La technologie blockchain trouve de nombreuses applications en dehors de la sphère des cryptomonnaies. C’est ce qui en fait sa force et sa place dans l’évolution technologique en cours. Une réalité au sein de laquelle s’est inscrite la société américaine Blockstack et son système dédié à une refonte d’Internet version décentralisée. Tout cela en composant avec la Securities and Exchange Commission (SEC) autour de sa cryptomonnaie STX.
Il ne fait pas bon être un projet crypto aux États Unis en cet été 2020. Car c’est une véritable chasse aux sorcières qui s’y déroule depuis fin 2017, ravivée par le projet Libra et la prolifération des stablecoins. Tout cela sur fond d’une guerre monétaire numérique qui n’en est qu’à ses débuts.
Une réalité qui concerne particulièrement les structures ayant réalisé une Initial Coin Offering (ICO). C’est le cas de Blockstack, qui a réuni 23,2 millions de dollars en 2019 autour de sa cryptomonnaie STX. Non pas via une ICO classique, mais via une offre publique placée sous le régime de la Regulation A+ (Tier 2), dont la SEC a qualifié le document d’offre en juillet 2019. Une première pour un jeton, souvent résumée à tort en « ICO approuvée par la SEC » : qualifier n’est pas approuver, le régulateur ne valide ni le projet ni le prix. La vente en numéraire s’est close le 9 septembre 2019 sur 15,5 millions, complétés par 7,6 millions placés hors États Unis.
*Cours cryptomonnaie Blockstack, $STX*
Le projet Blockstack (STX)
Le lancement de cette cryptomonnaie correspond au développement d’un projet d’Internet décentralisé du nom de Blockstack, en cours depuis 2013. Cela concernant tout particulièrement la gestion des données personnelles et leur détournement possible. Mais également la possibilité de développer des applications décentralisées (dApps) sur le modèle d’Ethereum (ETH).
Le projet se base sur un nouveau consensus du nom de Proof of Transfer (PoX), qui s’appuie sur le réseau du Bitcoin (BTC) pour garantir sa sécurité.
Dans les faits, les mineurs engagent du BTC pour obtenir le droit de produire les blocs Stacks et sont récompensés en jetons STX. Le Bitcoin ainsi dépensé revient aux « empileurs », ces détenteurs de STX qui verrouillent leurs jetons pour participer au consensus et touchent un rendement en BTC. Le principe suppose une chaîne sous-jacente de type Proof of Work, dont la puissance de calcul sert d’ancrage de sécurité.
Concrètement, l’offre de Blockstack couvre plusieurs domaines pour un même objectif. D’abord une solution de stockage de données contrôlée par l’utilisateur du nom de Gaia, reposant sur un principe de data lockers, agrémentée d’une fonction d’authentification Blockstack.
Tout cela afin de permettre d’aller de « zéro à dApps » en moins d’une heure. Et, selon son fondateur, de développer sur le Bitcoin des services qu’il est possible d’intégrer à la Finance Décentralisée.
La DeFi version Bitcoin
Le projet Blockstack se présente comme l’un des nombreux postulants au titre d’Ethereum killer, sa plateforme permettant d’exécuter des dApps, ces applications décentralisées au centre des convoitises. Le tout sur un réseau Bitcoin que le PDG de Blockstack présente comme bien plus puissant que celui d’Ethereum, capitalisation boursière à l’appui.
« Nous disons que le Bitcoin est déjà si dominant et si sûr qu’il est tout à fait possible que le Web 3.0 émerge au-dessus de son réseau. », Muneeb Ali, PDG Blockstack
À l’été 2020, Blockstack développe une blockchain Stacks 2.0 encore en testnet. Une évolution présentée comme la « solution pour faire de Bitcoin la base des smart contracts dans le Web 3.0, » toujours selon Muneeb Ali. Elle sera lancée sur le réseau principal le 14 janvier 2021, Proof of Transfer compris. Entre-temps, en octobre 2020, Blockstack PBC devient Hiro Systems PBC, le nom Stacks restant celui de la blockchain et du jeton.
Ce dernier présente le Bitcoin comme la solution aux problèmes de sécurité récurrents de la DeFi.
« Beaucoup de gens pensent qu’il est plus facile derecréer Bitcoin sur Ethereum, mais il est en fait plus logique de créer des fonctionnalités Ethereum sur le Bitcoin. », Muneeb Ali, PDG Blockstack
Blockstack se décentralise
Dans le cadre de sa décentralisation, la société Blockstack a signé le 4 août 2020 un accord transférant 100 millions de jetons STX à la Stacks Foundation, soit environ 23 millions de dollars à cette date. Une organisation à but non lucratif comme en connaissent la plupart des projets du domaine. Un montant qui avoisine la totalité des fonds levés en 2019. Le but affiché étant de poursuivre la décentralisation du réseau.
Mais cette action a un sens plus pragmatique qu’idéologique. Il s’agit de pouvoir lister le jeton STX sur les plateformes d’échange américaines sans l’interdiction de la SEC. Ce qui n’est pas le cas en août 2020, et pose un sérieux problème à Blockstack, en marge de ce marché incontournable.
Blockstack entre donc dans la partie de cache-cache déjà en marche entre la DeFi et la SEC. Sans connaître le taux de décentralisation nécessaire pour que celle-ci détourne le regard.
Le but affiché par la direction étant de « décentraliser le développement du réseau Blockstack de telle sorte qu’aucune entité, nous y compris, ne le contrôle. » Soit, en résumé : pas de chef pas de problème.
La suite a donné raison à ce calcul, au moins sur le plan juridique. Le 20 janvier 2021, une semaine après le lancement de Stacks 2.0, le conseil d’administration décide de ne plus traiter le STX comme un titre financier, la société estimant qu’elle ne fournit plus les services essentiels au réseau, puis met fin à ses obligations déclaratives au titre de la Regulation A. Coinbase annonce le référencement de STX en janvier 2022, et la SEC informe Hiro le 9 juillet 2024 qu’elle clôt sans poursuite son enquête sur Stacks.
Côté technique, la mise à jour Nakamoto, activée le 28 octobre 2024, a raccourci les délais de confirmation et arrimé la finalité des blocs Stacks à celle de Bitcoin, avant le lancement en décembre 2024 de sBTC, un actif adossé au BTC destiné à faire circuler du bitcoin dans les applications de l’écosystème. Le pari de départ, une DeFi sur Bitcoin plutôt que sur Ethereum, reste une affaire d’usages et de liquidité, terrain où Ethereum a conservé une nette avance.
-
GUIDESQu'est-ce qu'Anthropic ?