En juillet 2022, la Banque de France, pionnière en la matière au sein de l’Union européenne, accélérait le rythme de ses expérimentations de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) pour les règlements interbancaires et les paiements transfrontaliers. Cette préfiguration d’un euro numérique dit « de gros » visait les banques commerciales, qui devaient, selon les vœux formulés par le gouverneur de la banque centrale, pouvoir l’utiliser « comme actif de règlement dès 2023 ».
La BdF aux avant-postes d’une MNBC « de gros »
La Banque de France (BdF), très active sur le plan de l’expérimentation d’une MNBC de gros, franchissait une nouvelle étape. Le 12 juillet 2022, lors du Forum financier international de Paris Europlace, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la banque centrale, annonçait le lancement de la deuxième phase d’expérimentation de l’euro numérique « de gros » à destination des intermédiaires financiers : quatre à cinq essais supplémentaires, après les neuf de la première phase.
Nous voulons nous rapprocher d’un prototype viable, le tester en pratique avec plus d’acteurs privés et plus de Banques centrales étrangères au second semestre de cette année et l’an prochain.
Le projet, déjà testé avec succès en mai 2020, soulevait moins d’inquiétudes que l’euro numérique de détail, chantier distinct piloté par la BCE, qui pourrait tout à la fois remettre en cause le rôle des banques commerciales et la confidentialité des données des citoyens.
Une phase expérimentale puissance 10
De fait, c’est sur ce terrain d’une MNBC de gros que la BdF avait concentré ses efforts, en conduisant plusieurs initiatives dont certaines en partenariat avec d’autres banques nationales. Ces expérimentations attestaient des vertus d’un tel outil en matière de stabilité financière. Mais pratiquées à échelle réduite, elles devaient être éprouvées plus large.
La deuxième phase devait amplifier le phénomène en permettant à des acteurs plus nombreux de gérer des actifs numériques via des infrastructures blockchain, à l’image de Forge, la filiale de la Société Générale déjà active sur des produits tokenisés. La technologie de registre distribué (DLT) conçue par la BdF, une blockchain « permissionnée » (c’est-à-dire à l’accès limité aux seules entités autorisées) baptisée DL3S, s’accompagnait d’une plateforme de tenue de marché automatisée (AMM) « inspirée des marchés DeFi », pensée comme base d’une plateforme multi-MNBC permettant un règlement « rapide, automatisé et transparent dans différentes devises ».
L’échéance de 2023 n’a pas été tenue. En juillet 2023, la BdF a publié un second rapport tirant les leçons de douze expérimentations au total et validant trois modèles d’émission sur DLT. DL3S a ensuite servi de solution d’interopérabilité lors du travail exploratoire de l’Eurosystème, de mai à novembre 2024, aux côtés de la Trigger Solution de la Bundesbank et de TIPS Hash-Link de la Banca d’Italia : 64 participants, près de 1,6 milliard d’euros réglés en monnaie de banque centrale. En juillet 2025, l’Eurosystème a annoncé une stratégie à deux voies, Pontes, dont le pilote est attendu d’ici fin septembre 2026, et Appia, qui doit livrer d’ici 2028 un schéma directeur pour la tokenisation. Quant à l’euro numérique de détail, la BCE a clos sa phase préparatoire le 30 octobre 2025 : un pilote est envisagé à partir de mi-2027 et une première émission possible en 2029, sous réserve de l’adoption du règlement européen. Les MiCA et TFR, applicables depuis fin décembre 2024, encadrent désormais l’usage des cryptomonnaies dans l’Union.
-
ÉCONOMIE & MACROPCE : l'inflation core stagne à 3,3 %, la Fed attendue