En mai 2022, le stablecoin UST et le jeton LUNA se sont volatilisés en trois jours, emportant environ 40 milliards de dollars. Quatre ans plus tard, le dossier est refermé sur le plan judiciaire, et l’épisode reste le cas d’école de ce qu’un ancrage algorithmique peut produire.

Au programme Le mécanisme qui a rendu la spirale inévitable, la chronologie des faillites en chaîne qui ont suivi, la condamnation de Do Kwon en décembre 2025 et ce que la régulation en a retenu.

Le mécanisme qui a rendu la chute inévitable

L’UST n’était adossé à aucune réserve. Sa parité avec le dollar reposait sur un arbitrage : un UST pouvait toujours être échangé contre un dollar de LUNA, et inversement. Tant que la demande tenait, l’équilibre se maintenait tout seul.

Le problème est que ce mécanisme fonctionne à l’envers en cas de panique. Chaque UST vendu sous la parité créait du LUNA, donc de la dilution, donc une baisse du prix de LUNA, donc davantage de LUNA à créer pour absorber le suivant. La spirale mortelle était inscrite dans la conception.

La demande, elle, était largement artificielle. Le protocole Anchor promettait près de 20 % de rendement annuel sur les dépôts en UST, un taux financé par des subventions et non par une activité économique réelle. Le yield farming attirait les capitaux tant que la caisse tenait.

Quand les retraits se sont accélérés début mai 2022, la parité a cédé. À l’époque, l’équipe évoquait encore une attaque coordonnée ; l’enquête judiciaire a depuis établi une réalité plus prosaïque.

L’exécution fut brutale. L’UST est passé sous les 0,10 $ en quelques jours, tandis que LUNA, coté plus de 80 $ au début du mois, terminait sous la fraction de centime. Aucune tentative de sauvetage, y compris le burn massif annoncé quelques mois plus tôt, n’a pesé face à l’émission illimitée déclenchée par le mécanisme.

L’onde de choc sur le reste du marché

La cascade de faillites de 2022 Après l'effondrement de Terra en mai 2022, Celsius gèle les retraits en juin, Three Arrows Capital est liquidé en juillet et FTX dépose le bilan en novembre. La cascade de faillites de 2022 Sept mois séparent la chute de Terra du dépôt de bilan de FTX Mai 2022 Terra 40 Md$ Juin 2022 Celsius retraits gelés Juillet 2022 Three Arrows liquidation Nov. 2022 FTX faillite Sources : dossiers judiciaires SDNY, procédures de faillite chapitre 11

Terra n’a pas coulé seul. Les fonds exposés à l’écosystème se sont retrouvés en défaut les uns après les autres, et chaque défaillance a alimenté la suivante par le jeu des prêts croisés.

Celsius a suspendu les retraits en juin, Three Arrows Capital a été placé en liquidation en juillet, et la chaîne s’est prolongée jusqu’à FTX en novembre. Terra figure aujourd’hui dans la liste des projets crypto morts.

Les développeurs de l’écosystème, eux, ont été rapidement courtisés : BNB Chain a débloqué un milliard de dollars pour les accueillir.

La chaîne d’origine subsiste sous le nom de Terra Classic, avec un jeton relancé sans son stablecoin. La communauté qui l’anime encore n’a plus grand-chose à voir avec l’écosystème DeFi que Terra avait bâti, un temps deuxième du secteur par la valeur immobilisée.

Quinze ans de prison pour Do Kwon

Après une arrestation au Monténégro et une extradition vers les États-Unis, Do Kwon a plaidé coupable en août 2025 de conspiration en vue de commettre une fraude sur matières premières, une fraude sur titres et une fraude électronique.

Le 11 décembre 2025, le juge fédéral Paul Engelmayer l’a condamné à quinze ans de prison. La peine dépasse les douze ans réclamés par l’accusation. Le fondateur devra en purger au moins la moitié avant de pouvoir demander un transfert vers la Corée du Sud, où d’autres poursuites l’attendent.

Lors de son audience de plaidoyer, Kwon a reconnu avoir sciemment participé à un stratagème visant à tromper les acheteurs d’UST. Le volet civil avait été ouvert plus tôt par la plainte de la SEC, en parallèle du mandat d’arrêt coréen.

Ce que la régulation en a retenu

L’épisode a directement nourri les textes adoptés depuis. En Europe, le règlement MiCA impose aux émetteurs de jetons de référencement des réserves auditées et liquides, ce qui exclut de fait le modèle algorithmique de l’UST. Le coût de cette conformité fait aujourd’hui l’objet d’un débat nourri.

Aux États-Unis, le GENIUS Act encadre à son tour l’adossement des stablecoins de paiement, avec des discussions serrées sur la nature des réserves admissibles.

Pour l’épargnant, la leçon tient en une phrase : un rendement à deux chiffres sur un actif présenté comme stable se paie toujours quelque part. Notre panorama des altcoins et la fiche stablecoin du glossaire détaillent les garde-fous à vérifier avant d’y placer quoi que ce soit.

Sources

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