Les commentaires des acteurs de la finance traditionnelle à propos du Bitcoin ont souvent la légèreté pesante d’une haine palpable. Mais avec la désinvolture hautaine de quelqu’un qui se moque d’avoir raté le train de l’innovation monétaire. En particulier lorsque les propos proviennent du grand patron de la banque JPMorgan. Cette dernière entretient une relation de distance rapprochée très étrange avec la reine des cryptomonnaies. Car il reste difficile de savoir à quel point elle devient fréquentable pour ces structures en mal de rendements. Mais après tout, « on s’en fout du Bitcoin » !

Dans la série je n’ai pas de Bitcoin mais un avis très tranché sur la question, voici (re)venu Jamie Dimon, PDG de la banque d’affaires JPMorgan. Une structure qui ne manquait pas, en 2021, de livrer des prévisions sur un prix du BTC capable de grimper fortement. Mais pas tout de suite quand même. Et de toute manière quel intérêt, puisque le Bitcoin ne représente qu’une « perte de temps et d’énergie » pour des investisseurs décidément pas très malins. Car il est évident que le BTC n’a rien d’un placement intéressant. À moins que…

Des déclarations qui n’avaient rien de surprenant de la part de celui qui comparait le Bitcoin à une simple fraude quelques années plus tôt. Et qui figure au centre d’une économie traditionnelle qui a bien du mal à endiguer l’invasion de ces cryptomonnaies d’un autre monde. Mais cela tout en gardant un œil attentif sur les rendements indécents qu’elles permettent d’obtenir. Et face aux demandes incessantes de clients qui souhaitent s’y exposer sans en subir les conséquences. Ces dernières pouvant être volatiles tout autant que répressives.

Le Bitcoin on s’en fout, mais…

C’est à l’occasion d’une interview donnée au média Times of India que Jamie Dimon avait été obligé de remettre le couvert à propos du Bitcoin. Un sujet sur lequel il s’étrangle avec la régularité de quelqu’un qui doit parler d’un domaine qu’il ne souhaite visiblement pas connaître. Mais que sa position oblige à traiter avec une apparente assurance. Est-il nécessaire de préciser que tout cela ne représente pas un conseil en placement financier ? À chacun d’en juger…

« Je me fous pas mal du Bitcoin. Je pense que les gens perdent trop de temps avec. Mais il va être réglementé. Les gouvernements réglementent à peu près tout. Je ne sais pas si c’est une devise, du change, une monnaie ou un titre financier, mais ils vont le faire. Et cela le limitera dans une certaine mesure. Je ne suis pas acheteur de Bitcoin. » – Jamie Dimon

Une analyse que l’on pouvait classer dans la catégorie « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non ». Avec comme seule véritable affirmation, cette assurance que le Bitcoin finirait par entrer dans la boîte qui l’attend sur les étagères des instances de régulation. Ce qui devait en « limiter » le développement « dans une certaine mesure », selon Jamie Dimon. Mais apparemment pas assez pour l’empêcher de voir son prix, peut-être sait-on jamais, « multiplié par 10 au cours des cinq prochaines années ».

Un Bitcoin pour les imbéciles

Ce qui n’empêchait pas le PDG de JPMorgan d’avoir un avis très tranché sur ceux qui achetaient du Bitcoin. Et plus particulièrement lorsque cette opération passait par un emprunt. Une décision qu’il faut cependant considérer avec le recul nécessaire. Car il est toujours préférable de ne placer sur le marché des cryptomonnaies que l’argent que l’on est en mesure de perdre. Ce qui ne fait pas nécessairement des contrevenants à cette règle les « imbéciles » que désigne Jamie Dimon. Restons courtois.

« Je pense que si vous empruntez de l’argent pour acheter du Bitcoin, vous êtes un imbécile. » – Jamie Dimon

Car après tout, « la spéculation se produit sur tous les marchés du monde, y compris dans les pays communistes ». Alors pourquoi pas avec ce Bitcoin dont la liquidité est manifeste, et dont l’adoption ne cessait de gagner du terrain ? Ce qui revient à dire qu’il faudrait bien être une nouvelle fois un imbécile pour ne pas gagner d’argent sur ce marché. L’option semble se résumer à savoir si l’on veut être celui qui réalise des profits, ou celui qui perd l’argent de son prêt. Choix difficile.

La prédiction « multiplié par 10 » à l’épreuve des faits

Cinq ans plus tard, le verdict tombe. En septembre 2021, le Bitcoin oscillait autour de 43 000 dollars. Une multiplication par 10 aurait donc supposé un cours proche de 430 000 dollars à l’horizon 2026. Le BTC n’a pas atteint ce sommet. Son plus haut historique a été inscrit le 6 octobre 2025, autour de 126 000 dollars selon CoinDesk.

Cela représente tout de même une progression d’environ 2,5 à 3 fois la valeur de 2021. Loin du x10, mais très loin aussi de la disparition que beaucoup de sceptiques annonçaient. L’actif a survécu à un hiver crypto sévère, puis rebondi sur l’arrivée des produits institutionnels. Pour suivre l’évolution en direct, le convertisseur crypto et la heatmap du marché restent les outils de référence.

JPMorgan en 2026 : le grand écart assumé

Le plus savoureux tient au virage de la banque elle-même. En 2025, Jamie Dimon continuait de qualifier le Bitcoin de « Ponzi » sans valeur intrinsèque, se disant croyant en la blockchain et aux stablecoins, mais jamais en la reine des cryptos. Une cohérence rhétorique impressionnante, démentie par les actes de sa propre maison.

Car JPMorgan a depuis ouvert l’achat de Bitcoin à ses clients, tout en refusant d’en assurer la garde. La banque a aussi accepté le BTC et l’Ethereum comme collatéral, lancé un fonds monétaire tokenisé sur Ethereum, puis confirmé fin 2025 le trading crypto pour ses clients institutionnels. Le « on s’en fout » de 2021 a donc fini par se transformer en offre commerciale.

Ce que retient l’investisseur de 2026

La leçon n’est pas que Dimon avait tort sur le prix, ni totalement raison. Le x10 ne s’est pas matérialisé, mais le Bitcoin n’a pas non plus été « éliminé » par la régulation. Le cadre européen MiCA a au contraire normalisé l’actif, et l’arrivée des ETF spot a élargi son accès. Reste la prudence de base, celle-là même que Dimon résumait à sa façon : ne pas s’endetter pour spéculer.

Pour qui souhaite mesurer la nervosité du marché, l’indice Fear and Greed offre un repère utile. Et pour ceux qui veulent conserver leurs altcoins ou leur BTC en autonomie, un wallet matériel comme le Ledger Nano X ou une plateforme régulée comme Coinhouse restent des points d’entrée courants. Un grand merci à Jamie Dimon, malgré tout, pour cette brillante démonstration de cohérence.

Sources

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