'art numériques

Elle figure pourtant, en août 2021, parmi les places de marché les plus utilisées dans le domaine des jetons non fongibles. Cela avec un volume mensuel de l’ordre de quelques dizaines de millions de dollars, en net repli par rapport à son pic du printemps. Le tout face à une dominance écrasante de sa concurrente Opensea sur ce marché. Il fallait donc réagir…

SuperRare lance sa cryptomonnaie RARE

Un contexte à la fois favorable mais tendu qui a été l’occasion du lancement de la cryptomonnaie RARE, annoncé le 17 août 2021. Une opération organisée par la plateforme SuperRare dans le cadre de ce qu’elle appelle SuperRare 2.0. Et dont l’objectif entre dans le cadre d’une volonté de décentralisation plus importante. Cela sur le modèle de ces DAO qui fleurissent au même rythme que les instances de régulation se rapprochent de la DeFi. Et qui est présenté par son équipe comme « une humble mise à jour, mais un changement sismique entraîné par trois avancées majeures ». Ces dernières étant dans l’ordre :

  • Une modification dans le principe d’organisation et de gestion des expositions, avec les SuperRare Spaces, ces galeries communautaires dont les opérateurs sont désignés par un vote des détenteurs de RARE. Ce qui pourra se faire « au-delà de l’équipe principale de SuperRare Labs ».
  • Une structure décentralisée de type DAO. Cela avec un droit de vote pour les détenteurs de jetons RARE et un conseil de gouvernance.
  • Des smart contracts « souverains » qui seront déployés directement par les artistes et permettront d’importer des œuvres d’art créées ailleurs.

« la cryptomonnaie RARE marque la première étape de notre engagement continu en faveur d’une décentralisation progressive et d’une perturbation continue du marché de l’art. », SuperRare

NFT, Le secteur des cryptomonnaies qui pourrait bien faire la différence

Car la principale spécificité de la plateforme SuperRare est d’être au monde de l’art ce qu’Opensea est à la collection frénétique de stickers aléatoires sans valeur. Une distinction qui mérite d’être soulignée, car elle explique certainement en grande partie les volumes de transaction actuels du secteur des NFTs. Ces derniers fortement gonflés par une spéculation qui surfe sur la vague des CryptoPunks et autres Apes. Mais dont la viabilité à long terme se heurte à ce qui ressemble fortement à une bulle spéculative.

Tokenomics et airdrop du jeton RARE

Ce jeton RARE a été mis sur le marché avec une quantité totale (supply) de 1 milliard d’unités à terme. Ce qui est important, mais dans la norme du secteur. Le tout avec une offre mise en circulation au lancement qui ne représente qu’une fraction de ce montant. Et une tokenomics qui étale le déploiement des fonds sur plusieurs années. Une part de 40% est allouée à la trésorerie communautaire gérée par la DAO. Et 15% sont distribués sous la forme d’un airdrop réservé aux utilisateurs recensés avant la date de référence du 21 juillet 2021.

Graphique de tokenomics du jeton RARE de SuperRare montrant allocation distribution

Un airdrop de 150 millions de jetons RARE surtout à destination des utilisateurs historiques de la plateforme. Mais également destiné à « récompenser ceux qui ont produit une valeur artistique sur un horizon temporel plus long, quelle que soit le volume de vente. » Les bénéficiaires ont été avertis par e-mail, avec le montant reçu et l’adresse de contrat officielle : 0xba5BDe662c17e2aDFF1075610382B9B691296350. La fenêtre de réclamation était de 90 jours, les jetons non réclamés retournant à la trésorerie : elle est close depuis novembre 2021.

Cours du jeton RARE

Un lancement qui a été effectué le mardi 17 août 2021. Et qui a vu le jeton RARE effectuer une forte progression sur ses premières séances, avant de refluer puis d’évoluer autour du dollar à la fin du mois d’août. Surtout si l’on considère l’état du marché de l’été 2021, qui laissait imaginer qu’une nouvelle altseason pourrait avoir démarré.

Avec le recul, le sommet historique du RARE a été inscrit un peu plus tard, à 3,64 dollars le 10 octobre 2021 d’après CoinGecko. Le jeton n’y est jamais revenu : il s’échange autour de 0,013 dollar le 10 août 2026, soit plus de 99% sous ce pic. Un airdrop ou un jeton de gouvernance n’est ni un dividende ni un placement : la valeur d’un tel actif peut s’effacer presque entièrement.

Logo et interface de la plateforme SuperRare avec jeton RARE

Quoi qu’il en soit, ce lancement est un pas important pour SuperRare. Et une démonstration de l’effervescence du marché des jetons NFT en 2021. Avec cette spécificité qui fait de sa plateforme le berceau de ce que pourrait devenir un marché de l’art décidément très intéressé par ces objets numériques à vocation unique.

La suite a été moins favorable. Les Spaces et les contrats « souverains » annoncés en 2021 ont bien été déployés, et la DAO gère toujours la trésorerie du protocole. Mais le marché s’est effondré : selon un rapport DappRadar de mai 2025, le volume d’échange des NFTs d’art est passé de 2,9 milliards de dollars en 2021 à 197 millions en 2024, puis 23,8 millions sur le seul premier trimestre 2025, soit une chute de l’ordre de 93% depuis le pic. Le nombre de traders actifs sur ce segment a suivi la même pente. SuperRare a par ailleurs subi un incident de sécurité le 28 juillet 2025 : une faille de contrôle d’accès dans son contrat de staking a permis le détournement d’environ 730 000 dollars en jetons RARE, sans que les œuvres soient touchées. La plateforme existe toujours, mais à une échelle sans rapport avec celle de 2021.


Cet article traite de l’actualité des cryptomonnaies. Il ne s’agit pas d’un conseil en placement financier. Toute prise de position doit s’accompagner de recherches personnelles et nécessite de croiser plusieurs sources avant de se lancer. DYOR !

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