Dans la grande famille en construction de la DeFi les projets se succèdent, mais ne se ressemblent pas. C’est ce qui fait la richesse de son univers, mais aussi la complexité de certaines de ses offres. Il y en a pour tous les goûts et tout cela dessine le visage actuel de la Finance Décentralisée. Une boîte à outils numérique au service des cryptomonnaies, mais pas uniquement.
La Finance Décentralisée se veut accessible au plus grand nombre. Une volonté admirable sur le papier, mais qui bute sur la réalité : ses offres restent complexes pour qui ne prend pas le temps de s’y plonger. Tout cela repose sur Ethereum (ETH), la Money Lego de ce monde en construction. Même si d’autres collatéraux ont été ajoutés depuis.
Malgré cette complexité, la DeFi est bien le lieu de la majorité des évolutions majeures dans le domaine des cryptomonnaies depuis 2018. Et il semble, en cet été 2020, que l’année puisse devenir celle de son déploiement à grande échelle. Cela si toutefois Ethereum réussit à résister à la pression que ce succès fait peser sur son réseau. Et que la DeFi arrive à résister aux nombreuses attaques auxquelles elle doit faire face.
- Le protocole Synthetix
- Qu’est-ce que la synthétisation
- Les jetons synths sToken
- La plateforme Synthetix Exchange
Le protocole Synthetix
Ce système est certainement l’un des plus complexes de la Finance Décentralisée. Cela n’a pas empêché son jeton SNX de connaître une hausse de plus de 1000% sur l’année 2019. L’un des succès de la DeFi comme de la scène crypto sur cette période. À l’été 2020, le jeton s’échange à quelques dollars, contre 0,04 $ début 2019. Il culminera à 28,53 $ le 13 février 2021, avant un long reflux : le 10 août 2026, il vaut environ 0,21 $, pour une capitalisation d’à peine plus de 120 millions de dollars. Les capitaux immobilisés dans le protocole ont suivi, d’un pic proche de 3 milliards de dollars en février 2021 à moins d’un million aujourd’hui, selon DefiLlama.

Le protocole Synthetix permet de synthétiser des actifs pour leur offrir une interopérabilité que la blockchain ne permet pas. Cela n’est pas similaire à la tokenisation qui revient à déposer des fonds chez un tiers, de préférence de confiance, qui reverse en échange une quantité de jetons correspondant à la même valeur directe. Cela s’applique par exemple à Tether (USDT), dont la couverture réelle en dollars a longtemps été discutée. Ce principe s’applique aussi au wrapped Bitcoin (wBTC) qui permet d’utiliser son BTC comme un jeton ERC20 dans la DeFi. Le point central est ce tiers de confiance qui possède votre collatéral.
Qu’est-ce que la synthétisation
La synthétisation a cela de différent qu’il s’agit de la mise en place d’une dette qui réplique le prix d’un actif en le garantissant par un autre actif. Cela peut être indifféremment une cryptomonnaie ou une action Apple, par exemple. C’est, en simplifiant, ce qui se produit lors d’un prêt bancaire : la banque crée de l’argent en portant sa confiance non plus sur un intermédiaire, mais sur le client, ou sur son bien dans le cas d’une hypothèque. Cet argent créé par la banque est de la synthétisation.
Dans le cas de Synthetix, c’est le code du smart contract qui va s’assurer que le prix du collatéral reste au moins identique à celui annoncé. S’il baisse il sera liquidé au plus vite pour tenter de récupérer cette somme qui est perdue par l’emprunteur. Mais tant que cela fonctionne, les jetons « synth » conservent la valeur de ce collatéral, même s’ils changent de propriétaire.
Le DAI de MakerDAO est un actif de type synthétique qui nécessite la mise en gage d’ETH ou d’un autre collatéral. Ce qui garantit sa valeur est la confiance accordée au collatéral utilisé.
Les jetons synths sToken
Il s’agit ici de jetons reposant sur la blockchain Ethereum. Leur avantage : ils continuent à fluctuer en fonction de la valeur de l’actif sous-jacent dont ils sont le miroir. Cela permet de bénéficier des mêmes mouvements de marché sans posséder l’actif, tout en restant dans l’univers de la DeFi.

Par exemple, cette solution permet de jouer une action Apple dans les protocoles de la Finance Décentralisée, sans en posséder réellement. Cela se déclinant sous la forme d’un sAAPL développé sur Ethereum.
La création de sToken passe par la plateforme Mintr qui nécessite que l’utilisateur soit en possession de jetons SNX. C’est également à cet endroit qu’il est possible de recouvrer sa dette en détruisant ses sTokens. Mintr a depuis disparu, et le mécanisme a changé de nature : en 2025, la proposition SIP-420 a remplacé la dette individuelle par un pool commun et abaissé le taux de collatéralisation exigé de 750 % à 200 %. Un gain d’efficacité payé par une longue perte d’ancrage du sUSD sous le dollar.
La plateforme Synthetix Exchange
L’offre de Synthetix implique également une plateforme d’échange décentralisée (DEX) dédiée à ses jetons synths. Elle permet de les acheter, de les revendre et de les échanger entre eux de manière rapide et directe, sans se soucier de question de liquidité. Cette plateforme est accessible via une clé de stockage à froid de type Ledger ou Trezor.
Les échanges effectués entraînent alors des frais de transaction de l’ordre de 0,3% reversés aux utilisateurs ayant bloqué des jetons SNX. Lorsqu’un utilisateur change des sUSD contre des sETH, il déclenche la destruction des premiers pour créer les seconds. Dans cette transaction, seul l’actif synthétique change : la valeur de la garantie reste la même.
Synthetix souhaite s’orienter vers des actifs du S&P 500 et annonce sur son site Internet l’arrivée prochaine du sAAPL sur Apple et d’un sTESLA. Son but étant d’offrir un maximum de possibilité aux investisseurs afin d’asseoir son leadership dans le domaine et au sein de la DeFi.
Cette promesse sera tenue : le sTSLA est validé par la gouvernance en février 2021 et les synths d’actions, dont le sAAPL, deviennent échangeables en avril. Ils ne survivront pas. Faute de demande, et sous la pression de régulateurs britanniques, allemands, italiens et hongkongais qui y voient des titres financiers, ils sont retirés dès 2021-2022, Uniswap cessant de les afficher à l’été 2021. Synthetix change alors de terrain : migration vers Optimism, fin de l’échange des synths autres que le sUSD, rachat des interfaces Kwenta et TLX, puis retour sur Ethereum fin 2025 avec une plateforme de contrats à terme perpétuels limitée à trois marchés, Bitcoin, Ethereum et Solana.
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