Le Bitcoin déclenche les passions, aussi bien dans le camp de ses adeptes que dans celui de ses opposants. Et ces derniers ne manquent pas d’imagination, et surtout de mauvaise foi, pour vendre l’inutilité et le danger de cette cryptomonnaie emblématique. Un exercice de style auquel vient de se prêter une nouvelle fois Nassim Nicholas Taleb, auteur du livre à succès The Black Swan. Cela lors d’une interview accordée le 15 septembre 2022, durant laquelle il a comparé le Bitcoin à une « tumeur ». Explications…
Le Bitcoin ne s’est pas fait uniquement des amis tout au long de sa courte existence. Car cela fait à peine un peu plus de 5 000 jours, depuis le lancement du réseau en janvier 2009, que cette cryptomonnaie est officiellement en ligne. Mais cette période aura visiblement suffi à voir émerger de farouches opposants à ce symbole actuel d’une économie décentralisée et résistante à la censure. Avec comme signe de ralliement, la certitude que le BTC finira par disparaître avec perte et fracas, et la répétition d’attaques à son encontre.
Un camp dans lequel se trouve l’auteur Nassim Nicholas Taleb. Ce dernier connu pour avoir rédigé le célèbre essai philosophico-économique The Black Swan en 2007. Avec comme sous-titre à l’édition française « la puissance de l’imprévisible », qu’il ne semble pas vouloir appliquer à ses prévisions apocalyptiques à propos du Bitcoin. Car il considère cette cryptomonnaie comme une simple « tumeur » développée sur le corps malade d’une économie « Disneyland » âgée de 15 ans.
Bitcoin, « Tumeur » de l’économie « Disneyland »
Nassim Nicholas Taleb ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de critiquer le Bitcoin. Serait-ce en raison de sa mauvaise expérience avec le service client de Coinbase, qu’il avait publiquement étrillé en juin 2020 avant de clôturer son compte ? Car dans ce cas, son énervement peut presque s’excuser. En effet, à cette époque il conseillait à qui voulait bien l’entendre d’utiliser les cryptomonnaies afin de contourner les restrictions bancaires qui frappaient le Liban, dont il est originaire. Mais de toute évidence sa vision des choses a changé entre temps.
Car il est depuis devenu un opposant farouche et vindicatif vis-à-vis du Bitcoin. Une position qu’il a confirmée ce jeudi 15 septembre 2022 au cours de l’émission Squawk Box de la chaîne CNBC, le jour même où Ethereum basculait en preuve d’enjeu avec le Merge. Tout cela fortement agrémenté d’une bonne dose de « ok boomer » qui fera frémir les plus jeunes générations. Car, selon lui, ceux qui ont aujourd’hui moins de 40 ans n’ont aucune expérience réelle des marchés et ignorent ce qu’est la valeur temps de l’argent. La faute à une gestion économique mondiale qualifiée de parc d’attractions de type « Disneyland ».
« Je pense que nous avons eu quinze ans, quatorze ans et demi, de Disneyland, ce qui a fondamentalement détruit la structure économique. (…) Avec un taux d’intérêt à zéro pendant une longue période, vous nuisez à l’économie, vous créez des bulles, vous créez des tumeurs comme le Bitcoin. »
Bitcoin, Une « tumeur » nécessaire ?
Toutefois, la réflexion de Nassim Nicholas Taleb n’est pas dénuée de sens, lui qui rappelle qu’il exista un temps où le taux d’actualisation comptait. Car il est vrai que les personnes nées après 1971 n’auront jamais connu un dollar convertible en or. C’est-à-dire la décision historique du Président des États-Unis de l’époque, Richard Nixon, d’opérer le 15 août 1971 une séparation entre le dollar et sa valeur effective en or. Et, de ce fait, une relation à l’argent qui ne serait plus jamais la même. Avec, seulement quelques années plus tard, l’abandon tout aussi historique des taux de change fixes entre les devises, acté en 1973 puis entériné par les accords de la Jamaïque en 1976. Cela signifiant, selon certains économistes, le point de départ, et de bascule, vers la situation qui inquiète Taleb.
Alors le Bitcoin est-il une « tumeur » ? La question mérite d’être posée, mais sans céder à la haine stérile contre cette cryptomonnaie. Car il se pourrait bien qu’elle soit au final un mal nécessaire. Une sorte de dégât économique collatéral initié par des individus désireux de reprendre le contrôle. Et cela afin de s’opposer au déterminisme et à la toute-puissance monétaire imposés de force par les banques et les gouvernements. Et chaque tentative des instances de régulation pour tenter de s’en débarrasser ne servira qu’à la faire grossir toujours un peu plus…
L’essayiste n’a pas varié : en juillet 2025, il qualifiait encore le Bitcoin de « tulipe électronique ». Le BTC a depuis inscrit un record à 126 080 dollars le 6 octobre 2025, avant de retomber autour de 64 900 dollars début août 2026.
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