BlackRock rejoint un projet de tokenisation d’actifs au Royaume-Uni visant à injecter 44 milliards de dollars dans l’économie britannique. Cette initiative, rapportée par Yahoo Finance, s’inscrit dans la stratégie du gouvernement travailliste pour moderniser les marchés financiers via la technologie blockchain.
La tokenisation des actifs réels connaît un tournant institutionnel majeur. Le Royaume-Uni mobilise des géants comme BlackRock pour convertir titres, obligations et fonds en jetons numériques échangeables sur des registres distribués. L’objectif de 44 milliards de dollars marque un saut d’échelle par rapport au fonds BUIDL de BlackRock, qui a déjà démontré la viabilité des instruments tokenisés sur Ethereum avec près de 1,7 milliard de dollars d’actifs sous gestion. La place de Londres cherche à concurrencer directement les initiatives américaines et européennes, portée par un cadre réglementaire favorable aux stablecoins et aux actifs numériques.
Pourquoi BlackRock s’engage-t-il dans la tokenisation britannique ?
Le gestionnaire d’actifs poursuit une expansion méthodique des instruments tokenisés. Après le lancement du BlackRock Bitcoin ETP Europe qui a capté 1,1 milliard de dollars en quelques mois, l’entreprise intègre désormais un consortium britannique sur les titres tokenisés.
Cette participation répond à une double logique. D’abord, l’infrastructure de post-marché britannique représente un marché de plusieurs centaines de milliards de titres éligibles à la tokenisation. Ensuite, BlackRock dispose déjà d’une base technique éprouvée avec BUIDL, son fonds monétaire tokenisé qui opère comme collatéral institutionnel sur des plateformes comme OKX.
Quels actifs seront tokenisés en priorité ?
Les titres de dette gouvernementale britannique et les obligations d’entreprise constituent la première cible. Le Trésor britannique a identifié 200 milliards de livres de gilts pouvant migrer vers des registres distribués, réduisant les délais de règlement de T+2 à T+0.
Les fonds monétaires tokenisés arrivent en deuxième position, un segment que BlackRock domine déjà avec son produit BUIDL. Le gestionnaire a récemment obtenu via le GENIUS Act un cadre permettant l’utilisation de ces instruments comme garantie réglementaire, ouvrant la voie à une adoption bancaire massive.
Les actifs immobiliers fractionnés et les crédits carbone tokenisés complètent le portefeuille cible. Le Royaume-Uni héberge déjà 16 bacs à sable réglementaires dédiés aux RWA crypto, accélérant l’expérimentation avant un déploiement à grande échelle.
Quel impact pour les banques et les marchés européens ?
L’initiative britannique place une pression concurrentielle directe sur l’Union européenne. Le règlement MiCA, entré en vigueur en décembre 2024, structure le marché des crypto-actifs mais reste moins avancé sur la tokenisation des titres traditionnels. Le Royaume-Uni exploite sa sortie de l’UE pour proposer un régime plus agile.
Pour les banques, le calcul est pragmatique. La tokenisation promet une réduction des coûts de compensation et de règlement estimée à 30-50 %, selon les données issues du projet Pangea de Chainlink qui réunit déjà une cinquantaine d’établissements sur le règlement de change en T+0. Les banques britanniques craignent qu’un retard d’adoption les expose à une fuite des volumes de trading vers des infrastructures offshore tokenisées.
Du côté européen, plusieurs régulateurs surveillent l’initiative. La BCE a exprimé des réserves sur les stablecoins libellés en euros, mais le projet britannique concerne majoritairement des instruments en livre sterling et en dollar, limitant les frictions directes avec Francfort.
À retenir
BlackRock s’ancre dans un projet de tokenisation britannique chiffré à 44 milliards de dollars, ciblant les obligations d’État et les fonds monétaires. L’initiative accélère la compétition avec l’UE sur la modernisation des infrastructures de marché. Le calendrier de déploiement reste à confirmer, mais la présence du premier gestionnaire d’actifs mondial signale une institutionnalisation irréversible de la tokenisation.
Sources
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