Depuis son lancement en 2017, le protocole MakerDAO a produit l’un des stablecoins décentralisés les plus utilisés de la DeFi. En 2026, DAI et son successeur USDS cumulent environ 12 milliards de dollars en circulation, selon DefiLlama, positionnant l’écosystème SKY (ancien MakerDAO) parmi les 5 premiers protocoles DeFi par valeur totale verrouillée. L’article original de 2019 retraçait le lancement du Multi-Collateral DAI : voici ce que ce protocole est devenu, avec ses mécaniques actualisées, ses risques et les manières concrètes d’en tirer parti.
Au programme
- DAI reste opérationnel, mais MakerDAO s’est rebrandé en SKY Ecosystem en 2024 avec un stablecoin USDS et un token SKY remplaçant MKR au ratio 1:24 000 (DefiLlama, 2026)
- Le mécanisme de surcollatéralisation à 150 % est préservé, mais environ 50 % du backing inclut désormais des actifs du monde réel, dont des obligations du Trésor américain via BlackRock BUIDL
- Le Sky Savings Rate offre entre 5 et 8 % d’APY sur USDS, rendant le protocole compétitif face aux rendements obligataires traditionnels
Qu’est-ce que MakerDAO est devenu en 2026 ?
En mars 2024, Rune Christensen, fondateur de MakerDAO, a annoncé l’Endgame plan : une refonte complète de l’écosystème, rebaptisé SKY. Le token MKR a été remplacé par SKY au ratio de 1 pour 24 000, selon la documentation officielle de Sky. Un nouveau stablecoin, USDS, est venu compléter DAI dans une relation d’échange 1 pour 1, les 2 restant pleinement convertibles à parité.
Ce rebrand ne se limite pas à un changement de nom. L’Endgame plan introduit une architecture en SubDAOs : des protocoles autonomes (Spark, NewGov…) gravitant autour du protocole central, chacun avec ses propres tokens et mécanismes de gouvernance. Spark représente aujourd’hui la principale interface de prêt de l’écosystème, avec plus de 3 milliards de dollars de dépôts actifs en 2026.
L’histoire du protocole reste intacte. En novembre 2019, le lancement du Multi-Collateral DAI avait constitué un tournant : pour la première fois, d’autres actifs que l’ETH pouvaient servir de collatéral pour émettre des DAI. En 2026, ce mécanisme s’est considérablement élargi, jusqu’à intégrer des obligations d’État américaines tokenisées. Pour mieux saisir l’évolution de la DeFi dans laquelle s’inscrit ce protocole, notre panorama de la finance décentralisée pose les bases nécessaires.
Comment fonctionnent les vaults et la génération d’USDS ?
Le mécanisme fondateur du protocole reste la surcollatéralisation. Un utilisateur dépose des actifs (ETH, wBTC ou d’autres tokens approuvés) dans un vault sur Sky.money, puis emprunte des USDS ou DAI en contrepartie. Le ratio de collatéralisation minimal est fixé à 150 % : pour emprunter 100 USDS, il faut déposer l’équivalent d’au moins 150 dollars d’actifs.
« Le vault ETH reste le plus utilisé du protocole, représentant environ 40 % de la TVL totale au premier trimestre 2026. » - Sky Protocol, rapport de gouvernance Q1 2026
Ce mécanisme protège le peg du stablecoin. Si la valeur du collatéral chute sous le seuil de liquidation, des smart contracts déclenchent automatiquement la vente des actifs pour rembourser la dette. La Stability Fee, équivalente à un taux d’intérêt annuel sur le montant emprunté, varie selon le type de collatéral et les décisions de gouvernance votées chaque semaine.
L’exemple imaginé en 2019 reste parfaitement illustratif : déposer 1 ETH à 240 dollars pour émettre 120 DAI, puis récupérer son ETH en remboursant les 120 DAI si le cours monte à 500 dollars. En 2026, ce même raisonnement s’applique avec des tickets bien plus élevés et des actifs collatéraux diversifiés.
Quel est le poids des actifs du monde réel dans le backing ?
C’est la transformation la plus significative du protocole depuis 2019. Environ 50 % du backing de l’USDS repose désormais sur des Real-World Assets (RWA), dont une part importante est constituée d’obligations du Trésor américain tokenisées via le fonds BlackRock BUIDL, selon les données de gouvernance Sky publiées en 2026.
Cette évolution offre un rendement stable au protocole, reversé en partie aux déposants via le Sky Savings Rate. En 2026, ce taux oscille entre 5 et 8 % d’APY selon les conditions de marché et les votes de gouvernance hebdomadaires sur Spark, ce qui rend l’USDS compétitif face aux fonds monétaires traditionnels.
Elle crée cependant une dépendance partielle au système financier traditionnel que les défenseurs de la décentralisation ont longtemps voulu éviter. Lors de la crise SVB en mars 2023, le DAI avait brièvement décroché de son peg dollar, exposant la vulnérabilité du protocole à ses collatéraux centralisés, notamment l’USDC, qui avait lui-même perdu temporairement son ancrage. Ce précédent reste une référence dans les discussions sur la résilience des stablecoins décentralisés. Notre comparatif des principaux stablecoins approfondit ces distinctions.
Pourquoi DAI et USDS se différencient-ils des stablecoins centralisés ?
USDC et USDT sont émis par des entreprises privées (Circle et Tether) qui peuvent geler des adresses sur demande réglementaire. En 2023, Circle a gelé plus de 75 millions de dollars en USDC à la suite de demandes des autorités américaines, selon les données de CoinDesk. DAI et USDS, en théorie, ne peuvent pas être gelés de la même manière : aucune entité centrale ne détient les clés.
En pratique, la frontière s’est partiellement brouillée. L’intégration massive de RWA dans le backing et l’utilisation d’USDC comme collatéral secondaire exposent partiellement le protocole aux risques de censure des actifs centralisés sous-jacents. La gouvernance par token SKY représente une autre forme de risque : une attaque par accumulation de tokens pourrait théoriquement modifier des paramètres critiques du protocole.
Le protocole reste néanmoins la référence pour les utilisateurs DeFi qui cherchent à emprunter sans passer par un intermédiaire identifié. Il est directement intégré dans Aave V3, Uniswap V4 et Curve, les 3 principaux protocoles de liquidité de l’écosystème en 2026.
Lecture CryptoActu L’intégration des RWA dans le backing de l’USDS illustre une tension fondamentale de la DeFi mature : pour rivaliser avec les rendements obligataires et attirer les institutionnels, les protocoles décentralisés s’adossent partiellement au système qu’ils prétendaient supplanter. Sur les 5 plus grands stablecoins décentralisés en 2026, 4 exposent leurs utilisateurs à une forme ou une autre de collatéral centralisé. La décentralisation totale reste, pour l’heure, un idéal plus qu’une réalité opérationnelle.
Comment acquérir ou générer des DAI et USDS en 2026 ?
3 voies principales existent selon le profil d’utilisation :
- Via un exchange centralisé : Coinbase, Kraken et Binance listent DAI et USDS avec des paires liquides contre l’euro et le dollar. C’est la voie la plus simple pour un achat ponctuel.
- Via Uniswap V4 ou Curve : les pools DAI/USDC et USDS/USDC offrent un glissement minimal pour des montants importants. Ces échanges décentralisés ne nécessitent aucune inscription.
- En ouvrant un vault : sur Sky.money, l’utilisateur dépose des ETH ou d’autres actifs approuvés et génère directement des USDS. Cette méthode permet de conserver son exposition aux actifs déposés tout en disposant de liquidités en stablecoin.
Pour ceux qui privilégient le rendement, Spark propose de déposer des USDS dans le Sky Savings Rate pour percevoir entre 5 et 8 % d’APY selon les conditions du moment. Ce taux est révisé par vote de gouvernance chaque semaine par les détenteurs de tokens SKY. Notre guide des wallets compatibles DeFi détaille les interfaces recommandées pour interagir avec ces protocoles en toute sécurité.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre DAI et USDS en 2026 ?
DAI et USDS sont 2 stablecoins du même écosystème SKY (ex-MakerDAO), échangeables 1 pour 1. DAI reste opérationnel pour les utilisateurs historiques, USDS est le nouveau standard lancé en 2024 dans le cadre de l’Endgame plan. Les 2 sont générés via des vaults surcollatéralisés et reposent sur le même mécanisme de base.
Qu’est-ce que le Sky Savings Rate (SSR) ?
Le Sky Savings Rate est le taux de rendement offert aux déposants d’USDS sur le protocole Spark. En 2026, il oscille entre 5 et 8 % d’APY, financé par les intérêts des vaults et les rendements des RWA détenus en backing. Il est révisé chaque semaine par vote de gouvernance des détenteurs de tokens SKY.
Le DAI peut-il perdre son ancrage au dollar ?
Oui. En mars 2023, lors de la crise de la Silicon Valley Bank, le DAI a brièvement décroché de son peg en raison de son exposition à l’USDC, lui-même momentanément défixé. Un oracle compromis ou une liquidation en cascade sur les vaults peut provoquer un glissement temporaire. La surcollatéralisation à 150 % minimum reste le principal filet de sécurité. Pour comprendre ces mécanismes, notre comparatif stablecoins est un point de départ utile.
Où consulter la TVL du protocole Sky en temps réel ?
DefiLlama agrège les données de TVL du protocole Sky en temps réel, protocole par protocole et collatéral par collatéral. Pour les données de supply de DAI et USDS, The Block publie des séries temporelles hebdomadaires sur son dashboard stablecoins.
À retenir
En 2026, l’écosystème SKY (ex-MakerDAO) gère environ 12 milliards de dollars en stablecoins décentralisés avec DAI et USDS. L’intégration des RWA et le Sky Savings Rate ont renforcé son attractivité, mais au prix d’une dépendance partielle au système financier traditionnel. À surveiller : l’évolution des taux de gouvernance et la progression de Spark face à Aave V3.
Sources
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