Les partenaires bancaires des sociétés crypto n’ont décidément pas de chance. Au printemps 2023, après le sort funeste de Silvergate, de la Silicon Valley Bank et de Signature Bank, c’est au tour de la Cross River Bank, fraîchement associée à Circle, de connaître les tourments d’un examen minutieux de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC).
Cross River Bank doit réviser ses pratiques
Le régulateur bancaire américain a rendu publique fin avril 2023 une ordonnance de consentement conclue avec Cross River Bank le 8 mars. Dans ce dossier, le régulateur estime que la banque s’est livrée à des pratiques bancaires «dangereuses» ou «malsaines» au regard des lois sur le prêt équitable, faute de contrôles internes, de systèmes d’information et de pratiques d’octroi de crédit suffisamment prudents en 2021. Sans admettre ni contester les faits, l’établissement doit faire auditer son dispositif de conformité par un tiers indépendant et obtenir une non-objection de la FDIC avant tout nouveau produit de crédit ou partenaire tiers.
Ce n’est pas la première fois que la banque régionale du New Jersey est visée par la FDIC : en mars 2018, elle avait accepté une pénalité civile de 641 750 dollars et 20 millions de dollars de restitution aux emprunteurs, pour la commercialisation jugée trompeuse d’un crédit distribué avec un partenaire. Le timing reste néanmoins délicat, dans la mesure où les banques crypto compatibles semblent alors soumises à une surveillance particulièrement sévère de la part de l’agence indépendante qui garantit les dépôts bancaires aux États-Unis.
Reste que le motif crypto n’apparaît pas dans cette ordonnance, entièrement centrée sur le prêt équitable et les partenariats de crédit avec des fintechs, comme le souligne un représentant de Cross River Bank dans le Wall Street Journal.
L’activité crypto dans le viseur de la FDIC ?
Le doute persiste malgré tout : après les défaillances groupées des partenaires bancaires US du secteur, cette offensive de la FDIC ne fleure pas très bon. Coinbase, dont elle héberge une partie de l’infrastructure de paiement, et Circle, qui venait de lui confier le règlement automatisé de l’USDC, vont-ils rompre leurs liens ?
Rappelons que ce rapprochement date de mars 2023, après le bref « désancrage » de l’USDC au dollar, suite à l’effondrement de la Silicon Valley Bank (SVB) qui détenait une partie de ses réserves.
Pour certains membres du Congrès, il semblerait que les régulateurs prudentiels, c’est à dire la FDIC mais également le Bureau du contrôleur de la monnaie (OCC) et la Réserve fédérale, aient entrepris une « stratégie coordonnée pour débancariser l’écosystème des actifs numériques aux Etats-Unis ».
Du moins est-ce l’inquiétude qu’ils ont partagée dans une lettre adressée à la FDIC en date du 25 avril.
Aujourd’hui, nous assistons à la résurgence d’une action coordonnée des régulateurs prudentiels fédéraux pour supprimer l’innovation aux États-Unis. Il n’y a pas d’exemple plus clair que dans l’écosystème des actifs numériques. (…) Compte tenu des actions des régulateurs prudentiels fédéraux, il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi une banque hésiterait à offrir des produits et services bancaires aux entreprises d’actifs numériques.
Lettre de Patrick McHenry, French Hill et Bill Huizenga à la FDIC
Le régulateur devait répondre aux législateurs républicains au plus tard le 9 mai. Notons que la crise bancaire de 2023 ne touchait pas que les établissements liés à la crypto : la First Republic Bank, placée sous administration le 1er mai, n’entretenait pas de relations avec l’industrie.
La suite a donné tort aux scénarios les plus sombres. Forte des 620 millions de dollars levés en mars 2022, Cross River n’a pas été débancarisée : elle a conservé ses activités numériques et lancé depuis une offre de paiement en stablecoins. L’ordonnance de 2023 n’a fait l’objet d’aucune levée annoncée publiquement. Le contexte réglementaire, lui, s’est retourné : en mars 2025, la lettre FIL-7-2025 de la FDIC a supprimé l’obligation de notification préalable imposée aux banques supervisées avant d’exercer certaines activités crypto, tournant la page de ce que le secteur avait baptisé « Operation Chokepoint 2.0 ».
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