En cette mi-aout 2021, les portefeuilles d’altcoins liés à la finance décentralisée affichaient un vert enthousiasmant. Une dynamique enclenchée par le retournement haussier du Bitcoin et par le retour d’un Ethereum au-dessus des 3 000 dollars. Une configuration qui redonnait des ailes à des jetons essoufflés depuis leurs sommets du début d’année. Mais ce qui ressemblait à une nouvelle altseason DeFi a surtout précédé l’un des cycles les plus violents de l’histoire du secteur.

La DeFi est ce laboratoire de la finance numérique à ciel ouvert appliqué à l’univers des cryptomonnaies. Ce qui implique de la considérer comme explosive, dans tous les sens du terme. Aussi bien par les rendements que ses protocoles peuvent offrir que par les échecs qu’ils peuvent subir. Et si aucune attaque ne vient en vider les caisses, les rendements affichés font rapidement passer le Bitcoin pour un livret A à peine amélioré. Avec ce supplément de risque qui ne doit jamais être pris à la légère.

Car même si le Bitcoin mène la danse, c’est l’univers de la DeFi qui produit les hausses les plus spectaculaires. Avec des explosions vertigineuses, à la hauteur de l’instabilité structurelle que cela implique. Avant de s’emballer, il faut comprendre que tous ces (re)jetons ne sont pas des mines d’or. Plus un protocole est récent et obscur, plus la prudence s’impose. Et plus il faut attacher sa ceinture, si les promesses sont effectivement tenues.

Une TVL en forte hausse

Le meilleur moyen de jauger la santé de la DeFi reste de regarder la valeur totale bloquée (TVL) dans ses protocoles. Une mesure de la force du secteur, qui ne doit pas ignorer l’effet de la hausse de l’ETH. Car si cette TVL progressait alors de plus de 45 % en quelques semaines, la quantité d’ether bloquée restait stable, autour de 9 millions d’unités depuis fin mai 2021.

Quoi qu’il en soit, la TVL de la DeFi sur Ethereum repassait au-dessus des 80 milliards de dollars. Soit non loin de son record, qui rebondissait à plusieurs reprises sous la résistance des 90 milliards. Et toujours largement en tête de ce que l’on nommait déjà la DeFi multichain. C’est-à-dire l’ensemble des réseaux surfant sur les opportunités du secteur et les défaillances d’Ethereum. Dont la valeur totale bloquée affichait alors environ 140 milliards de dollars.

Soit un peu plus de 40 % du marché à se partager entre les alternatives à Ethereum. En première position et très largement en tête, la Binance Smart Chain et ses 16,3 milliards de dollars. Suivie de loin par deux outsiders : Polygon (MATIC), avec 5,7 milliards, et Terra (LUNA), avec 4,5 milliards. Le tout pour une hausse de près de 32 % sur l’ensemble du secteur depuis le 20 juillet 2021, toutes blockchains confondues.

Un marché de la DeFi qui explosait

Une dernière mesure confirmait ce mouvement haussier : le classement des dix principales cryptomonnaies de la DeFi. Toutes affichaient des rendements très positifs sur 30 jours. Avec des hausses de près de 150 % pour le LUNA de Terra. Mais aussi plus de 74 % pour la plateforme Sushiswap (SUSHI). Et en troisième position, les +50 % du protocole Aave, qui dominait alors le lending sur Ethereum avec une part de marché proche de 16 %.

Le tout accompagné d’une hausse de l’activité sur les plateformes décentralisées (DEX). Avec le leader Uniswap (UNI) dont les volumes journaliers repassaient au-dessus de 2 milliards de dollars en moyenne. De quoi laisser entrevoir un retour vers les sommets de volume du printemps 2021. Tout laissait alors penser qu’une nouvelle altseason appliquée à la DeFi venait de démarrer.

Depuis : la DeFi a changé d’échelle (et de visage)

Avec le recul, cet épisode d’aout 2021 fut surtout l’antichambre d’un cycle brutal. En mai 2022, l’écosystème Terra s’effondrait en quelques jours, son stablecoin algorithmique UST perdant son ancrage au dollar. Selon plusieurs analyses académiques, dont celle de la MIT Sloan, la chute a effacé de l’ordre de 50 milliards de dollars de valorisation. LUNA, troisième écosystème crypto à l’époque, passait sous les 0,10 dollar. Un séisme qui a durablement marqué la perception du risque dans la DeFi.

Dans la foulée, l’essentiel des leaders cités plus haut a profondément évolué. Polygon et Terra ont quasi disparu du haut du classement. La Binance Smart Chain est devenue la BNB Chain et a vu sa part fondre face à la concurrence. À l’inverse, Solana s’est imposé comme deuxième chaine DeFi, oscillant autour de 8 à 13 milliards de dollars de TVL selon les phases de marché en 2026. Les Layer 2 d’Ethereum, eux, captent désormais une large part de l’activité.

La DeFi en 2026 : consolidation plutôt qu’euphorie

En 2026, la TVL globale de la DeFi évolue dans une fourchette d’environ 90 à 140 milliards de dollars, selon que l’on inclut ou non le staking liquide et le restaking. Ethereum reste de loin la chaine dominante, avec autour de la moitié de cette TVL. Le secteur est moins euphorique qu’en 2021, mais structurellement plus mature, avec une part croissante de capitaux institutionnels.

Côté protocoles, Aave demeure le premier acteur du lending décentralisé, même si sa TVL a reflué depuis un pic proche de 30 milliards de dollars fin 2025, vers une fourchette de l’ordre de 15 à 20 milliards en 2026. Uniswap a, de son côté, franchi le cap des 1 000 milliards de dollars de volume cumulé sur un an et traite régulièrement plus de 140 milliards de dollars de volume sur 30 jours, réparti sur des dizaines de chaînes.

La notion d’altseason DeFi garde tout son sens, mais le terrain de jeu s’est élargi. La concurrence entre Solana, les Layer 2 et les nouveaux entrants a fragmenté la liquidité. Pour suivre ces rotations, mieux vaut combiner plusieurs outils : la heatmap des cryptos, l’indice Fear and Greed et un suivi des ETF Bitcoin, souvent moteurs des grandes phases de marché.

Ce que retient l’investisseur

Le marché de la DeFi reste cyclique, ponctué de rotations rapides entre altcoins. La leçon d’aout 2021, confirmée par la suite, tient en une phrase : bien choisir les jetons sur lesquels prendre position et ne jamais courir après une hausse déjà installée. Attendre un mouvement de correction pour entrer, plutôt que d’acheter au sommet, reste une approche plus défensive.

Surtout, prendre régulièrement des bénéfices évite de voir un plus haut espéré se muer en retour à la baisse violent et imprévisible. Le yield farming et les stablecoins algorithmiques de l’époque l’ont rappelé de la pire des manières. Pour situer les valorisations en temps réel, un convertisseur de cryptos reste un réflexe utile. La DeFi de 2026 est plus solide, mais le risque, lui, n’a pas disparu. Pour aller plus loin, voir notre catégorie DeFi.

Cet article traite de l’actualité des cryptomonnaies. Il ne s’agit pas d’un conseil en placement financier. Toute prise de position doit s’accompagner de recherches personnelles et nécessite de croiser plusieurs sources avant de se lancer. DYOR !

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