Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, affirme que le renforcement du yen passera par la Fed et non par la Banque du Japon. Son analyse, publiée le 11 août, évalue à 1 370 milliards de dollars les bons du Trésor américain détenus par le gouvernement japonais et le fonds de pension GPIF. Cette manne, mobilisée via le mécanisme FIMA, déclencherait une injection de liquidités favorable au Bitcoin, à l’or et à l’Ether.
Au programme
- Pourquoi le Japon devrait mobiliser 1 370 milliards de dollars de bons du Trésor américain pour doper le yen sans relever ses taux.
- Comment un simple relèvement du plafond de la facilité FIMA pourrait relancer la planche à billets américaine.
- Pourquoi Arthur Hayes mise sur un nouveau cycle haussier du Bitcoin et de l’or en cas d’expansion du bilan de la Fed.
Une intervention coordonnée entre les États-Unis et le Japon pour affaiblir le dollar face au yen est en discussion. Le Trésor américain, par la voix de Scott Bessent, pousse pour un relèvement des plafonds de la facilité FIMA. Pour Arthur Hayes, ce scénario expansionniste est le chaînon manquant qui relancera la planche à billets et profitera directement aux actifs à offre limitée comme le Bitcoin. L’analyste, connu pour ses anticipations tranchées sur la macro et les cryptos, s’attend à un choc de liquidités comparable à celui qui a suivi les précédentes interventions coordonnées de la BOJ.
Comment la Fed pourrait-elle renforcer le yen ?
Le mécanisme central de la thèse d’Arthur Hayes repose sur la facilité de repo FIMA. Cet outil permet aux banques centrales étrangères de mettre en pension leurs titres du Trésor américain en échange de dollars. Le Japon possède un stock colossal de dette américaine. Selon l’analyse, le gouvernement nippon et le GPIF détiennent ensemble environ 1 370 milliards de dollars de Treasuries. En activant ce levier, le Japon obtiendrait des dollars frais sans avoir à vendre brutalement ses obligations, ce qui éviterait le scénario noir d’une capitulation des investisseurs comparable à celle discutée pour les mineurs de Bitcoin.
L’étape suivante est l’intervention sur le marché des changes. Le Japon vendrait ces dollars pour acheter des yens. Cette demande massive ferait mécaniquement monter la devise japonaise. Arthur Hayes écarte les scénarios alternatifs. Une hausse agressive des taux de la Banque du Japon pèserait trop lourdement sur l’économie locale. Une vente précipitée des actifs étrangers par les institutions publiques déstabiliserait le marché obligataire. Le recours à la FIMA est, selon lui, la voie privilégiée.
Lecture du rédacteur Le point crucial pour les investisseurs crypto est la conséquence de cette opération sur le bilan de la Fed. Si le plafond actuel de 60 milliards de dollars par contrepartie est relevé, la Réserve fédérale accumulerait des Treasuries en garantie. Son bilan repartirait à la hausse, créant un environnement monétaire expansionniste alors même que l’inflation reste surveillée. Pour Hayes, cela équivaut à redémarrer la planche à billets.
Pourquoi ce scénario profiterait-il au Bitcoin ?
L’équation est simple pour Arthur Hayes : plus de dollars en circulation signifie plus de monnaie disponible pour les actifs à offre inélastique. L’or, le Bitcoin et l’Ether sont identifiés comme les premiers bénéficiaires de ce nouveau cycle de liquidités. L’analyse de Hayes rappelle que les Bitcoin et les cryptomonnaies ont un caractère très politique, réagissant directement aux décisions des banques centrales.
L’effet ne serait pas immédiat. Comme pour les précédents épisodes de relance monétaire, le marché anticiperait d’abord l’impact. Les interventions des banques centrales créent souvent un appel d’air pour les actifs risqués, car les investisseurs cherchent des refuges face à la dilution monétaire. Le contexte est d’autant plus porteur qu’une intervention américano-japonaise sur le forex validerait le retour d’une coordination monétaire mondiale. Un tel signal a historiquement dopé les matières premières et, plus récemment, le Bitcoin via son rôle de réserve de valeur dans un monde d’argent facile. Des alternatives comme Bitcoin Cash ne bénéficieraient pas nécessairement de la même prime de rareté perçue par les institutionnels.
Quel est le rôle de la FIMA dans ce processus ?
La facilité FIMA est souvent méconnue du grand public, mais elle est centrale dans cette thèse. Créée pour stabiliser les marchés de financement en dollars, elle offre une soupape de sécurité aux banques centrales. Ces dernières peuvent obtenir des liquidités en dollars sans céder leurs réserves de Treasuries sur le marché. C’est un outil de stabilité qui protège le marché obligataire américain de ventes forcées. Comme Arthur Hayes l’a démontré avec ses analyses de marché sur BitMEX, il a souvent anticipé la manière dont les banques centrales utilisent leurs bilans pour façonner le marché. Il fait ici écho à sa propre expérience des poursuites liées aux liquidations forcées, où la gestion des bilans était déjà au cœur du débat.
La clé de voûte du scénario actuel est le plafond de contrepartie. Fixé à 60 milliards de dollars par banque centrale, il doit être relevé pour que le Japon puisse y loger une partie significative de ses 1 370 milliards de dollars de Treasuries. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a explicitement demandé ce relèvement, selon les sources. Cette requête confirme qu’une coordination est en cours. L’objectif est double : renforcer le yen sans perturber le marché obligataire et redonner de l’oxygène à une économie américaine qui peine à absorber ses propres déficits sans expansion du bilan de la Fed.
Quelle est la probabilité d’un tel scénario ?
Plusieurs éléments factuels accréditent la thèse d’Arthur Hayes. Une intervention conjointe sur le marché des changes a déjà eu lieu deux semaines auparavant. La déclaration publique de Scott Bessent en faveur d’un relèvement des plafonds FIMA ajoute un poids politique. Les engagements obligataires du Japon, qui doit gérer un taux de change sans plomber sa dette, rendent ce mécanisme séduisant. Comme pour les précédentes annonces de Hayes concernant ses positions sur HYPE et NEAR, l’ancien trader mise sur un choc de liquidités plutôt que sur un ajustement progressif. Ce niveau d’anticipation est aussi scruté par les acteurs des infrastructures de marché, de la même manière que l’intégration du Bitcoin aux guichets automatiques facilite l’accès au marché pour la demande spot.
Les garde-fous sont néanmoins réels. La Fed pourrait refuser un gonflement trop visible de son bilan, surtout après les critiques sur sa gestion de l’inflation en 2022. Le Congrès américain pourrait s’opposer à une politique qu’il assimilerait à un sauvetage monétaire du Japon. Enfin, la Banque du Japon pourrait préférer une hausse modérée des taux plutôt que de dépendre d’un mécanisme étranger. Néanmoins, le coût politique d’un krach obligataire japonais, en cas de vente massive de Treasuries, est si élevé que la FIMA apparaît comme le compromis le moins risqué.
À retenir
Arthur Hayes théorise une relance monétaire déguisée en intervention de change. Le Japon mettrait 1 370 milliards de dollars de Treasuries en pension auprès de la Fed, obtiendrait des dollars et les vendrait contre des yens. Pour le cofondateur de BitMEX, le bilan de la Fed gonflerait, le dollar baisserait et le Bitcoin, l’or et l’Ether capteraient les liquidités excédentaires. La prochaine décision sur les plafonds FIMA pourrait être le signal de ce nouveau cycle pour les cryptos.
Questions fréquentes
Comment le mécanisme FIMA peut-il faire monter le cours du Bitcoin ?
La FIMA permet au Japon d’obtenir des dollars contre ses Treasuries sans vente sur le marché. En relevant le plafond de cette facilité, la Fed gonfle son bilan, injectant des liquidités. Historiquement, de telles expansions monétaires poussent les investisseurs vers les actifs rares comme le Bitcoin, perçu comme une protection contre la dilution des monnaies fiduciaires.
Arthur Hayes a-t-il raison d’écarter une hausse des taux de la Banque du Japon ?
Oui, car un resserrement agressif de la BOJ alourdirait le coût de la dette publique japonaise, déjà supérieure à 250 % du PIB. Un tel scénario risquerait de déclencher une instabilité financière locale. La FIMA offre une alternative permettant de renforcer le yen sans étouffer l’économie ni provoquer de ventes forcées d’actifs.
Est-ce la première fois que le Japon utilise la FIMA pour intervenir sur le forex ?
Non, le recours aux swaps de devises est courant, mais l’usage massif de la FIMA pour un soutien direct au yen serait inédit. L’activation de ce levier à grande échelle nécessiterait un relèvement explicite du plafond de 60 milliards de dollars par contrepartie, exigé par le Trésor américain, ce qui accentue la dimension politique de cette coordination monétaire.
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