En 2026, le Bitcoin pèse entre 8 et 12 milliards de dollars de valeur totale verrouillée dans des protocoles DeFi, selon DefiLlama. C’est dix fois plus qu’en 2020, quand cet article avait été publié pour la première fois. Trois grandes familles d’intégration expliquent cette transformation : le wrapped BTC sur Ethereum, les Layer 2 natifs Bitcoin, et le restaking via Babylon.
Au programme
- Le Bitcoin représente 8 à 12 Md$ de TVL en DeFi en 2026, contre moins d’1 Md$ en 2020 (DefiLlama)
- Trois familles coexistent : wBTC/cbBTC sur Ethereum, Layer 2 natifs Bitcoin, restaking via Babylon
- Les limites structurelles demeurent : pas de smart contracts natifs Turing-complets, risques liés aux bridges
Comment le Bitcoin s’est-il imposé dans la DeFi entre 2020 et 2026 ?
La réponse tient en 2 mots : Layer 2 et restaking. Entre 2020 et 2023, l’intégration du BTC dans la DeFi reposait presque exclusivement sur le wrapped BTC sur Ethereum. Cela fonctionnait, mais c’était lent, partiellement centralisé, et limité aux use cases d’Ethereum.
Tout a changé à partir de 2024. Stacks a déployé sa mise à jour Nakamoto en avril 2024, introduisant sBTC, un actif ancré au bitcoin qui permet des transactions rapides et des smart contracts sur sa propre couche. Babylon a lancé un protocole de restaking permettant aux détenteurs de BTC de sécuriser des chaînes Proof-of-Stake tierces sans jamais céder la garde de leurs coins. À son pic en 2025, Babylon affichait près de 3 milliards de dollars de BTC engagés.
Qu’est-ce que BitVM et pourquoi change-t-il les règles du jeu ?
BitVM, proposé par le chercheur Robin Linus en 2023 dans un livre blanc qui a secoué la communauté, est une approche radicalement différente des smart contracts sur Bitcoin. L’idée : permettre une computation arbitraire vérifiable sur Bitcoin sans modifier le protocole via un soft fork.
2 parties s’engagent dans un contrat hors chaîne. Si l’une triche, l’autre peut le prouver sur la chaîne principale via un mécanisme de fraud proof. Le résultat ressemble à un rollup optimiste calqué sur Bitcoin. Plusieurs équipes construisent aujourd’hui des bridges trustless pour Bitcoin en s’appuyant sur BitVM, notamment les développeurs de BOB (Build on Bitcoin) et de Bitlayer.
Lecture CryptoActu BitVM ne transforme pas Bitcoin en Ethereum. Il contourne l’absence de smart contracts natifs en déplaçant la computation hors chaîne, avec une garantie cryptographique d’honnêteté. C’est plus limité qu’un EVM, mais bien plus sécurisé que les bridges multisig qui ont été exploités des dizaines de fois depuis 2021.
Quelles solutions de wrapped BTC dominent le marché en 2026 ?
Le wBTC reste le leader incontesté avec environ 2,5 milliards de dollars de TVL sur Ethereum. Lancé en 2018 et intégré à Compound dès juillet 2019, il repose sur un consortium piloté par BitGo. La garde est centralisée et le KYC est requis, mais la liquidité disponible sur Uniswap, Aave et les marchés de perpétuels en fait le choix par défaut pour la majorité des protocoles.
Le tBTC v2, maintenu par Threshold Network, répond aux critiques de la première version : le minimum de dépôt d’1 BTC et le verrouillage de 6 mois ont disparu. La solution reste sans KYC, décentralisée, et compatible avec Ethereum. Elle attire les utilisateurs soucieux de leur confidentialité, même si sa liquidité demeure inférieure à celle du wBTC.
Le cbBTC de Coinbase, lancé en 2024, cible une clientèle distincte : les institutionnels déjà dans l’écosystème Coinbase. Il fonctionne nativement sur Base, le L2 d’Ethereum de Coinbase, ce qui lui confère des frais de transaction très bas.
Pourquoi Bitcoin résiste-t-il aux smart contracts natifs ?
Le constat de 2020 reste valable en 2026. Bitcoin ne dispose pas de smart contracts natifs Turing-complets. Le script Bitcoin est intentionnellement limité pour des raisons de sécurité : chaque nœud doit pouvoir valider n’importe quelle transaction sans risquer une boucle infinie ou une explosion de l’état global.
Toutes les solutions DeFi sur Bitcoin passent donc par un intermédiaire : un token représentatif sur une autre blockchain, ou un Layer 2 avec ses propres règles. Rootstock (RSK), le plus ancien des L2 Bitcoin actifs, propose un environnement compatible EVM depuis 2018 via le merge-mining. Merlin Chain, BOB et Bitlayer ont adopté des approches similaires plus récemment, en intégrant des éléments de BitVM pour réduire la dépendance aux multisig de bridge.
La limite fondamentale demeure : un bridge entre Bitcoin et n’importe quel L2 reste un vecteur d’attaque. Plusieurs exploits de bridges cross-chain ont coûté des centaines de millions de dollars ces dernières années. Bitcoin DeFi n’y échappe pas.
Comment fonctionne le restaking de Bitcoin via Babylon ?
Babylon représente l’innovation la plus originale de la période 2024-2025 dans l’écosystème Bitcoin DeFi. Un détenteur de BTC verrouille ses coins directement sur la blockchain Bitcoin, sans les envoyer vers une autre chaîne. Ce verrouillage est assorti d’une condition de slashing : si l’opérateur délégué se comporte mal sur une chaîne Proof-of-Stake tierce (double-signature, censure), le BTC verrouillé peut être saisi via un script Bitcoin prédéfini.
Le résultat est une forme de sécurité économique exportée depuis Bitcoin vers d’autres réseaux, sans pont au sens classique du terme. Les détenteurs de BTC reçoivent des récompenses en tokens de la chaîne sécurisée. À son pic en 2025, Babylon avait agrégé plusieurs milliards de dollars de BTC dans ce mécanisme.
Quels usages concrets du BTC existent en DeFi aujourd’hui ?
En 2026, le BTC tokenisé s’utilise dans presque tous les segments de la DeFi. Sur Ethereum, le wBTC est accepté comme collatéral sur Aave et Compound, permettant d’emprunter des stablecoins sans vendre ses BTC. Sur Uniswap, les pools wBTC/ETH et wBTC/USDC figurent parmi les plus liquides du protocole.
Sur les marchés de perpétuels, Hyperliquid et d’autres DEX de dérivés acceptent le BTC comme marge. C’est un usage qui n’existait pratiquement pas en 2020 et qui représente aujourd’hui des milliards de dollars de volume quotidien.
Côté Bitcoin natif, les inscriptions BRC-20 et les Runes ont créé un écosystème de tokens sur Bitcoin même, avec des DEX rudimentaires et du yield farming via Merlin Chain et Bitlayer. Les volumes restent modestes comparés à Ethereum, mais l’activité est réelle.
Le Lightning Network, cité en 2020 comme concurrent potentiel du wBTC pour les BTC verrouillés, a pris une trajectoire distincte : il s’est concentré sur les paiements rapides et peu coûteux plutôt que sur la DeFi au sens strict.
À retenir
Bitcoin a parcouru un chemin considérable depuis 2020 dans la DeFi. Avec 8 à 12 milliards de dollars de TVL, des L2 comme Stacks, et des protocoles de restaking comme Babylon, le BTC n’est plus un simple spectateur. Les limites structurelles persistent, notamment la dépendance aux bridges. Mais l’enjeu de liquidité est désormais trop massif pour être ignoré par les protocoles.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le wBTC et comment fonctionne-t-il ?
Le wBTC (Wrapped Bitcoin) est un token ERC-20 sur Ethereum adossé à du bitcoin réel au ratio 1:1, géré par le consortium BitGo. L’utilisateur dépose du BTC, reçoit l’équivalent en wBTC, et peut l’utiliser dans des protocoles DeFi comme Aave ou Uniswap. En 2026, le wBTC représente environ 2,5 milliards de dollars de TVL.
Qu’est-ce que le restaking Bitcoin et pourquoi est-il important ?
Le restaking Bitcoin permet à des détenteurs de BTC de verrouiller leurs coins directement sur Bitcoin L1 pour sécuriser des blockchains Proof-of-Stake tierces. Babylon est le protocole pionnier de ce mécanisme. Il génère des rendements en tokens pour les stakers, sans transférer la garde des BTC vers une autre chaîne. À son pic en 2025, Babylon dépassait 3 milliards de dollars de BTC engagés.
Quels sont les principaux Layer 2 Bitcoin pour la DeFi ?
Rootstock (RSK) est le plus ancien, avec un environnement compatible EVM actif depuis 2018. Stacks a déployé sa mise à jour Nakamoto en 2024 avec son actif sBTC. BOB, Bitlayer et Merlin Chain sont des L2 plus récents qui intègrent des éléments de BitVM pour sécuriser leurs bridges. Chacun propose des smart contracts absents de Bitcoin L1, avec des compromis différents sur la décentralisation.
Pourquoi Bitcoin n’a-t-il pas de smart contracts natifs comme Ethereum ?
Le script Bitcoin a été délibérément conçu comme un langage non-Turing-complet pour des raisons de sécurité et de prévisibilité. Cela empêche les boucles infinies et les états explosifs qui pourraient menacer chaque nœud du réseau. BitVM apporte une alternative partielle : il permet de vérifier des computations complexes sur la chaîne sans changer le protocole, via des fraud proofs.
Sources
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