Le gouvernement de Javier Milei prépare un décret autorisant 450 fonds communs de placement (FCI) à investir dans le Bitcoin et d’autres crypto-actifs. Porté par le ministre de l’Économie Federico Sturzenegger, le projet attend la signature présidentielle avant son dépôt au Congrès argentin.
Cette réforme majeure, dévoilée par CriptoNoticias le 24 juillet 2026, concerne l’ensemble de l’industrie financière traditionnelle du pays. Les fonds supervisés par la Comisión Nacional de Valores (CNV) pourront allouer une part de leurs portefeuilles aux actifs numériques. Les opérations de prêt garanti par crypto seront également couvertes.
L’initiative conjugue trois innovations simultanées : l’investissement direct en crypto, l’usage de ces actifs comme collatéral réglementé, et l’émission de titres traditionnels (actions, obligations convertibles) directement sur des réseaux blockchain. La CNV contrôlera la légalité et la solvabilité des fonds, tandis que la banque centrale (BCRA) régulera uniquement l’infrastructure technique de transfert. Un dispositif sans équivalent dans le G20, qui tranche avec les approches plus restrictives comme l’interdiction des distributeurs automatiques de crypto au Canada.
| Dispositif | Périmètre | Régulateur | Contrôle |
|---|---|---|---|
| Allocation crypto FCI | 450 fonds communs | CNV | Légalité et solvabilité |
| Collatéral crypto | Prêts réglementés | CNV | Garanties et exposition |
| Émission tokenisée | Actions, obligations | BCRA | Infrastructure technique |
Pourquoi l’Argentine libéralise-t-elle l’investissement crypto maintenant ?
L’Argentine a enregistré des volumes P2P de crypto en hausse de 34 % sur un an en 2025, selon Chainalysis. Avec une inflation encore supérieure à 60 % en rythme annualisé début 2026, la diversification des véhicules d’épargne institutionnels devient urgente.
Le décret s’inscrit dans la politique de dérégulation massive du gouvernement Milei. Il crée aussi une catégorie spécifique de fonds réservés aux « investisseurs qualifiés » avec un capital minimum plus élevé, maintenant un cadre prudentiel strict pour les épargnants particuliers. Cette voie législative directe fait écho au CLARITY Act américain, qui cherche lui aussi à clarifier le statut des actifs numériques, et à l’approche au cas par cas défendue par d’autres régulateurs émergents.
Quels actifs et quelles infrastructures sont concernés ?
Le texte couvre trois segments distincts. L’investissement direct permet aux FCI d’allouer une fraction de leurs encours au Bitcoin, à Ethereum et à d’autres crypto-actifs majeurs. Le collatéral offre aux entreprises argentines la possibilité de sécuriser des prêts réglementés avec des actifs numériques.
La nouveauté la plus structurelle reste l’émission tokenisée. Les actions et obligations convertibles pourront être émises, stockées et échangées via des registres distribués, sans passer par les dépositaires centraux traditionnels (Caja de Valores). La banque centrale (BCRA) voit son rôle strictement limité à l’infrastructure technique d’enregistrement et de transfert. Elle n’aura aucun pouvoir de veto sur l’allocation d’actifs des FCI, qui reste du ressort exclusif de la CNV. Les wallets crypto institutionnels adaptés à cette exposition indirecte pourraient capter une part de ce nouveau flux de capitaux, à l’image des préparatifs de Charles Schwab pour ses conseillers.
Quelles sont les prochaines étapes législatives ?
Le projet de décret Sturzenegger doit d’abord être signé par le président Milei, puis soumis au Congrès. La coalition La Libertad Avanza n’y dispose pas de majorité absolue. Les débats pourraient s’étaler sur plusieurs semaines à partir d’août 2026.
L’issue est incertaine. L’opposition péroniste a critiqué la mesure, évoquant un « pari risqué avec l’épargne des Argentins », selon la presse locale (CriptoNoticias, 24 juillet 2026). La fenêtre parlementaire reste étroite avant la pause estivale de janvier 2027. Le seul dépôt du texte constitue néanmoins un signal fort : l’Argentine se positionne comme le premier pays du G20 à ouvrir aussi largement ses fonds réglementés aux crypto-actifs. Une dynamique comparable au parcours du CLARITY Act, mais par la voie exécutive plutôt que législative. En parallèle, d’autres juridictions avancent sur le contentieux, à l’image de la Cour suprême chinoise qui prépare des règles dédiées aux actifs numériques.
À retenir
Le décret Sturzenegger ouvre 450 fonds communs argentins à l’investissement en crypto, autorise leur utilisation comme collatéral et valide l’émission de titres tokenisés sous supervision CNV. La signature présidentielle est imminente, mais le Congrès pourrait bloquer ou amender le texte. Si adopté, le dispositif servira de modèle à d’autres économies émergentes cherchant à capter les flux institutionnels crypto sans impacter leur stabilité monétaire, sur un modèle comparable à celui adopté par Crypto.com à Dubaï.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qui change concrètement pour les fonds communs de placement argentins ?
Le décret Sturzenegger autorise les 450 FCI supervisés par la CNV à allouer une fraction de leurs encours aux crypto-actifs. Il permet aussi d’utiliser ces actifs comme collatéral pour des prêts réglementés, et d’émettre des titres traditionnels directement sur des registres distribués.
Les particuliers argentins pourront-ils investir en crypto via leur fonds habituel ?
Le projet crée une catégorie de fonds réservée aux « investisseurs qualifiés », avec un capital minimum plus élevé. La CNV conserve un cadre prudentiel strict pour les épargnants de détail, tandis que les institutionnels et les particuliers fortunés accèdent à cette nouvelle classe d’actifs.
Le Congrès argentin risque-t-il de bloquer la réforme ?
L’issue est incertaine. La coalition de Milei ne dispose pas de majorité absolue. L’opposition péroniste s’oppose au texte. Les débats parlementaires, prévus pour l’été 2026, dureront plusieurs semaines et pourraient déboucher sur des amendements significatifs, comme le rapporte CriptoNoticias le 24 juillet 2026.
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