La Banque d’Angleterre (BoE) a publié le 22 juin la version finale de son cadre réglementaire pour les stablecoins en livres sterling, relevant le plafond d’émission à 40 milliards £ (soit 52,8 milliards $) tout en assouplissant la composition des réserves. L’institution a renoncé à limiter la détention individuelle, un point qui cristallisait les tensions avec le secteur. L’émission de dette gouvernementale à court terme pourra désormais représenter 70 % des actifs de réserve, contre 60 % dans la proposition initiale.

Au programme

  • La BoE fixe un plafond d’émission à 40 milliards £ par stablecoin et relève la part de dette souveraine à 70 % des réserves.
  • Les 30 % restants doivent être déposés sans intérêt à la banque centrale, un point dénoncé par Aave et Coinbase.
  • Le régulateur laisse une fenêtre de consultation jusqu’au 22 septembre pour d’éventuels ajustements.

Pourquoi la Banque d’Angleterre a-t-elle modifié sa copie ?

La première mouture du texte, qui prévoyait un plafond individuel de détention de 20 000 £, avait été perçue comme un frein majeur au développement d’un marché des stablecoins en livres. En supprimant cette limite, la BoE répond à une critique quasi unanime du secteur.

Quel est le principal point de friction avec l’industrie crypto ?

L’obligation de déposer 30 % des réserves sur un compte non rémunéré à la banque centrale concentre les critiques. Stani Kulechov, fondateur d’Aave, a estimé sur X que cette règle « affaiblit gravement la viabilité économique des émetteurs » et « revient à taxer les sociétés de stablecoins ». Selon lui, cette contrainte pourrait pousser les acteurs vers des juridictions offshore.

Adam Jackson, représentant du lobby fintech Innovate Finance, a renchéri : le Royaume-Uni devient « le seul pays au monde où 30 % des actifs bancaires ne génèrent aucun revenu ». Mark Fairless, directeur général de ClearBank, a averti que « le Royaume-Uni ne peut pas gagner la course mondiale aux actifs numériques si les stablecoins en livres sterling restent moins compétitifs que leurs équivalents en dollar et en euro ». Des critiques qui rappellent les débats sur la régulation des stablecoins par la Fed, où la neutralité technologique est au cœur des discussions.

Ce plafond de 40 milliards £ est-il suffisant pour peser face au dollar ?

Le plafond de 40 milliards £ par stablecoin offre une marge de croissance significative par rapport à la capitalisation actuelle du marché des stablecoins en livres, quasi inexistante. À titre de comparaison, l’USDT de Tether pèse à lui seul plus de 140 milliards $.

Cependant, plusieurs acteurs jugent ce plafond déjà restrictif. Innover dans les paiements transfrontaliers avec des stablecoins est une course globale. Katie Harries, responsable des politiques Europe chez Coinbase, a qualifié la composition des réserves de « praticable » et les exigences de fonds propres de « proportionnées ». La banque Xapo, qui mise déjà sur le Lightning Network, illustre une tendance de fond : les acteurs bancaires traditionnels ne veulent pas rater le virage des règlements numériques.

Que change ce cadre pour les utilisateurs et les émetteurs ?

Concrètement, ce régime crée un cadre légal clair pour les stablecoins utilisés dans les paiements de détail au Royaume-Uni. Les émetteurs savent désormais à quelles règles s’en tenir, ce qui pourrait accélérer le lancement de projets en livres sterling.

Pour autant, le modèle économique britannique reste plus contraignant que les régimes américain et européen. La banque Revolut prépare déjà son entité américaine avec les stablecoins comme pilier, signe que la concurrence internationale dicte le tempo. Sarah Breeden, sous-gouverneure pour la stabilité financière, a défendu le texte comme « une étape majeure pour offrir plus de choix et d’innovation dans les paiements britanniques ».

À retenir

La BoE assouplit son cadre pour les stablecoins en livres avec un plafond d’émission de 40 milliards £ et une réserve en dette souveraine portée à 70 %. L’obligation de conserver 30 % des actifs sans intérêt reste le point dur, critiqué par Aave, Coinbase et ClearBank. La consultation reste ouverte jusqu’au 22 septembre, laissant une fenêtre pour amender les dispositions les plus contestées avant l’entrée en vigueur du régime.

Sources

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