Changpeng Zhao, le cofondateur de Binance, a plaidé pour un système de reconnaissance mutuelle des licences crypto entre les 10 pays de l’ASEAN, évoquant une simplification qui réduirait les formalités d’enregistrement pays par pays. Lors de son intervention au ASEAN Tech Summit Manille 2026, l’ancien patron de l’exchange a défendu un modèle de « passeport » régional unique.

Au programme

  • CZ défend un passeport crypto ASEAN unique pour éviter la multiplication des enregistrements
  • Le modèle s’inspire d’un précédent dans les fonds d’investissement (PANews, 2026)
  • Une harmonisation qui ferait baisser les coûts pour les plateformes et les utilisateurs

Qu’est-ce que le passeport crypto ASEAN proposé par CZ ?

Le principe défendu par CZ est celui d’un passeport régional : une plateforme autorisée dans un pays de l’ASEAN pourrait opérer dans les 9 autres via une procédure accélérée. L’objectif est d’éviter la répétition des démarches d’enregistrement pour une même entité, ce qui représente un coût fixe lourd pour les nouveaux entrants. Cette logique de licences crypto mutualisées fait écho au modèle européen, où le cadre MiCA a déjà permis de délivrer 244 agréments pour un marché unifié de 450 millions de consommateurs.

La proposition a été lancée par Lito Villanueva, président fondateur de la FinTech Alliance des Philippines, lors du sommet. CZ l’a immédiatement appuyée, estimant que l’interopérabilité technique est un acquis : la barrière est purement administrative.

Pourquoi cette proposition intervient-elle maintenant ?

Le calendrier n’est pas anodin. L’UE a délivré 244 licences sous MiCA depuis fin 2024, créant un marché unifié de 450 millions de consommateurs. L’ASEAN, avec ses 680 millions d’habitants, reste fragmentée en 10 juridictions distinctes. Chaque pays impose ses propres exigences, ce qui freine l’implantation de plateformes régulées et pousse les utilisateurs vers des acteurs offshore non conformes. Le débat sur l’obligation de licence pour les sociétés crypto n’est pas propre à l’Europe : il traverse aussi l’Asie du Sud-Est, où les régulateurs cherchent un équilibre entre protection et innovation.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la pression régulatoire s’intensifie à l’échelle mondiale. L’Asie du Sud-Est devient un terrain d’expansion prioritaire pour le secteur crypto, mais le manque d’harmonisation juridique complique la tâche des acteurs cherchant à opérer sous un cadre légal clair. Des pays comme le Portugal ont connu des dynamiques similaires avec l’arrivée du cadre MiCA, obligeant banques centrales et régulateurs à examiner des dizaines de demandes de licences simultanément.

Existe-t-il un précédent à ce passeport ASEAN ?

Oui. PANews rappelle qu’un mécanisme similaire existe déjà pour les fonds d’investissement via le Collective Investment Scheme Framework de l’ASEAN Capital Markets Forum. Ce dispositif permet à un fonds agréé dans son pays d’origine d’être distribué dans les autres États membres avec des formalités allégées.

L’ACMF Pass, autre précédent cité, autorise les conseillers en investissement titulaires d’une licence à offrir leurs services dans la région sans repasser par une demande complète. Transposer ce modèle aux actifs numériques serait techniquement simple, selon CZ, qui estime que la coordination réglementaire constitue le seul obstacle. Cette approche contraste avec des initiatives plus restrictives, comme celle du gouverneur de Californie qui s’est opposé par le passé à l’octroi de licences crypto pour préserver la flexibilité du secteur.

« L’interopérabilité transfrontalière est simple sur le plan technique. Permettre à davantage de plateformes agréées de se faire concurrence améliorerait les services et réduirait les coûts pour les consommateurs. » : Changpeng Zhao, ASEAN Tech Summit Manille, 28 juillet 2026

Quels seraient les impacts concrets pour les utilisateurs ?

L’arrivée de plateformes agréées supplémentaires créerait une pression concurrentielle sur les frais de trading. Actuellement, les utilisateurs de certains marchés ASEAN comme l’Indonésie ou le Vietnam paient des spreads plus élevés que leurs voisins, faute de concurrence locale suffisante. La dynamique rappelle les débats autour du CLARITY Act aux États-Unis, où plus de 200 firmes crypto pressent le Sénat d’agir pour clarifier les règles et favoriser la concurrence.

La multiplication des acteurs régulés réduirait aussi le marché gris, en offrant des alternatives légales à des prix compétitifs. En Thaïlande et aux Philippines, où des licences existent déjà, l’écart de frais avec les exchanges offshore s’est réduit de 15 à 20 points de base depuis 2024, selon les données de marché.

À retenir

Le soutien de CZ à un passeport crypto ASEAN relance le débat sur l’harmonisation réglementaire en Asie du Sud-Est. Le modèle européen MiCA a montré qu’une licence unifiée est possible sur un marché de 450 millions d’habitants. Si l’ASEAN suit cette voie, elle créerait le deuxième plus grand espace régulé au monde avec 680 millions d’utilisateurs potentiels, forçant les autres blocs régionaux à accélérer leur propre convergence.

Questions fréquentes

Pourquoi les licences crypto varient-elles autant d’un pays ASEAN à l’autre ?

Chaque État membre de l’ASEAN a développé son propre cadre réglementaire sans coordination préalable. Singapour exige une licence complète de la MAS, tandis que l’Indonésie impose un enregistrement distinct via Bappebti. Cette fragmentation reflète des priorités nationales divergentes en matière de protection des investisseurs et de stabilité financière.

Un passeport ASEAN pourrait-il faciliter le blanchiment d’argent ?

Le risque existe mais reste contenu si le système s’aligne sur les standards du GAFI. La Travel Rule, qui impose l’identification des parties pour tout transfert supérieur à 1 000 € entre prestataires de services crypto, continuerait de s’appliquer. Une licence reconnue mutuellement n’exonère pas des obligations anti-blanchiment locales.

Quels pays ASEAN sont les plus avancés en matière de licence crypto ?

Singapour et la Thaïlande mènent la région avec des régimes d’agrément structurés et plusieurs dizaines de plateformes autorisées. Les Philippines suivent via une licence spécifique délivrée par la Bangko Sentral. Le Vietnam et l’Indonésie restent en phase de structuration, ce qui explique les écarts de maturité réglementaire observés entre les marchés asiatiques.

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